À cinq semaines d’une des élections les plus importantes de l’histoire des États-Unis, Donald Trump et Joe Biden se sont livré mardi un des pires débats présidentiels présentés à la télévision américaine, sinon le pire.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Lors de leur premier affrontement de la campagne, les deux candidats à la plus haute fonction de leur pays ont échangé des attaques jamais entendues en pareilles circonstances et employé des mots plus appropriés dans une cour de récréation.

À plusieurs reprises, un président au visage sombre et au ton agressif a interrompu son rival et le modérateur, contribuant plus que son rival au caractère acrimonieux chaotique et déprimant du débat de 90 minutes tenu sur le campus de l’Université Case Western à Cleveland.

Rien n’indique que ce duel au cours duquel Donald Trump a laissé passer la chance de dénoncer les suprémacistes blancs l’aidera à élargir sa base électorale.

Trahissant souvent son agacement, Joe Biden a pour sa part fait mentir les stratèges et analystes qui croyaient qu’il tenterait de s’élever au-dessus de la mêlée et de se poser en véritable homme d’État. Cependant, quelques-unes de ses réparties obtiendront peut-être du succès auprès de certains électeurs.

« Vas-tu la fermer, mec ? » a-t-il lâché au début du débat pendant que Donald Trump l’interrompait avec un flot de paroles continu. « Ç’a vraiment été un segment productif, n’est-ce pas ? Continue à jacasser, mec. »

L’ancien vice-président a également traité Donald Trump de « clown », de « raciste » et de « menteur ».

« Croyez-vous un seul instant à ce qu’il vous dit à la lumière des mensonges qu’il a racontés concernant la COVID ? » a-t-il dit après que le président a affirmé que les États-Unis étaient à quelques semaines d’un vaccin.

« Vous êtes le pire président que l’Amérique ait jamais eu », a-t-il encore dit.

Au mépris des règles

Donald Trump n’a pas été en reste. Il a notamment mis en cause l’intelligence du candidat démocrate.

« N’utilise jamais le mot intelligent avec moi. Il n’y a rien d’intelligent en toi, Joe », a-t-il déclaré.

Le président s’en est également pris à l’animateur de Fox News Chris Wallace, qui n’est pas parvenu à s’imposer.

« Je suis le modérateur de ce débat et j’aimerais que vous me laissiez poser mes questions », a affirmé le journaliste.

« Je suis en train de débattre avec vous, mais je m’y attendais », a répliqué le président, qui a enfreint les règles du débat du début à la fin.

60 %

Proportion des téléspectateurs qui ont donné la victoire à Joe Biden, contre 28 % qui ont couronné Donald Trump, selon un sondage CNN réalisé après le débat

Chris Wallace s’en est largement tenu aux six thèmes prévus au programme, dont la Cour suprême, l’économie, la COVID-19, les questions raciales et la violence dans les villes.

« Je dirais que presque tout ce que je vois vient de la gauche, pas de la droite », a déclaré Donald Trump lorsque le modérateur lui a demandé s’il était prêt à dénoncer les suprémacistes blancs. « Je suis prêt à faire n’importe quoi. Je veux voir la paix. »

« Comment voulez-vous que je les appelle ? » a-t-il ajouté devant un Chris Wallace persistant. « Donnez-moi un nom. Donnez-moi un nom. »

Puis, en faisant allusion à un groupe d’extrême droite, il a ajouté : « Proud Boys : éloignez-vous et tenez-vous prêt. Mais je vais vous dire, quelqu’un doit faire quelque chose à propos d’Antifa et de la gauche parce que ce n’est pas un problème de la droite. C’est un problème de la gauche. »

L’effet COVID-19

Donald Trump a défendu sa gestion de la COVID-19 en affirmant que le bilan de la pandémie aurait été encore plus lourd aux États-Unis si Joe Biden avait occupé la Maison-Blanche à sa place.

« Vous ne pensiez pas que nous aurions dû fermer notre pays parce que vous pensiez que c’était trop terrible. Vous ne l’auriez pas fermé avant deux mois. En le faisant plus tôt, en fait, le DFauci a déclaré que le président Trump avait sauvé des milliers de vies », s’est-il félicité.

Joe Biden a rappelé de son côté les révélations du journaliste Bob Woodward selon lesquelles Donald Trump a minimisé la gravité de la pandémie. Et il a souligné le manque d’empathie du président.

Entre 750 et 1000 personnes meurent chaque jour. Lorsque [Trump] a reçu ce chiffre, il a dit : ‘‘C’est ça qui est ça’’. Eh bien, c’est ça qui est ça parce que vous êtes ce que vous êtes.

Joe Biden

Le débat a pris une tournure pathétique vers la fin lorsque Joe Biden s’est indigné des mots que Donald Trump aurait utilisés pour dénigrer les soldats tombés au combat.

« Mon fils était en Irak, il y a passé un an », a dit le candidat démocrate. « Il n’était pas un perdant. C’était un patriote, et les gens qu’il a laissés derrière lui étaient des héros. »

« Êtes-vous en train de parler de Hunter ? », a interjeté Donald Trump, en mentionnant l’autre fils de son rival, qu’il avait déjà attaqué.

« Je parle de mon fils, Beau Biden », a répliqué Joe Biden en parlant de son fils aîné, mort d’un cancer du cerveau en 2015.

« Je ne connais pas Beau, je connais Hunter », a enchaîné le président en accusant ce dernier d’avoir « fait une fortune » en Ukraine et en Russie et en rappelant qu’il avait été expulsé de la Marine.

Joe Biden a senti le besoin de rappeler que son fils avait eu des problèmes de drogue qu’il avait réglés.

Renverser la vapeur

Le débat représentait peut-être la dernière occasion pour Donald Trump de changer l’allure d’une campagne où il tire de l’arrière dans plusieurs États-clés. Un sondage Washington Post/ABC News mené en Pennsylvanie et publié mardi matin lui accordait 45 % des intentions de vote chez les électeurs probables contre 54 % pour Joe Biden.

Quelques heures avant le débat, Joe Biden avait rendu publiques ses déclarations de revenus pour l’année 2019. Les documents indiquent que lui et sa femme Jill ont payé 299 346 $ d’impôts fédéraux l’année dernière après avoir déclaré des revenus de 944 737 $.

Au cours du débat, Donald Trump a de nouveau qualifié de « fausses nouvelles » les révélations récentes du New York Times selon lesquelles il n’a versé que 750 $ au fisc américain en 2016 et 2017.