Le président américain Donald Trump, candidat républicain à la présidence, a la COVID-19. Si son état de santé se dégradait, pourrait-il rester président des États-Unis ? Continuer sa campagne électorale ? Devrait-on reporter les élections du 3 novembre ? Voici les réponses à toutes ces questions.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Le président Donald Trump a annoncé vendredi qu’il est atteint de la COVID-19. Il souffre de fatigue et a été transféré à l’hôpital pour les prochains jours. À court terme, qu’est-ce que ça change ?

Rien. Au moment d’écrire ces lignes, Donald Trump est président des États-Unis et candidat républicain à la présidence. Mike Pence, qui a subi vendredi un test négatif à la COVID-19, est toujours vice-président du pays et candidat républicain à la vice-présidence.

Si son état de santé s’aggravait, Donald Trump pourrait-il continuer d’être président des États-Unis ?

Ça dépend. Si le président Trump estime qu’il est incapable de remplir ses fonctions, il peut remplir une déclaration écrite à cet effet et le vice-président (Mike Pence) deviendrait président par intérim. Le président Trump pourrait ensuite reprendre ses fonctions à sa convenance (en rédigeant une deuxième lettre). Cette procédure, prévue dans le 25e amendement, a été utilisée à trois reprises, quand Ronald Reagan et George W. Bush ont été sous anesthésie pour une colonoscopie.

Le 25e amendement prévoit aussi un deuxième scénario (théorique et très peu probable dans ce cas-ci) : si le vice-président et la majorité du cabinet de l’administration estiment que le président ne peut pas remplir ses fonctions, ils peuvent nommer le vice-président président par intérim en envoyant une déclaration écrite. On pourrait agir ainsi si un président tombait dans le coma sans avoir pu signer une lettre d’incapacité. S’il le veut, un président pourrait contester cette situation, et le Congrès trancherait.

Qui décide si le président est dans l’incapacité de remplir ses fonctions ?

C’est le président qui décide lui-même de se retirer temporairement de ses fonctions. Ou alors le vice-président et la majorité du cabinet peuvent prendre cette décision pour lui. Les médecins n’ont pas un mot à dire à ce sujet.

Donald Trump pourrait-il se retirer comme candidat républicain à la présidence pour des raisons de santé ?

S’il choisissait de se retirer comme candidat à l’élection de 2020 pour des raisons de santé, le Parti républicain choisirait alors un nouveau candidat à la présidence. Ce serait presque assurément Mike Pence, candidat à la vice-présidence. On choisirait ensuite un nouveau candidat à la vice-présidence (pour remplacer Mike Pence).

Dans ce cas, faudrait-il reprendre l’élection du 3 novembre ?

Non. Seule une loi du Congrès peut reporter l’élection (et encore, la Constitution prévoit que les grands électeurs doivent choisir le prochain président le 14 décembre prochain). L’élection continuerait donc comme prévu.

Comme il est trop tard pour changer le nom du candidat sur les bulletins de vote, les votes déjà accumulés par Donald Trump dans chaque État seraient vraisemblablement comptabilisés comme des votes républicains qui iraient au nouveau candidat républicain (ex. : à Mike Pence). Même si on ne peut le confirmer avec une certitude absolue – il n’y a pas de précédent –, ce scénario serait le plus probable, selon plusieurs experts. La logique : les gens ont voté pour le ticket d’un parti, donc ces votes doivent être transférés au nouveau candidat du même parti, explique Philip Bobbitt, professeur de droit constitutionnel à l’Université Columbia, à New York.

Si Donald Trump ou Joe Biden tombait gravement malade et qu’il ne voulait pas ou ne pouvait pas se retirer comme candidat à la présidence, son parti pourrait-il le remplacer ?

En théorie, oui. Mais cette possibilité est très mince. Il faudrait que le candidat ait une incapacité importante (ex. : il est dans le coma). Dans ce cas, les votes accumulés par le premier candidat seraient vraisemblablement comptabilisés comme des votes pour son successeur (c’est le scénario le plus probable, même s’il n’est pas sûr à 100 %). Les États pourraient même passer une loi pour forcer les grands électeurs à inscrire leur vote au Collège électoral en faveur du candidat du parti qui a reçu le plus de votes dans cet État, explique Brian Kalt, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’État du Michigan.

Si un candidat à la présidence (Donald Trump ou Joe Biden) décédait avant l’élection, qu’est-ce qui se passerait ?

Son parti pourrait alors le remplacer à la dernière minute, probablement par le candidat à la vice-présidence (Mike Pence ou Kamala Harris). Le nom du premier candidat (Trump ou Biden) resterait sur le bulletin de vote, mais les votes seraient normalement comptabilisés pour le nouveau candidat (Pence ou Harris).

Si un candidat à la présidence décédait après son élection, qu’est-ce qui se passerait ?

Si le président Donald Trump décédait après l’élection, le vice-président Mike Pence deviendrait immédiatement président jusqu’au 20 janvier 2021, en vertu du 25e amendement. Ensuite, ce serait le gagnant de l’élection présidentielle. Si ce gagnant décède avant son inauguration, son parti nommerait le prochain président – vraisemblablement son candidat à la vice-présidence (Mike Pence ou Kamala Harris).

Des candidats ont-ils déjà dû interrompre leur campagne pour des raisons de santé ?

En septembre 2016, Hillary Clinton a eu une pneumonie et a pris quelques jours de repos. En 1960, Richard Nixon a subi une infection à un genou (un type d’arthrite) durant la campagne électorale, mais il a continué sa campagne. Selon son médecin, cette infection est l’une des raisons pour lesquelles il avait l’air si fatigué durant le débat télévisé contre John F. Kennedy.

Y a-t-il un scénario où Nancy Pelosi pourrait devenir présidente par intérim des États-Unis ?

Si Donald Trump et Mike Pence estiment de ne pas être en mesure d’assumer leurs fonctions, c’est la présidente de la Chambre des représentants (la démocrate Nancy Pelosi) qui deviendrait présidente par intérim des États-Unis. Jusqu’à ce que l’un d’eux puisse à nouveau assumer les fonctions du président. Ou au plus tard jusqu’au 20 janvier 2021, jour où le nouveau président entrera en fonction.

Un président américain très malade est-il déjà resté en fonction ?

En 1919, le président Woodrow Wilson est tombé très malade et a subi une attaque cérébrale, mais ses médecins, sa femme et sa garde rapprochée ont caché sa maladie jusqu’à la fin de son mandat en 1921, rappelle Jason Opal, professeur d’histoire à l’Université McGill. Depuis 1967, le 25e amendement prévoit que le président puisse être remplacé par le vice-président en cas d’incapacité de remplir ses fonctions.

— Avec le New York Times