Des habitants de la côte ouest des États-Unis – ravagée par des incendies qui ont déjà brûlé plus de deux millions d’hectares – traversent une période pour le moins difficile. La mauvaise qualité de l’air impose à des milliers d’entre eux de rester cloîtrés dans leur domicile, contraints d’assister impuissants à ce spectacle préoccupant.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Depuis notre arrivée à San Francisco, c’est déjà la deuxième fois qu’on est embêtés par la fumée. On est en train de regarder si on ne pourrait pas partir vivre ailleurs. C’est particulièrement compliqué en ce moment, pour ma famille et moi », confie d’un trait Céline Jourdan, qui s’est installée en Californie en 2017.

La Française d’origine est catégorique : les conditions de vie sont tout simplement « affreuses » actuellement. « Honnêtement, ce n’est pas une vie. Mercredi, on a eu une journée de nuit entière. Le ciel était orange, il y avait de la fumée dans l’air. C’était vraiment très étrange », relate-t-elle.

Pour les autorités locales comme pour de nombreux experts, l’ampleur de ces incendies de forêt, qui s’étendent du Canada au Mexique, est liée aux changements climatiques, qui aggravent une sécheresse chronique et provoquent des conditions météorologiques extrêmes. Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle, a dénoncé samedi « une menace existentielle ». Le président Donald Trump, lui, se rendra lundi en Californie pour constater l’ampleur des dégâts.

Avec la pandémie et les bouleversements qu’elle provoque, le quotidien devient en effet de moins en moins facile, dit Mme Jourdan. « C’est vraiment une année de merde », lance-t-elle. Ses deux enfants, âgés de 7 et 8 ans, vivent très mal la situation, d’autant plus que les écoles ont été fermées par mesure préventive. « Ils commencent un peu à devenir fous », illustre la résidante de San Francisco.

PHOTO FOURNIE PAR CÉLINE JOURDAN

Céline Jourdan entourée de son conjoint et de leurs deux enfants, âgés de 7 et 8 ans

« On essaie de rester positifs »

À Portland, dans l’Oregon, Bill Zingraf est lui aussi confiné chez lui depuis plusieurs jours. « Ces incendies bouleversent réellement tous les aspects de notre vie. On est tous à l’intérieur, à regarder les informations à la télé », illustre-t-il. S’il n’est pas en « danger immédiat » – les incendies se situent à environ 30 kilomètres de chez lui –, le photographe se dit très inquiet pour ses compatriotes dans la zone sinistrée.

Là-bas, c’est une toute autre histoire. Les gens doivent être évacués de ville en ville. Je ne peux même pas imaginer à quel point ça doit être terrifiant pour eux.

Bill Zingraf, habitant de l’Oregon

Les zones menacées concernent en effet 500 000 habitants dans l’État de l’Oregon ; plus de 40 000 personnes ont déjà été évacuées. M. Zingraf, lui, tente de demeurer réaliste pour passer à travers cette crise. « On essaie de rester positifs, de garder la tête haute et de se dire que ça va passer. On doit simplement être patients et espérer le meilleur. Entre voisins, on se soutient, on essaie de s’aider autant que possible, et de faire le maximum », explique-t-il.

Christophe Goudy, de son côté, habite à Redwood City, en plein cœur de la Silicon Valley, où il tient une charcuterie. À ses yeux, l’impact psychologique de ces incendies est dévastateur. « C’est invivable et oppressant comme climat. Les gens sont tendus et agressifs », raconte-t-il. Autour de lui, des familles sont parties vers le sud, tant la fumée était dense. « Nous sommes très proches de la zone sinistrée », ajoute-t-il.

L’année 2020 est vraiment pourrie pour nous. On blague en disant qu’il ne manquerait plus qu’un tremblement de terre, et on aurait fait le tour.

Christophe Goudy, habitant de Redwood City

Samedi soir, pour la première fois depuis le début de l’été, ses deux filles de 12 et 15 ans ont pu jouer avec les voisins. « Avec la COVID-19, ça fait six mois qu’on est déjà les uns sur les autres. Disons que le moral est bas », illustre M. Goudy.

PHOTO FOURNIE PAR CHRISTOPHE GOUDY

Christophe Goudy habite à Redwood City, en plein cœur de la Silicon Valley.

Vancouver aussi concerné

Dans un bulletin spécial diffusé samedi, Environnement Canada s’est inquiété des risques liés à la santé des personnes vulnérables dans la métropole de Vancouver, où la fumée provenant des incendies aux États-Unis « devrait avoir une incidence sur la qualité de l’air au cours de la fin de semaine ».

« Une vaste masse de fumée traversera la région », prévient l’organisme fédéral, en ajoutant que « certaines personnes qui sont marginalisées socialement peuvent aussi être à plus haut risque ».

Environnement Canada ajoute que « les personnes souffrant de maladies chroniques ou d’infections sévères comme la COVID-19 devraient réduire ou reporter leurs activités physiques jusqu’à ce que l’avis soit levé ». Cette recommandation vaut aussi pour les asthmatiques, les diabétiques ou les femmes enceintes.

Au moins 19 victimes ont été recensées cette semaine dans les trois États de la côte Ouest touchés. « Nous nous préparons à un nombre considérable de morts, en nous fondant sur ce que nous savons du nombre de bâtiments détruits », a affirmé Andrew Phelps, directeur des services de gestion des urgences de l’Oregon.

– Avec l’Agence France-Presse