(Washington) Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a rencontré mercredi à Hawaii le haut responsable chinois Yang Jiechi lors d’une réunion de crise qui n’a pas suffi à apaiser les tensions extrêmes entre les deux premières puissances mondiales.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

La journée de mercredi a en effet été ponctuée par autant de manifestations d’un affrontement diplomatique qui se poursuit sans relâche, sur fond de polémique sur la gestion par la Chine de la pandémie due au nouveau coronavirus.

Le président des États-Unis Donald Trump a promulgué une loi pour sanctionner des responsables chinois accusés de « l’internement de masse » des musulmans ouïghours. Pékin a aussitôt dénoncé une « attaque vicieuse » et a averti que Washington subirait des « conséquences ».

Auparavant, juste avant de recevoir son invité dans l’archipel du Pacifique, Mike Pompeo avait publié un communiqué commun avec ses homologues du G7 pour « exhorter fermement » la Chine à « revenir » sur sa loi controversée sur la sécurité nationaleà Hong Kong, qui a déjà aggravé la confrontation sino-américaine en mai.

Une initiative du G7 que la Chine « rejette fermement », a souligné Yang Jiechi selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le face-à-face Pompeo-Yang était scruté d’autant plus près à Washington qu’il intervenait au moment où étaient publiés des extraits d’un livre de John Bolton, l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, qui accuse le milliardaire républicain d’avoir cherché l’aide de la Chine pour décrocher sa réélection en novembre.

A minima

Signe du gel qui règne entre Washington et Pékin, l’entretien, qui a en fait commencé dès mardi soir et s’est poursuivi mercredi pendant près de sept heures, s’est tenu à l’écart des médias.

Et les comptes-rendus a minima publiés à son issue traduisent, dans le langage diplomatique, la persistance des désaccords.

« Les deux parties ont affirmé pleinement leurs positions respectives » et « ont décidé de continuer à garder le contact », a rapporté le Quotidien du Peuple, journal officiel du Parti communiste chinois au pouvoir, évoquant néanmoins un « dialogue constructif ».

« Le secrétaire d’État a souligné […] le besoin d’échanges pleinement réciproques entre les deux nations dans leurs interactions commerciales, sécuritaires et diplomatiques », a-t-on affirmé du côté américain. « Il a aussi souligné le besoin de transparence totale » contre la pandémie, a ajouté le département d’État américain.

Les relations sino-américaines, déjà tendues et rythmées par la guerre commerciale engagée par le président américain, se sont en effet nettement détériorées à mesure que le nouveau coronavirus, initialement signalé fin 2019 à Wuhan, en Chine, se propageait à travers la planète, faisant des États-Unis le pays le plus endeuillé.

Mike Pompeo et Yang Jiechi, numéro un du Parti communiste pour la politique étrangère, s’étaient parlé pour la dernière fois le 15 avril. Depuis, le dialogue était à l’arrêt. Le président Trump avait même menacé mi-mai de rompre les relations avec le géant asiatique, assurant qu’il ne souhaitait plus parler à son homologue Xi Jinping, présenté comme un « ami » jusque-là.

Certains observateurs doutaient que le secrétaire d’État américain puisse relancer les relations, en raison de ses attaques frontales répétées contre Pékin.

« Guerre froide »

« Peut-être pense-t-il que cela permet d’aller vers cette Guerre froide avec la Chine qu’il semble désespérément rechercher », avait estimé sur Twitter avant la rencontre Michael Swaine, du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

Susan Thornton, chargée de l’Asie-Pacifique au sein de la diplomatie américaine au début de la présidence Trump, avait dit à l’AFP « douter » que la réunion d’Hawaii « puisse réduire les tensions », les deux pays étant trop préoccupés par leur « rivalité ».

Mike Pompeo est en première ligne pour dénoncer la gestion de l’épidémie par la Chine, qu’il a depuis longtemps identifiée comme le principal adversaire stratégique des États-Unis.

Il accuse Pékin d’avoir initialement dissimulé l’ampleur et la gravité de la maladie COVID-19, et d’être donc responsable de sa propagation à travers le monde, qui a coûté la vie à près de 450 000 personnes, dont plus de 117 000 aux États-Unis, et a contraint les pays à mettre leur économie à l’arrêt.

Pire : il a dit ouvertement croire que le virus, bien que d’origine naturelle, avait pu accidentellement s’échapper d’un laboratoire de Wuhan. La Chine rejette ces accusations.

Dans les pas de son ministre, Donald Trump, qui avait commencé par saluer la réaction chinoise face à l’épidémie, a finalement haussé le ton et menacé de représailles la Chine pour son rôle dans cette « tuerie de masse mondiale ».