(NEW YORK) William Barr n’est pas le laquais de Donald Trump. Le procureur général des États-Unis l’a répété sur tous les tons, y compris celui de la colère, lors d’une audition houleuse tenue mardi devant des élus du Congrès.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Sa défense n’a pas fait de convertis chez les démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, qui ont notamment critiqué ses interventions dans des dossiers impliquant des alliés du président, dont Roger Stone et Michael Flynn.

« Vous avez aidé et encouragé les pires défauts du président », a déclaré Jerrold Nadler, président démocrate de la commission, en s’adressant à William Barr. « Le message que ces actions envoient est très clair : dans ce département de la Justice, les ennemis du président seront punis et ses amis seront protégés, quel que soit le coût pour la liberté, quel que soit le coût pour la justice. »

Le représentant démocrate de New York a également accusé le procureur général d’avoir violé les droits de manifestants pacifiques afin de dégager le parc Lafayette, situé devant la Maison-Blanche, et de permettre au président de poser avec une Bible devant l’église épiscopale Saint-John, le 1er juin dernier.

PHOTO MATT MCCLAIN, REUTERS

Jerrold Nadler, président démocrate de la commission judiciaire de la Chambre des représentants

« Le président veut des images pour ses pubs électorales et vous semblez avoir répondu à son ordre. Vous projetez la peur et la violence à la grandeur du pays dans la poursuite d’objectifs politiques évidents », a dit Jerrold Nadler en dénonçant le déploiement d’agents fédéraux à Portland et dans d’autres villes américaines.

« Honte à vous, M. Barr ! Honte à vous ! »

Des tribunaux « attaqués »

Combatif, William Barr a défendu avec vigueur la façon dont l’administration Trump gère les manifestations contre la brutalité policière.

Des émeutiers violents et des anarchistes ont détourné des manifestations légitimes pour causer des dégâts et des destructions insensés contre des victimes innocentes.

William Barr, procureur général des États-Unis, lors de l’audition

« Les tribunaux fédéraux sont attaqués. Depuis quand est-il acceptable d’essayer d’incendier un tribunal fédéral ? », a-t-il demandé d’une voix empreinte de colère.

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Roger Stone, ancien conseiller de Donald Trump, en février 2019

Le procureur général a également haussé le ton en attaquant les procureurs fédéraux qui avaient recommandé une peine d’emprisonnement de sept à neuf ans pour Roger Stone, le confident de longue date de Donald Trump condamné pour avoir menti au Congrès, suborné un témoin et fait entrave à l’enquête russe sur l’interférence russe dans l’élection présidentielle de 2016.

« Je suis d’accord que les amis du président ne méritent pas de traitements spéciaux, mais ils ne méritent pas non plus d’être traités plus durement que les autres personnes », a-t-il dit en jurant avoir agi de façon indépendante dans ce dossier et dans les autres.

Dans une déclaration écrite présentée avant son audition, William Barr avait accusé les démocrates de la commission de « tenter de le discréditer » en raison de son engagement à « faire toute la lumière sur les graves abus commis dans le scandale du faux “Russiagate” ». Il leur a reproché d’avoir inventé « une histoire selon laquelle [il n’est] que le factotum du président qui règle les affaires criminelles selon ses instructions ».

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Jim Jordan, représentant républicain d’Ohio

Tout au long de l’audition, le procureur général a reçu l’appui des républicains de la commission, à commencer par le représentant d’Ohio Jim Jordan. Celui-ci a écourté son intervention initiale pour diffuser une vidéo de huit minutes montrant des scènes de manifestations violentes et faisant entendre la veuve de l’ancien chef de police de St. Louis qui a été tué lors du pillage d’une boutique de prêts sur gage.

Pas de racisme systémique

« Je tiens à vous remercier de défendre l’application de la loi, de souligner à quel point l’idée de définancer la police […] est folle, et de défendre l’État de droit », a déclaré le représentant Jordan avant de présenter sa vidéo.

Talonné par la représentante démocrate du Texas Sheila Jackson Lee, William Barr a nié l’existence d’un racisme systémique au sein des services de police américains. Tout en qualifiant la mort de George Floyd d’« événement choquant », il a précisé que « ces événements sont heureusement rares ».

« Selon les statistiques compilées par le Washington Post, le nombre d’hommes noirs non armés tués par la police s’élève à huit depuis le début de l’année. Le nombre d’hommes blancs non armés tués par la police s’élève à 11 au cours de la même période », a-t-il dit.

Le représentant démocrate de Louisiane Cedric Richmond lui a rappelé que ces données ne pouvaient être citées sans mentionner que le risque d’être abattu par la police était « quatre ou cinq fois » plus élevé chez les Noirs que chez les Blancs. Il a également abordé la question du racisme systémique.

« Vous avez commencé votre témoignage avec des mots éloquents sur la vie et l’héritage de John Lewis, qui a combattu le racisme systémique. Or, quand vous êtes arrivé ici, il n’y avait aucun Noir parmi votre entourage. Ça, monsieur, c’est le racisme systémique. C’est exactement ce que John Lewis a passé sa vie à combattre », a dit l’élu afro-américain en priant le procureur général de ne plus prononcer le nom du compagnon de route de Martin Luther King.

Questionné par le représentant Richmond, William Barr a par ailleurs affirmé que le vote par courrier représentait un « risque élevé de fraude », message infondé que répète Donald Trump. Il s’est cependant dissocié du président en précisant qu’il n’avait « aucune raison de penser » que l’élection présidentielle de 2020 serait « truquée ».