Je vois Donald Trump sombrer à un niveau inimaginable d’entêtement en minimisant les dangers de la COVID-19.

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

Je le vois jouer les conquérants au balcon de la Maison-Blanche à son retour du centre hospitalier Walter Reed.

Je le vois retirer son masque d’un geste théâtral devant les caméras comme un paon qui fait la roue.

PHOTO NICHOLAS KAMM, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump, président des États-Unis, à la Maison-Blanche à son retour du centre hospitalier Walter Reed lundi.

Je le vois comparer la pandémie au rhume sur Twitter et prétendre se sentir en meilleure forme qu’il y a 20 ans après l’absorption d’un cocktail de médicaments.

Oui, je vois tout ça et je désespère. J’essaie alors de ne pas trop penser à ses énormes pouvoirs, au fait qu’il est le commandant en chef des armées américaines et possède l’accès aux codes nucléaires.

J’essaie de rayer de mon esprit son admiration pour les dictateurs et son mépris pour les dirigeants de plusieurs pays traditionnellement alliés des États-Unis. J’essaie – surtout – d’oublier qu’il ne s’engage pas à reconnaître le résultat du vote du 3 novembre.

En 2016, après son élection à la présidence, j’ai pensé que Trump s’élèverait à la hauteur de sa fonction. Que tout en demeurant un leader populiste, avec des valeurs campées à droite, il prendrait conscience que mener un pays si diversifié nécessite des qualités de rassembleur. Ce que Ronald Reagan a compris en 1980.

Trump s’est plutôt collé aux principes chers à sa base. Il a multiplié les insultes à ses adversaires. Cela a conduit à un moment surréaliste la semaine dernière quand Joe Biden, durant le débat les opposant, a affirmé que Trump devrait se montrer beaucoup plus « intelligent » dans la lutte contre la COVID-19. Le président a rétorqué : « N’utilise jamais ce mot avec moi, parce qu’il n’y a rien d’intelligent à ton propos, Joe. »

Oublions un instant le mépris de cette phrase. Après tout, malgré ses défauts, Maurice Duplessis avait raison d’affirmer : « La boue ne salit que ceux qui la lancent. »

Posons-nous plutôt cette question : Trump mène-t-il sa campagne avec « intelligence » ?

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L’Opération « Warp Speed », vous connaissez ? Cette initiative, annoncée par Trump en mai dernier, est un succès de son administration. L’objectif : développer, à la vitesse de l’éclair, un vaccin pour lutter contre la COVID-19. L’objectif était de relever ce défi avant la fin de l’année.

Souvenons-nous : à cette époque, des experts rappelaient que trouver un vaccin efficace demanderait beaucoup plus de temps, peut-être même des années. Mais le gouvernement américain a appliqué la pression, et les grandes sociétés pharmaceutiques, à coups de centaines de millions en subventions, ont enfoncé l’accélérateur. Résultat, les essais sont avancés.

Pour Trump, même si le vaccin ne sera sans doute pas prêt dans le délai espéré, cette progression devrait représenter une victoire politique majeure. Qui croyait que les recherches progresseraient aussi vite ?

Trump a cependant politisé l’affaire. Il souhaitait que ce vaccin devienne la « surprise d’octobre », cet évènement de dernière minute susceptible de donner un élan ou un coup de frein aux campagnes présidentielles. Au point que le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, a affirmé que son État ne distribuera pas ce vaccin avant de le valider. Dans cet enjeu crucial de santé publique, sa confiance envers l’administration Trump est trop faible.

Cuomo n’est pas le seul à entretenir des doutes. Trump a ainsi perdu l’avantage qu’il s’était créé. Une stratégie « intelligente » ? Pas sûr.

PHOTO ALEX BRANDON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le 26 septembre, le président Donald Trump a annoncé la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême des États-Unis, lors d’un évènement à la Maison-Blanche, à Washington.

Au cours des derniers jours, Trump et son équipe ont commis trois autres erreurs qui, selon les sondages, leur coûtent très cher. D’abord, la Maison-Blanche a organisé une cérémonie pour présenter Amy Coney Barrett, pressentie comme nouvelle juge à la Cour suprême. Le virus s’y est propagé, et plusieurs invités ont attrapé la COVID-19.

Sur le plan de la santé, c’est d’une grande tristesse. Sur celui de l’image, c’est une catastrophe. Voici des décideurs influents du Parti républicain pas foutus de montrer une prudence élémentaire.

Trois jours plus tard, autre gaffe. Trump a interrompu à répétition Biden durant leur débat. C’était de toute évidence son plan d’action, finement planifié avec ses conseillers. Les sondages démontrent qu’il s’est tiré une balle dans le pied. Son ton arrogant a déplu à des millions d’Américains. Pour un homme qui dit sentir le pouls de la population, ce n’est pas impressionnant.

Enfin, en rentrant à la Maison-Blanche dès lundi après son séjour à l’hôpital, Trump a voulu montrer force et leadership. Mais sa fanfaronnade face à la maladie n’est pas une carte gagnante. Selon une enquête Léger, 60 % des Américains craignent d’attraper la COVID-19, soit sensiblement le même pourcentage que les Canadiens (63 %). Au lieu de se montrer sensible à cette inquiétude, Trump la banalise en clamant avec arrogance ne pas en avoir peur.

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Je vois Donald Trump multiplier les gestes et les déclarations fracassantes. Et, oui, je désespère.

Après un moment, je retrouve cependant espoir. Parce que nous sommes à moins d’un mois de l’élection et que le président, qui commet des erreurs stratégiques au pire moment pour sa campagne, commence à manquer de temps pour renverser la tendance.

Bien sûr, l’élection se décidera dans quelques États-clés, et il faut se méfier des coups de sonde « nationaux » qui donnent une solide avance à Biden. Ils témoignent toutefois d’une tendance forte.

Au-delà du débat stérile sur son niveau d’« intelligence » par rapport à celui de Biden, Trump oublie d’autres atouts nécessaires à un candidat, comme le jugement, le flair politique et la qualité de l’entourage. Et surtout, dans un contexte de crise, l’empathie envers les citoyens. Sur ce plan, c’est avantage Biden.