(Washington) Le président américain Donald Trump a déclaré samedi qu’il proposerait un nom « la semaine prochaine », « probablement » celui d’une femme, pour pourvoir le poste laissé vacant à la Cour suprême des États-Unis par le décès de la juge Ruth Bader Ginsburg.

Agence France-Presse

« On aura un nommé très rapidement », a déclaré le président républicain avant de s’envoler pour un rassemblement de campagne en Caroline du Nord.

« Nous voulons respecter le processus. Je pense que cela va aller très vite », a-t-il ajouté, alors que l’opposition démocrate lui demande de ne pas nommer de nouveau juge avant l’élection présidentielle du 3 novembre.

« Ce sera très probablement une femme », a-t-il encore dit.

« Si quelqu’un me demandait, je dirais qu’une femme serait la mieux placée », a-t-il poursuivi. « Le choix d’une femme serait assurément judicieux », a-t-il insisté.

En soirée, lors d’un rassemblement en Caroline du Nord, il a précisé : « Ce sera une femme. Une femme très talentueuse, très brillante, que je n’ai pas encore choisie-mais nous avons beaucoup de femmes dans notre liste ».

Le décès à 87 ans de la juge progressiste de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg offre à Donald Trump l’occasion de nommer pour la remplacer un magistrat défenseur des valeurs chrétiennes conservatrices, même si les démocrates vont engager une bataille de tranchées pour entraver le processus.

Le président réaliserait alors sa troisième intronisation à la Cour suprême en un mandat à la Maison-Blanche, ancrant durablement à droite la plus haute institution judiciaire du pays. M. Trump compte sur la majorité républicaine au Sénat, l’organe chargé de confirmer le juge désigné.

L’exécutif a eu tout son temps pour se préparer au remplacement de « RBG », qu’on savait malade depuis longtemps. Donald Trump a même publié le 9 septembre une liste affinée de candidats potentiels, un geste de campagne destiné à rassurer ses alliés et mobiliser ses électeurs, notamment ceux opposés au droit à l’avortement.

Sa liste de personnalités n’est qu’indicative. De fait, les deux juges nommés par le milliardaire républicain, Neil Gorsuch (2017) et Brett Kavanaugh (2018), ne figuraient pas sur une première liste publiée en 2016 par celui qui était à l’époque candidat à la Maison-Blanche.

Quelques noms parmi les favoris

Amy Coney Barrett, une catholique fervente

Si elle est nommée, Mme Barrett deviendrait la seule magistrate conservatrice de la Cour suprême, les deux autres femmes de la haute cour étant progressistes.

PHOTO MATT CASHORE/NOTRE DAME, VIA REUTERS

La juge Amy Coney Barrett

La magistrate de 48 ans, qui figure parmi les noms les plus fréquemment cités, a grandi dans une banlieue de La Nouvelle-Orléans et suivi des études brillantes dans plusieurs établissements confessionnels.

Mère de sept enfants, elle est réputée pour ses articles de doctrine juridique, dans lesquels elle professe des opinions largement influencées, selon ses détracteurs, par ses valeurs religieuses traditionalistes.

« Le dogme religieux vit bruyamment en vous », lui avait reproché la sénatrice démocrate Dianne Feinstein lors de son processus de confirmation pour un poste de juge fédéral, en 2016. L’intéressée avait assuré faire la distinction entre sa foi et « ses responsabilités de juge ».

Barbara Lagoa, une latino de Floride

PHOTO REUTERS

Barbara Lagoa

Cette Américano-Cubaine est la première femme hispanique à avoir été nommée à la Cour suprême de Floride, un des États-clé qui pourraient faire la différence le 3 novembre.

La semaine dernière, la magistrate de 52 ans a décidé avec une courte majorité de ses collègues de restreindre le vote des anciens détenus de l’État en validant des conditions financières imposées avant leur réinscription sur les listes électorales

Joan Larsen, solide conservatrice

Cette magistrate de 51 ans siégeant à la cour d’appel de Cincinnati s’est bâti au fil des ans une réputation de solide conservatrice, opposée à l’extension des droits des homosexuels et partisane de fermeté en matière de détention pénale.

Elle a également travaillé comme assistante d’Antonin Scalia, comme professeure de droit à l’Université du Michigan et a officié à la Cour suprême du Michigan.

Thomas Hardiman, un farouche militant du port d’arme

Juge à la cour d’appel fédérale de Pittsburgh, en Pennsylvanie, il s’est fait connaître en estimant par exemple que le premier amendement de la Constitution américaine n’autorisait pas les citoyens à filmer les policiers.

Fils d’un chauffeur de taxi, il a passé son enfance dans le Massachusetts. Premier de sa famille à aller à l’université, il a financé ses études à l’université de droit de Georgetown en conduisant un taxi.

Ancien militant républicain, solide conservateur, le juge Hardiman a siégé avec la sœur de Donald Trump, la juge Maryanne Trump Barry, qui en aurait fait l’éloge.

Dans plusieurs dossiers concernant des condamnés à mort, il s’est rangé du côté des procureurs cherchant à appliquer le châtiment suprême.

Raymond Kethledge, un gardien de la Constitution

Cet homme de 53 ans a grandi dans le Michigan, dans la région des Grands Lacs, État sous la juridiction de la cour d’appel où il siège après y avoir été nommé par George W. Bush.

Fervent militant de la libre entreprise et des droits individuels, notamment celui de la propriété privée et du port d’arme à feu, le juge Kethledge appartient à l’école de jurisprudence américaine originaliste, qui soutient que la Constitution doit être interprétée conformément à son sens à l’époque de son adoption.

Un sénateur ?

Les sénateurs républicains Ted Cruz, Tom Cotton ou Joshua Hawley figurent également sur la dernière mouture de la liste de Donald Trump. Choisir l’un de ces élus serait considéré comme une nomination encore plus politique que la désignation d’un magistrat actuellement en fonction.