(Washington) Les États-Unis ont annoncé lundi que le président tchétchène Ramzan Kadyrov n’était plus autorisé à entrer sur le territoire américain, l’accusant de « violations grossières » des droits de la personne dans son pays.

Agence France-Presse

Washington dispose d’un « grand nombre d’informations crédibles selon lesquelles Ramzan Kadyrov est responsable de grossières violations des droits de l'homme depuis plus de 10 ans, y compris d’actes de torture et d’exécutions extrajudiciaires », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un communiqué.

Des demandes de visa de M. Kadyrov, de sa femme Medni ou de leurs deux filles Aishat et Karina, seront refusées, a-t-il précisé, sur la base d’une loi sanctionnant les responsables étrangers soupçonnés de violer les droits de l'homme.

Les États-Unis « encouragent » d’autres pays à faire de même.

Washington avait déjà déclaré indésirable aux États-Unis le premier ministre tchétchène Mouslim Khoutchiïev.

Ramzan Kadyrov a réagi en publiant sur la messagerie Telegram une photo de lui bardé d’armes d’assaut avec le commentaire suivant : « Pompeo, nous acceptons le combat ! À partir de maintenant, les choses vont devenir plus intéressantes ! »

Sur les réseaux sociaux, il a ensuite déploré la décision « vraiment abjecte » d’inclure sa famille dans ces sanctions.

« OK, disons que j’ai violé 100 fois les droits de l'homme. Mais comment expliquez-vous les sanctions contre ma femme et ma fille ? Quels crimes ont-elles commis et quels droits ont-elles violés ? », a-t-il demandé, accusant les responsables américains d’être des « intrigants » et des « menteurs et provocateurs mondiaux ».

Ramzan Kadyrov, 43 ans, tient d’une main de fer depuis plus de 10 ans la république russe du Caucase, musulmane et conservatrice, ravagée par deux conflits séparatistes à la fin des années 90.

Arrivé au pouvoir en Tchétchénie après l’assassinat de son père Akhmad dans un attentat à la bombe en 2004, il a orchestré la lutte contre les indépendantistes et les djihadistes au prix, selon les défenseurs des droits humains, d’innombrables exactions et exécutions extrajudiciaires.

Plusieurs dissidents tchétchènes ont été assassinés ces derniers mois en Europe. Mamikhan Oumarov, 43 ans, voix critique à l’égard du régime tchétchène et qui avait demandé l’asile politique en Autriche, a été tué par balle début juillet près de Vienne.  

En janvier 2020, Imran Aliev, un blogueur de 44 ans, avait été retrouvé mort poignardé dans une chambre d’hôtel à Lille (nord de la France).  

En février, Toumso Abdourakhmanov, un blogueur tchétchène critique de Ramzan Kadyrov, avait été attaqué en Suède.

M. Kadyrov est un proche du président russe Vladimir Poutine, et la Russie a promis de répondre à la décision de Washington.

PHOTO SPUTNIK, VIA REUTERS

Ramzan Kadyrov discutant avec Vladimir Poutine en août 2019

« Il sera difficile de prendre des mesures de réciprocité, mais nous allons réfléchir », a déclaré la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova aux agences de presse russes.