Gestion de la pandémie ? Changements climatiques ? Tensions raciales ? Tous ces sujets sont au menu du deuxième et dernier débat présidentiel, jeudi soir. Mais pour Josh Clinton, politologue à l’Université Vanderbilt, les électeurs ne suivront pas le débat pour en savoir plus sur le programme des deux candidats. Ils le feront pour voir le spectacle, tout simplement.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

« Ce n’est pas une observation scientifique, mais je crois que les gens sont épuisés par cette campagne », dit cet expert en analyse de sondages, joint à Nashville, au Tennessee. « Alors, je pense que si les gens regardent le débat, ce ne sera pas parce qu’ils pensent y apprendre quelque chose, mais parce qu’ils veulent voir si quelque chose de fou va survenir… Et je ne sais pas trop ce que ça veut dire pour l’état de notre démocratie ! »

Une chose est sûre : à deux semaines de la date officielle du vote, il y a beaucoup moins d’électeurs indécis à convaincre cette année qu’il y en avait en 2016. « Il y a moins de 10 % des électeurs qui sont indécis, alors qu’ils étaient 20 % en 2016 », dit Josh Clinton. « On pouvait le voir notamment par la visibilité des tiers partis. » Les deux candidats de 2016, Donald Trump et Hillary Clinton, étaient chacun assez impopulaires chez plusieurs électeurs qui s’étaient tournés vers d’autres propositions. « C’est différent cette année, dit Josh Clinton. Les gens connaissent Donald Trump, ils connaissent Joe Biden, ils se sont fait une tête. »

Jusqu’ici, selon l’organisme United States Elections Project, 41 millions d’Américains ont déjà voté par anticipation, ce qui représente 30 % de la participation totale de 2016.

Ce deuxième débat entre les candidats à la présidence aurait en fait dû être le troisième – le débat du 15 octobre, qui devait avoir lieu virtuellement en raison de l’infection à la COVID-19 de Donald Trump, a été annulé par la commission indépendante chargée de les organiser après le refus des républicains de se soumettre à cette formule. Cette fois-ci, les deux candidats seront présents dans la même salle, et ont accepté tous les deux de se soumettre à un test de dépistage de la COVID-19 avant l’évènement.

Mais le plus grand changement apporté par la commission est celui de la gestion des micros : pour éviter une cacophonie comme celle qui a marqué les échanges entre les deux candidats lors du premier débat, le micro sera fermé lorsque le candidat n’a pas la parole. Chacun disposera de deux minutes au début de chaque segment pour expliquer son point de vue, avant que les deux micros soient ouverts en même temps pour permettre une discussion.

Attitude des candidats

Comment cette formule modulera-t-elle l’attitude des candidats ? C’est ce qu’observera de près Nichola Gutgold, professeure en communications à l’Université Penn State. « Beaucoup de gens portent attention au contenu du débat, dit-elle. Mais je pense que ce qui est le plus révélateur, ce n’est pas tant ce que les candidats disent, mais aussi la communication non verbale. »

Donald Trump, note-t-elle, « semble plus à l’aise dans un aréna, devant un rassemblement, où il peut crier, gesticuler, choquer. C’est ça, son style ». Mais le cadre télévisuel du débat est très petit en comparaison.

Alors, ce que je surveillerai attentivement, c’est si les candidats arrivent à tirer profit de ce cadre [télévisuel]. À mon avis, aucun des deux n’a réussi la dernière fois.

Nichola Gutgold, professeure en communications à l’Université Penn State

Cette fois-ci, « si Donald Trump doit convaincre les électeurs indécis qu’il mérite un autre mandat, c’est sa chance de le faire », dit Mme Gutgold. Il devrait aussi, selon elle, montrer qu’il sait suivre les règles du débat. « Pour Joe Biden, c’est l’occasion de souligner les échecs de son rival et d’expliquer clairement ce qu’il veut faire de différent pour gérer la pandémie, pour aider les familles. »

« Mais pour être honnête, il se fait tard », observe Josh Clinton. « Il ne reste que deux semaines avant le vote, c’est très difficile de changer la perception des gens. »

Au final, est-ce que le sort du vote dans les États pivots pourrait être influencé par le débat ? « Ici, en Pennsylvanie, je crois que ça peut avoir un effet, dit Nichola Gutgold. Joe Biden est présentement en avance dans les sondages, mais pas tant que ça. »

Et pour les électeurs du Tennessee, là où se tiendra le débat ? « Non, pas du tout, ça ne changera rien », dit Josh Clinton, avant d’éclater d’un grand rire. Donald Trump a remporté le Tennessee par 26 points d’avance en 2016. « Je serais vraiment ébranlé si le Tennessee votait pour Biden ! Mais je crois que les démocrates réduiront l’écart avec les républicains. Mais à quel point ? 25 points au lieu de 26 ? »

Débat des candidats à la présidence

Heure : 21 h, HAE

Durée : 90 minutes, soit 15 minutes pour chacun des 6 thèmes : lutte contre la pandémie de COVID-19, familles américaines, relations raciales, changements climatiques, sécurité nationale et leadership

Lieu : Université Belmont à Nashville, au Tennessee

Modératrice : Kristen Welker, journaliste au réseau NBC