(Seattle) Dans l’État de Washington, n’en déplaise aux républicains dubitatifs, on vote par la poste.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Et Joe Nguyen, démocrate élu en 2018 au Sénat de cet État, trouve non seulement que voter par la poste est somme toute assez simple, mais que ça devrait être la norme.

« On ne devrait pas être surpris que ça fonctionne bien ici [dans l’État de] Washington, dit le sénateur en entrevue. Mais plutôt qu’on ne vote pas tous comme ça aux États-Unis. »

PHOTO MANDEL NGAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

De manière générale, dans l’État de Washington, le vote se passe par la poste depuis 2011.

Surtout en temps de pandémie.

Lorsque Joe Nguyen a été élu en 2018, il a d’ailleurs décidé de chapeauter un nouveau règlement pour aller encore plus loin.

Pourtant, son État avait déjà un taux de participation admirable : 78 % contre 55 % sur le plan national aux élections de 2016.

Ce que Joe Nguyen a décidé de proposer pour aller chercher encore plus d’électeurs, et qui sera en vigueur en 2020, est simple : rendre récurrente une mesure expérimentale testée en 2018, celle d’affranchir les enveloppes avec lesquelles les électeurs envoient leur bulletin de vote par la poste.

Donc, maintenant, soit les électeurs renvoient directement leur vote dans les enveloppes fournies, soit ils les déposent dans des boîtes mises en place par le bureau des élections. Les inconvénients sont réduits à quasi zéro.

On avait déjà un bon taux de participation, mais ça, ça aide encore plus. Notamment les jeunes qui n’utilisent jamais la poste et n’ont pas de timbres.

Joe Nguyen, sénateur démocrate de l’État de Washington

En 2018, quand l’idée a été essayée, l’État a enregistré un taux de participation de 71 %, un taux remarquablement élevé pour des élections de mi-mandat. En 2020, on vise même plus.

Donald Trump n’en parle pas souvent, quand il rouspète contre le vote par la poste, mais plusieurs États américains le font déjà depuis plusieurs années. Avec succès. Le Colorado, Hawaii, l’Oregon et l’Utah, aussi.

Dans l’État de Washington, c’est depuis 2011.

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Il y a des bureaux de scrutin ouverts le jour du vote pour ceux qui préfèrent encore déposer leur bulletin dans une boîte de façon traditionnelle, des gens qui peuvent d’ailleurs s’inscrire sur la liste électorale le jour même.

Mais de façon générale, le vote se passe par la poste, depuis 2011, sans scandale de fraude.

« On va envoyer les bulletins le 14 octobre », explique Halei Watkins, porte-parole de King County Election, l’organisme qui supervise l’élection dans le comté de King, englobant la ville de Seattle et ses banlieues.

Et à partir de là, les électeurs pourront à leur tour renvoyer, remplis et signés, les documents reçus en anglais, en espagnol, en vietnamien, en mandarin ou en coréen. Normalement, assez de bulletins auront été reçus par le bureau des élections, le soir du vote officiel, donc le 3 novembre cette année, pour déclarer un gagnant : soit environ 50 %. Puis le vendredi suivant le vote — qui a toujours lieu un mardi aux États-Unis —, 95 % des bulletins auront été comptés, ajoute Mme Watkins.

Dans le comté de King, les taux de participation sont particulièrement élevés. Cette année, dit la porte-parole, « on projette un taux de 90 %, c’est excitant ».

D’habitude, on tourne autour de 82 % ou 85 %, comme ce fut le cas en 2012, quand Barack Obama a été réélu pour son second mandat.

« Les enveloppes affranchies, ça va aider, c’est sûr », ajoute-t-elle.

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Le taux de participation élevé dans l’État de Washington s’explique de plusieurs façons, poursuit M. Nguyen.

Le vote par la poste, sans file d’attente, sans nécessité de prendre congé, y est pour beaucoup.

Joe Nguyen, sénateur démocrate de l’État de Washington

Tout comme les mesures mises en place pour recruter une grande diversité de candidats locaux. « Les électeurs peuvent s’identifier à leurs candidats », dit-il, des femmes et des gens issus de toutes sortes de minorités.

« On fait aussi des efforts de préinscription auprès des futurs électeurs », dit-il.

Quand les ados viennent chercher leur permis de conduire, on les met déjà dans la machine bureaucratique, en prévision de leurs 18 ans.

Et comment fonctionne le vote par la poste ? Y a-t-il réellement un risque de fraude ?

Depuis que le système a été mis en place, rien n’a été constaté, remarque M. Nguyen.

Les bulletins sont envoyés à des adresses précises et doivent ensuite être renvoyés avec une signature que les officiels compareront à celle de leurs dossiers, essentiellement celle du permis de conduire, numérisée.

Il n’y a pas de possibilité de fraude systémique. Il faudrait aller voler chaque bulletin dans chaque maison.

Joe Nguyen, sénateur démocrate de l’État de Washington

La difficulté constatée jusqu’ici ?

Les gens qui ne signent pas leur bulletin ou dont la signature ne ressemble pas assez à celle numérisée dans les dossiers gouvernementaux.

C’est ce bout du processus qui cause encore trop de rejets de bulletins, note le sénateur. Mais tout est mis en place pour améliorer le processus.

Et le système permet à tous les électeurs d’aller vérifier en ligne si leur vote a été compté.

Pour Cynthia Cole, qui préside la section du Parti républicain de King County, c’est un excellent système, qui marche bien depuis le début.

Pourtant, son parti — et le président — s’oppose à cette façon de voter. Ils disent que les risques de fraude sont élevés.

« C’est parce que ça ne se change pas du jour au lendemain, dit-elle. Notre système s’est bâti à travers les années. »

La décision de tenir le vote par la poste, dit-elle, s’est prise juste trop tard.