Et maintenant, ça.

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

L’homme le plus puissant du monde, le président des États-Unis d’Amérique, a contracté la COVID-19. Donald Trump s’est cloîtré à la Maison-Blanche, en quarantaine.

À 32 jours de l’élection présidentielle.

Pour une surprise d’octobre, c’en est toute une.

Rendu là, ce n’est plus une surprise, mais une stupeur. Une stupéfaction. Un choc immense qui pourrait faire dérailler la campagne du président et anéantir ses chances de réélection, le 3 novembre.

Mais bon, on est en 2020. Fallait s’y attendre. La planète entière se débat avec une pandémie dévastatrice. Les États-Unis sont particulièrement touchés, avec 207 000 morts au compteur. Le pays fait face à une récession, à des soulèvements, à des incendies de forêt ravageurs…

Alors que le président contracte le coronavirus, jetant les États-Unis encore plus profondément dans le chaos, ça semble dans l’ordre des choses de cette année de poisse.

Mais il fallait aussi s’y attendre pour une autre raison : depuis le début de cette pandémie, Donald Trump a joué à la roulette russe avec le coronavirus. Et il a perdu.

PHOTO EVAN VUCCI, ASSOCIATED PRESS

Donald Trump salue ses partisans réunis à l’aéroport Harrisburg International lors d’un rassemblement, le 26 septembre.

On ne lui souhaite évidemment pas de malheur – ni pour lui, ni pour sa femme Melania, également atteinte, ni pour l’ensemble des Américains, plongés dans l’une des plus graves crises de leur histoire récente.

Pour leur bien, pour le nôtre et pour celui de la planète, on souhaite au président un prompt rétablissement.

* * *

Mardi soir, au débat présidentiel, Donald Trump s’est moqué de Joe Biden. « Chaque fois que vous le voyez, il porte un masque. Il pourrait parler à 200 pieds et se pointer avec le plus gros masque jamais vu ! »

Si son rival démocrate n’organise pas de méga-rassemblements comme lui, c’est que « personne ne va se pointer » et que « tout le monde s’en fout ».

En rétrospective, on se demande si ce combat de coqs entre deux septuagénaires, ces insupportables 90 minutes de postillonnantes vitupérations sur une scène intérieure, était vraiment l’idée du siècle.

On pourrait aussi se dire que le karma a rattrapé Trump.

On aurait tort : ça n’a rien à voir avec le karma.

Le président a été terriblement imprudent. Il a sans cesse minimisé les risques de la COVID-19. Il n’a pas suivi les conseils de santé publique de ses propres experts.

Dès le début de la pandémie, il a assuré que le virus disparaîtrait « comme par miracle ». Puis, il a vanté des remèdes douteux (voir : hydroxychloroquine, détergent à s’injecter dans le corps.)

Et maintenant, en pleine campagne, alors que le virus continue de se propager, alors que près d’un millier d’Américains meurent chaque jour, le président a choisi de réunir des foules aux quatre coins du pays.

Des foules qui se sont massées sans masque pour l’entendre ridiculiser la prudence de ses opposants.

Quelle funeste ironie.

Le masque, le plus gros masque qu’on n’ait jamais vu, c’est Donald Trump qui le portait… sur les yeux.

Et cet aveuglement volontaire menace désormais sa santé, peut-être même sa vie. Non seulement cela, mais il menace la stabilité de son pays fragilisé par la pandémie et la crise sociale. Que va-t-il se passer, maintenant ?

Tout le monde l’ignore.

* * *

On ne peut s’empêcher d’imaginer le pire.

La Maison-Blanche a confirmé ce matin que le président présente des symptômes légers de la COVID-19.

Mais ça pourrait dégénérer.

Donald Trump a 74 ans. Il pèse 243 livres. Autant de facteurs qui le rendent plus susceptible de développer une forme sévère de la maladie. On le sait : plus on est vieux, plus on est obèse, plus on risque de ne pas survivre au virus.

Le médecin du président l’a déclaré en parfaite forme physique. Pourtant, en juin, on l’a vu descendre avec énormément d’hésitation les marches d’une scène de New York. Sept mois plus tôt, il y avait eu cette mystérieuse visite à l’hôpital, dont on n’a jamais su la cause.

D’autres leaders internationaux ont contracté la COVID-19. Boris Johnson au Royaume-Uni. Jair Bolsonaro au Brésil. Aujourd’hui, ils sont toujours au pouvoir. Mais ils sont moins âgés que Donald Trump.

Le président recevra les meilleurs soins, mais il n’existe aucun remède à cette maladie. La plupart des gens en guérissent, bien sûr. Reste que pour l’instant, impossible de savoir si le jeu de roulette russe lui sera fatal.

* * *

Au niveau politique, en tout cas, ce diagnostic risque d’être dévastateur.

Même si les symptômes demeurent légers, Donald Trump devra s’isoler pendant une période prolongée. Or, l’élection présidentielle, rappelons-le, aura lieu dans un mois. Les Américains ont déjà commencé à voter, par anticipation et par la poste.

Donald Trump tire de l’arrière dans les sondages, notamment en raison de sa gestion catastrophique de la pandémie. Il sera cloué à Washington dans la dernière ligne droite de la course électorale.

Pour le camp républicain, c’est un désastre.

Ce résultat positif est la preuve éclatante de l’échec du président à freiner la pandémie. Imaginez : l’homme qui se vante d’avoir fait un travail extraordinaire pour lutter contre la COVID-19 en est lui-même atteint.

Non seulement le virus n’est pas disparu « comme par miracle », mais il s’est infiltré jusqu’à la Maison-Blanche.

Possible que les électeurs le prennent en pitié. Mais ils pourraient tout aussi bien lui faire payer sa terrible insouciance.