Dans les années 70 et 80, Jerry Falwell a joué un rôle plus important que quiconque dans l’établissement de la « droite religieuse ». Cette « majorité morale » a pris graduellement le contrôle du Parti républicain pour lutter contre l’avortement, entre autres questions morales. Treize ans après la mort du pasteur Falwell, son fils va de Charybde en Scylla.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Jerry Falwell fils a démissionné mardi de son poste de président de l’Université Liberty, établissement évangélique privé, à cause d’un scandale sexuel. « Il avait été le premier dirigeant évangélique à prendre parti pour Donald Trump, en janvier 2016 », explique Clyde Wilcox, politologue à l’Université Georgetown et auteur du livre Onward Christian Soldiers ?. « Il devait même prendre la parole à la convention républicaine. »

L’affaire est sulfureuse. Tout a commencé avec une photo mise par M. Falwell sur son compte Instagram début août, où il apparaissait le bras autour d’une femme qui n’était pas sa femme, Becki. Les fermetures éclair de deux braguettes étaient descendues. Le dirigeant évangélique a affirmé qu’il s’agissait d’un déguisement inspiré de la série télévisée Trailer Park Boys, pour une fête costumée sur un yacht. Puis, Reuters a publié le témoignage d’un jeune associé d’affaires de M. Falwell qui affirmait avoir eu des relations sexuelles avec Becki Falwell à plusieurs reprises alors que son mari les regardait. Le code de conduite de la Liberty University interdit aux étudiants la pornographie et les relations sexuelles avant le mariage.

PHOTO STEVE HELBER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Jerry Falwell fils (à droite) et sa femme, Becki, que l’on voit ici lors d’une allocution à l’Université Liberty, en janvier 2018, se retrouvent au cœur d’un scandale sexuel.

La déchéance de M. Falwell, qui fait face depuis l’an dernier à des accusations de despotisme de la part d’employés et d’étudiants de l’université située en Virginie, survient à un moment où des sondages montrent une baisse de l’enthousiasme des évangéliques pour Donald Trump. En juillet, 59 % des évangéliques blancs non hispaniques approuvaient « solidement » M. Trump, contre 67 % en avril, selon des sondages de l’institut Pew.

Quel sera l’impact sur le vote évangélique à l’élection présidentielle de novembre ? Négligeable, selon M. Wilcox et Kenneth Wald, politologue à l’Université de Floride et auteur du livre Religion and Politics in the United States, dont la huitième édition paraîtra en décembre.

« En fait, ça confirme le pragmatisme du vote évangélique, dit M. Wald. Il y a eu très peu de mentions de Falwell fils dans les médias évangéliques. »

[Les évangéliques] votent pour Trump parce qu’il tient ses promesses, d’abord et avant tout avec la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême qui peut-être vont renverser Roe v. Wade.

Kenneth Wald, politologue à l’Université de Floride et auteur

Ce jugement de 1973 a décrété que le droit à l’avortement faisait partie du droit constitutionnel à la vie privée et a légalisé la pratique partout aux États-Unis, alors qu’elle était interdite en toutes circonstances dans 30 des 50 États.

Cyrus et Babylone

« Trump est considéré par beaucoup d’évangéliques comme un nouveau Cyrus, le roi perse qui a conquis Babylone et libéré les juifs [en 539 avant Jésus-Christ], dit M. Wilcox. C’est un païen qui va libérer les chrétiens de l’oppression du monde moderne et favoriser le retour du Christ sur Terre.

« Je blague parfois que les évangéliques devraient plutôt regarder du côté de l’histoire de Pierre, qui a renié le Christ trois fois avant le chant du coq. En appuyant Trump et d’autres dirigeants évangéliques hypocrites, ils perdent tout respect de la part des Américains modérés. »

L’affaire de Falwell fils fait mal paraître à la fois les évangéliques et Trump.

Clyde Wilcox, politologue à l’Université Georgetown et auteur

L’affaire Falwell aura-t-elle une incidence dans ce cas sur d’autres électeurs croyants, par exemple les catholiques ? « Les catholiques blancs non latinos votent habituellement républicains, parce qu’ils veulent un gouvernement plus petit et moins d’impôts », explique Thomas Reese, jésuite américain qui enseigne à l’Université Georgetown.

PHOTO DAMON WINTER, ARCHIVES NEW YORK TIMES

En janvier 2016, lors d’un rassemblement à Davenport, en Iowa, Jerry Falwell fils a été le premier dirigeant évangélique à prendre parti pour Donald Trump.

« Mais les femmes de ce groupe ont de plus en plus de difficulté à appuyer Trump. Tout ce qui renforce le côté irrespectueux pour les femmes de Trump et ses frasques sexuelles est négatif pour ses perspectives de réélection, du moins pour ce qui est du vote catholique. »

Les catholiques hispaniques, eux, votent de toute façon démocrate, et encore davantage à cause des déclarations anti-immigration de Donald Trump. « Mais ils ont un moins grand taux de participation électorale. Et dans les États que Trump pourrait perdre, comme la Floride, les hispaniques sont en grande partie des Cubains généralement pro-Trump. »