(Milwaukee, Wisconsin) Sa quête a commencé il y a plus de 30 ans, alors qu’il se voulait l’incarnation d’une nouvelle génération face à Ronald Reagan, un président septuagénaire. Elle aura été marquée par deux échecs cinglants, en 1988 et en 2008. Mais à l’âge de 77 ans, Joe Biden a réalisé le rêve d’une vie jeudi en acceptant la nomination du Parti démocrate à titre de candidat à la présidence.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Investi de cette charge, l’ancien vice-président s’est posé en rassembleur d’un pays miné selon lui par la peur, la colère et les divisions.

« Ici et maintenant, je vous donne ma parole. Si vous me confiez la présidence, je ferai appel au meilleur en nous, et non au pire. Je serai un allié de la lumière, pas des ténèbres », a-t-il déclaré en s’adressant aux Américains depuis Wilmington, au Delaware, après avoir été présenté par ses enfants, dont son fils Hunter, cible de multiples attaques républicaines, et par ses petits-enfants. « Il est temps pour nous, pour nous le peuple, de nous rassembler. Car ne vous y trompez pas : unis, nous pouvons surmonter cette saison de ténèbres en Amérique, et nous le ferons. Nous choisirons l’espoir plutôt que la peur, les faits plutôt que la fiction, l’équité plutôt que les privilèges. »

« Cette campagne ne vise pas seulement à gagner des voix », a-t-il déclaré, reprenant un thème de sa campagne lancée il y a 18 mois. 

Il s’agit de gagner le cœur et, oui, l’âme de l’Amérique. La gagner pour les généreux parmi nous, pas pour les égoïstes. La gagner pour les travailleurs qui font vivre ce pays, pas seulement pour les quelques privilégiés au sommet.

Joe Biden

Comme la plupart des orateurs au cours des quatre soirées d’une convention démocrate tenue de façon virtuelle en raison de la pandémie de coronavirus, il a critiqué sévèrement la façon dont Donald Trump a géré la crise sanitaire. Il n’a cependant pas prononcé le nom de son rival républicain.

« Notre président actuel a manqué à son devoir le plus fondamental envers la nation. Il a échoué à nous protéger. Il a échoué à protéger l’Amérique. Et, mes compatriotes américains, c’est impardonnable », a-t-il déclaré.

PHOTO OLIVIER DOULIERY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Joe Biden regarde les feux d'artifice à la sortie de son investiture avec son épouse Jill.

Vaincre la pandémie

Le candidat démocrate a présenté son plan pour lutter contre la pandémie et offert aux proches des victimes de la pandémie des paroles de consolation. Il a évoqué ses propositions pour relancer l’économie et promis de renouer les relations des États-Unis avec leurs alliés, dont le Canada.

Il a également salué l’apport des jeunes dans le débat politique actuel.

L’une des voix les plus puissantes que nous entendons dans le pays aujourd’hui est celle de nos jeunes. Ils parlent de l’iniquité et de l’injustice qui ont grandi en Amérique. L’injustice économique. L’injustice raciale. L’injustice environnementale.

Joe Biden

« J’entends leurs voix, et si vous les écoutez, vous pouvez les entendre aussi, a-t-il poursuivi. Et qu’il s’agisse de la menace existentielle que représente le changement climatique, de la peur quotidienne d’être abattu à l’école ou de l’incapacité à démarrer dans son premier emploi – ce sera le travail du prochain président de rétablir la promesse de l’Amérique pour tout le monde. »

Prononcé d’une voix ferme et assurée, le discours de Joe Biden a mis fin à une soirée où plusieurs Américains ordinaires ont témoigné de sa bonté. L’un d’eux était Brayden Harrington, un adolescent bègue du New Hampshire qui a rappelé les conseils que lui avait donnés l’ancien vice-président pour surmonter le handicap dont il est lui-même atteint.

« Je ne suis qu’un ado ordinaire, et en peu de temps, Joe Biden m’a rendu plus confiant en moi au sujet de quelque chose qui m’a dérangé toute ma vie », a déclaré le garçon de 13 ans lors d’une intervention au cours de laquelle il a buté sur certains mots.

PHOTO ANDREW HARNIK, ASSOCIATED PRESS

Joe Biden et Kamala Harris

De rivaux à alliés

Les anciens rivaux démocrates de Joe Biden, dont Michael Bloomberg, ont tous pris la parole pour vanter les qualités du candidat présidentiel de leur parti. L’ex-maire de New York a écorché Donald Trump au passage.

« Le plan économique de Donald Trump consistait à accorder une énorme réduction d’impôts à des types comme moi qui n’en avaient pas besoin, et à mentir ensuite à tous les autres », a-t-il dit.

Dans une partie de la soirée consacrée aux questions militaires, la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth a également tiré à boulets rouges sur Donald Trump. Elle l’a traité de « lâche en chef qui ne veut pas tenir tête à Vladimir Poutine, lire ses breffages quotidiens des services de renseignement, ni même admonester publiquement des adversaires pour avoir apparemment mis des primes sur la tête de nos soldats ».

Les démocrates ont fait appel à la comédienne Sarah Cooper, célèbre pour ses vidéos où elle refait les sorties de Donald Trump, pour dénoncer les critiques de Donald Trump concernant le vote par correspondance. « Rien n’est plus dangereux pour notre démocratie que ses attaques contre le vote par la poste en plein milieu d’une pandémie », a-t-elle déclaré de sa propre voix après avoir doublé une déclaration du président sur le sujet.

Rupture avec la tradition

Quelques heures avant le discours de Joe Biden, Donald Trump a de nouveau rompu avec la tradition selon laquelle l’adversaire laisse toute la place au parti qui tient sa convention. Après avoir fait campagne au Wisconsin et en Arizona plus tôt cette semaine, il s’est rendu en Pennsylvanie, État pivot de l’élection présidentielle, près de la ville natale de son rival démocrate.

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Le président américain Donald Trump

« Il nous rappellera ce soir qu’il est né à Scranton, mais il est parti il y a environ 70 ans », a déclaré le président à ses partisans. « Il a abandonné Scranton, il a abandonné la Pennsylvanie. Il a passé le demi-siècle écoulé à Washington, il est là-bas depuis 47 ans et maintenant, il va apporter le changement ? Je ne crois pas. »

Joe Biden avait 10 ans lorsque son père a déménagé au Delaware avec sa famille après avoir perdu son emploi.

Donald Trump a également brossé un tableau dystopique de la société américaine sous une administration Biden.

« Si vous voulez vous représenter la vie sous une présidence Biden, imaginez les ruines fumantes de Minneapolis, l’anarchie violente de Portland et les trottoirs tachés de sang de Chicago dans toutes les villes d’Amérique », a-t-il dit, offrant un prélude du discours qu’il tiendra à l’occasion de la convention républicaine.

« La survie de notre pays est en jeu », a-t-il ajouté.

Les démocrates ont fait l’impasse cette semaine sur le thème de la violence issue de certaines manifestations contre la brutalité policière ou de la criminalité des gangs de rue. Ils en auront plein les oreilles la semaine prochaine.