(Washington) La lune de miel est terminée entre Donald Trump et la Cour suprême des États-Unis qui s’est attiré les foudres du président jeudi, en lui interdisant de mettre un terme au statut protecteur de 700 000 jeunes migrants, les « Dreamers ».

Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse

La haute Cour a jugé « arbitraire » la décision de l’administration républicaine de supprimer un programme, baptisé DACA, adopté en 2012 par le président démocrate Barack Obama pour protéger ces jeunes de l’expulsion.

C’est un vrai soulagement pour ces « Rêveurs », arrivés clandestinement dans leur enfance sur le sol américain, qui n’ont souvent pas ou peu de liens avec leur pays d’origine et ont construit toute leur vie aux États-Unis.

« Je respire à nouveau, c’est comme si on avait enlevé 100 kilos de ma poitrine », a confié à l’AFP Geraldine Chinga, née au Pérou il y a 29 ans et qui appréhendait de retomber dans l’illégalité.

« Il y a huit ans, nous protégions ces jeunes […] Aujourd’hui, je suis content pour eux, pour leurs proches, et pour nous tous », a ajouté Barack Obama, qui avait adopté ce programme après l’échec du Congrès à voter une loi plus large de régularisation.

À l’inverse, son successeur a laissé éclater sa colère envers la Cour suprême qui lui avait déjà infligé un cuisant revers lundi, en étendant les droits des salariés homosexuels et transgenres contre l’avis de son gouvernement.  

La haute juridiction « crache à la figure des gens fiers de se considérer comme républicains ou conservateurs », a tancé Donald Trump, en dénonçant dans un tweet au vitriol des décisions « horribles » et « politiques ».

« Avez-vous l’impression que la Cour suprême ne m’aime pas ? », a poursuivi le locataire de la Maison-Blanche dans sa première attaque frontale contre l’institution, dont il a pourtant nommé deux des neuf juges.

« Laide et cruelle »

Jusqu’ici, Donald Trump ne cessait de vanter ces « deux juges formidables », qui ont renforcé la majorité conservatrice de la Cour (cinq magistrats sur neuf). Désormais, il réclame un second mandat pour consolider ce bloc. « Votez en 2020 », a-t-il encore tweeté.

Un des juges qu’il a nommé, Neil Gorsuch, a joint lundi sa voix à celle de ses quatre collègues progressistes. Et jeudi, c’est le chef de la Cour suprême, le conservateur modéré John Roberts, qui a rallié leur camp, dans une décision à la portée limitée.

« Nous avons seulement cherché à savoir si le gouvernement avait suivi les règles de procédure et fourni une explication raisonnée à son action », a-t-il écrit dans la décision. Et, selon lui, l’administration « a échoué » sur ces deux points.

Même s’il ne leur accorde toujours pas de statut légal, cet arrêt permet aux « Dreamers » de se maintenir sur le sol américain et de conserver un numéro de sécurité sociale, précieux sésame pour étudier, travailler ou conduire aux États-Unis.  

Saluant une « victoire » pour ces jeunes, devenus « ingénieurs, médecins, avocats… », le candidat démocrate à la Maison-Blanche Joe Biden a promis que s’il était élu le 3 novembre, il proposerait une loi au Congrès pour inscrire leur statut dans le marbre.

« Leur pays »

Le monde économique, religieux et associatif s’est également réjoui de cette décision. « Notre nation dépend de professionnels talentueux comme les bénéficiaires du DACA », a souligné l’association TechNet qui représente des employeurs du secteur des hautes technologies.  

« Conformément aux idéaux américains de justice, les enfants ne doivent pas être punis pour les décisions de leurs parents », a ajouté l’Association des avocats américains (ABA), reprenant un des arguments les plus fréquemment avancés en défense de ces jeunes.

Tout au long de la procédure, leurs partisans ont également insisté sur leur contribution à la vie des États-Unis. En avril, ils avaient écrit à la Cour pour souligner le rôle joué par ces jeunes migrants, dont près de 30 000 travaillent dans le secteur de la santé, dans la réponse à la pandémie de COVID-19.  

Donald Trump, conscient de leur popularité dans l’opinion publique, a toujours soufflé le chaud et le froid sur les « Dreamers ».

« Beaucoup de bénéficiaires de DACA, plus tout jeunes, sont loin d’être des “anges” », avait-il notamment tweeté le jour de l’audience, le 12 novembre, tout en promettant de chercher une solution pour qu’ils puissent rester sur le sol américain.

Dans le passé, il avait essayé de les utiliser comme monnaie d’échange avec son opposition, proposant de leur accorder un statut définitif contre des financements pour son mur à la frontière avec le Mexique.