(Youngstown) Quatre ans après sa victoire dans l’Ohio et à la présidentielle américaine, Donald Trump a de nouveau besoin des électeurs déçus par les démocrates pour l’emporter dans cet État du nord du pays qui sera déterminant pour sa réélection.

Michael Mathes
Agence France-Presse

L’Ohio fait figure d’oracle, car il est le miroir des scrutins nationaux avec sa démographie politique diverse.

Donald Trump s’y est rendu deux fois en six semaines et s’il n’est pas une cible prioritaire pour Joe Biden dans sa quête de victoire le 3 novembre, le candidat démocrate ne l’a pas délaissé.

Il y a lancé une campagne de spots télévisés et les deux adversaires se retrouveront mardi à Cleveland pour le premier débat présidentiel.

« À ce jour, je ne sais vraiment pas pour qui je vais voter », explique à l’AFP Joe Rosky. Ce pompier à la retraite a longtemps voté démocrate, avant de soutenir le candidat républicain en 2016.

Mais contrairement à ses déclarations, le milliardaire n’a pas ramené les emplois, une promesse qui l’avait aidé à renverser plusieurs États frappés par la crise industrielle et les délocalisations.

« Il assure avoir fait des choses, mais sans en apporter la preuve », dit M. Rosky, en buvant son café dans un restaurant près de Youngstown.

Dans cette région, historiquement ouvrière et démocrate, l’hémorragie des emplois qui a commencé dans les années 1970 avec la fermeture des usines sidérurgiques ne s’est pas arrêtée.

Les électeurs démocrates s’étaient tournés par milliers vers Donald Trump, qui avait enlevé l’Ohio avec huit points de pourcentage d’avance sur Hillary Clinton.

« Il a joué sur la frustration des gens », estime David Betras, ancien président local du parti démocrate. « Quand vous avez soif, vous buvez de l’eau croupie, parce qu’au moins c’est de l’eau ».

Il reproche à son parti d’avoir échoué en 2016 à dénoncer la mondialisation et « l’outrage » fait aux ouvriers de l’Ohio dont les emplois ont été délocalisés au Mexique ou en Chine.

Joe Biden, qui bénéficie du soutien des syndicats, promet un vaste plan de revitalisation économique grâce à des investissements publics massifs. Mais il pourrait déjà être trop tard alors que beaucoup d’anciens démocrates continuent à soutenir M. Trump.

« J’aimerais voir se dresser ce grand mur bleu, mais je ne pense pas qu’il gagne l’Ohio, » dit M. Betras, en référence à la couleur du parti démocrate.

Vote et porte-monnaie

L’Ohio est le cœur de l’Amérique. L’État lui a donné sept présidents et offre une diversité unique entre villes, banlieues et campagnes.

Depuis 1960, cet État a toujours voté en faveur du candidat finalement élu et aucun républicain n’a remporté la Maison-Blanche sans gagner l’Ohio.

Il existe, selon David Cohen, spécialiste de sciences politiques à l’Université Akron, des signes que la droite reste fortement implantée.

Lors des élections parlementaires de 2018, les républicains ont remporté la plupart des scrutins, résistant à une vague nationale de victoires pour les démocrates.

Il prédit une victoire de M. Trump malgré la légère avance dans les sondages de Joe Biden, dans l’État et au niveau national, et malgré la campagne de républicains opposés à M. Trump.

« Notre objectif est simple : demander aux républicains raisonnables de préférer leur pays à leur parti », dit Phil Heimlich, ancien procureur et co-fondateur de l’Operation Grant, un collectif de soutien à Joe Biden.

Il assure ne pas avoir « beaucoup de gens à convaincre ».

Tony Hickson, un démocrate afro-américain de 59 ans, est dans une mission similaire de conversion.

Il veut remettre ses anciens camarades de lutte « du côté démocrate », notamment en dénonçant la gestion de la pandémie de coronavirus par l’administration Trump.

Mais les partisans du président républicain restent optimistes. « Les emplois reviennent », assure Tim Fresch, un électricien à la retraite de 64 ans, rencontré lundi avant un rassemblement de M. Trump près de Toledo.

« Dans l’Ohio, on vote avec son porte-monnaie, et le mien est plein », dit-il.