(MILWAUKEE, WISCONSIN) Intervenant après une paire de personnalités ayant renversé des barrières séculaires, Kamala Harris est entrée à son tour dans l’histoire mercredi. Tout en poursuivant le réquisitoire sans appel des orateurs précédents contre Donald Trump, elle est devenue la première femme de couleur à accepter la nomination d’un grand parti à titre de candidate à la vice-présidence.

RICHARD HÉTU
RICHARD HÉTU Collaboration spéciale

« Le fait que je sois ici ce soir est un témoignage du dévouement des générations qui m’ont précédée. Des femmes et des hommes qui ont cru si ardemment à la promesse d’égalité, de liberté et de justice pour tous », a déclaré la sénatrice de Californie à l’amorce d’un discours prononcé dans une salle vide de Wilmington, au Delaware, en raison de la pandémie.

« Nous sommes à un point d’inflexion », a-t-elle ajouté après avoir brossé le portrait de sa famille élargie et rendu un hommage appuyé à sa défunte mère. « Le chaos permanent nous fait dériver. L’incompétence nous fait peur. L’insensibilité nous fait nous sentir seuls. C’est beaucoup. Et voilà le problème : nous pouvons faire mieux et méritons tellement plus. Nous devons élire un président qui apportera quelque chose de différent, de meilleur, et qui fera le travail important. Un président qui nous réunira tous – Noirs, Blancs, Latinos, Asiatiques, Autochtones – pour réaliser l’avenir que nous voulons tous. Nous devons élire Joe Biden. »

En temps normal, le ou la numéro deux d’un ticket présidentiel monopolise l’attention lors de la troisième soirée d’une convention américaine. Mais la colistière de Joe Biden a dû partager la vedette avec de grosses pointures, dont le premier président de couleur, Barack Obama, et la première candidate à la présidentielle d’un grand parti américain, Hillary Clinton.

PHOTO CAROLYN KASTER, ASSOCIATED PRESS

Joe Biden

La première convention virtuelle d’un grand parti prendra fin ce jeudi soir avec le discours d’investiture de Joe Biden à titre de candidat du Parti démocrate à la présidence.

Barack Obama a pris la parole depuis le musée de la révolution américaine à Philadelphie. C’était sa façon d’illustrer que la démocratie américaine sera en jeu à l’occasion de l’élection présidentielle de novembre.

« Je me suis assis dans le bureau Ovale avec les deux hommes qui font campagne pour la présidence », a-t-il déclaré au cours de son discours. « Je n’ai jamais pensé que mon successeur adopterait ma vision ou poursuivrait mes politiques. J’espérais, dans l’intérêt de notre pays, que Donald Trump se montrerait désireux de prendre ce poste au sérieux, qu’il en viendrait à ressentir le poids de la fonction et à découvrir un certain respect pour la démocratie qui lui avait été confiée. »

« Mais il ne l’a jamais fait. Il n’a manifesté aucun intérêt à se mettre au travail, aucun intérêt à trouver un terrain d’entente, aucun intérêt à utiliser le pouvoir impressionnant de sa fonction pour aider qui que ce soit d’autre que lui-même et ses amis, aucun intérêt à traiter la présidence comme autre chose qu’une émission de téléréalité de plus qu’il peut utiliser pour obtenir l’attention qu’il désire. Donald Trump n’a jamais pu s’élever à la hauteur de sa fonction parce qu’il en est incapable », a ajouté Barack Obama, en considérant les 170 000 décès liés à la COVID-19 comme une des conséquences du manque de leadership de son successeur.

« J’aurais dû voter »

Lors de son intervention, Hillary Clinton a affirmé que la présidence de Donald Trump avait démontré l’importance de voter.

« Pendant quatre ans, les gens m’ont dit : “Je n’avais pas réalisé à quel point il était dangereux.” “J’aimerais pouvoir revenir en arrière et recommencer.” Ou pire : “J’aurais dû voter.” Ça ne peut pas être une autre élection “j’aurais pu”, “j’aurais dû”. Si vous votez par correspondance, demandez votre bulletin de vote maintenant, et renvoyez-le dès que possible. Si vous votez en personne, faites-le tôt. Amenez un ami et portez un masque. Devenez membre du personnel électoral. Surtout, votez, quoi qu’il arrive. Votez comme si nos vies et nos moyens de subsistance étaient en jeu, parce qu’ils le sont », a déclaré l’ancienne secrétaire d’État, qui s’exprimait de son domicile de Chappaqua, dans l’État de New York.

« GARDER LES GENS ENSEMBLE »

Une autre pionnière, Nancy Pelosi, première présidente de la Chambre des représentants, a également pris la parole au cours d’une soirée où les femmes étaient à l’honneur. La sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren est également intervenue, accusant le président d’avoir « échoué misérablement » dans la gestion de la pandémie.

Armes à feu, changements climatiques, immigration et économie ont également fait partie des thèmes abordés. La plus jeune oratrice, Estela Juarez, 11 ans, a fourni un des moments les plus émouvants de la soirée. Une vidéo l’a montrée en train de lire une lettre à Donald Trump au sujet de sa mère clandestine qui a été expulsée malgré le fait que ses deux enfants sont américains, tout comme son mari, qui a servi sous les drapeaux et voté pour le candidat républicain à la présidence en 2016.

« Monsieur le président, ma mère est la fière épouse d’un Marine américain et la mère de deux enfants américains. Nous sommes une famille américaine. Nous avons besoin d’un président qui gardera les gens ensemble, pas d’un président qui les séparera », a déclaré la toute jeune fille.

La plupart des têtes d’affiche ont cherché à vanter les mérites de Joe Biden. Aucun n’a sans doute été plus convaincant que celui qui l’avait embauché pour devenir vice-président.

« Il y a 12 ans, quand j’ai commencé à chercher un vice-président, je ne savais pas que je finirais par trouver un frère », a déclaré Barack Obama. « Joe et moi venions d’endroits différents et de générations différentes. Mais ce que j’ai rapidement admiré chez lui, c’est sa résilience, née de trop de luttes ; son empathie, née de trop de chagrins. Joe est un homme qui a appris très tôt à traiter chaque personne qu’il rencontre avec respect et dignité, en vivant selon les mots que ses parents lui avaient appris : “Personne n’est meilleur que toi, mais tu es meilleur que personne.” »

ILS ONT DIT

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Nancy Pelosi

« En tant que présidente [de la Chambre des représentants], j’ai pu constater de visu le manque de respect de Donald Trump pour les faits, pour les familles de travailleurs et pour les femmes en particulier – manque de respect inscrit dans ses politiques à l’égard de notre santé et de nos droits, et pas seulement dans sa conduite. Mais nous savons ce qu’il ne sait pas : que lorsque les femmes réussissent, l’Amérique réussit. »

— Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

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Elizabeth Warren

« J’aime les bons plans, et Joe Biden en a de très bons. Des plans pour ramener les emplois syndiqués dans le secteur manufacturier et en créer de nouveaux dans le domaine des énergies propres. Des plans pour augmenter les prestations de la sécurité sociale, annuler des milliards de dettes de prêts étudiants et faire en sorte que nos lois sur les faillites profitent aux familles plutôt qu’aux créanciers qui les escroquent. »

— Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts

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Hillary Clinton

« J’aurais aimé que Donald Trump soit un meilleur président. Mais, malheureusement, il est ce qu’il est. L’Amérique a besoin d’un président qui fasse preuve à la Maison-Blanche de la même compassion, de la même détermination et du même leadership que ceux que nous observons dans nos communautés. Tout au long de cette crise, les Américains n’ont pas cessé de se montrer à l’écoute de leurs voisins, de se présenter aux postes de premiers secours et dans les hôpitaux, les épiceries et les maisons de retraite. Parce qu’il faut encore un village. »

— Hillary Clinton, ex-candidate à la présidence

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Barack Obama

« Ce soir, je vous demande de croire en la capacité de Joe et de Kamala à sortir ce pays des temps sombres et à le reconstruire en mieux. Mais voilà le truc : aucun Américain ne peut à lui seul réparer ce pays. La démocratie n’a jamais été conçue pour être d’ordre transactionnel : vous me donnez votre vote ; je rends tout meilleur. Je vous demande donc aussi de croire en votre propre capacité d’assumer vos propres responsabilités en tant que citoyens, pour faire en sorte que les principes fondamentaux de notre démocratie perdurent. »

— Barack Obama, 44e président des États-Unis