Le port du masque suscite de nombreux accrochages aux États-Unis entre les tenants des mesures de distanciation physique et ceux qui s’y opposent. Certains commerces sont même allés jusqu’à l’interdire, démontrant par l’absurde leur opposition aux consignes gouvernementales au nom de la défense de la liberté individuelle.

MARC THIBODEAU MARC THIBODEAU
La Presse

Les propriétaires d’Alvin’s, un dépanneur situé dans la petite ville de Manchester, au Kentucky, ont notamment soulevé les passions la semaine dernière en annonçant une décision en ce sens.

« Aucun masque n’est permis dans le magasin. Rabaissez-le ou allez ailleurs. Arrêtez d’écouter Beshear, c’est un imbécile », indiquait un message placé dans l’entrée qui voulait écorcher le gouverneur démocrate de l’État, Andrew Beshear.

PHOTO TIRÉE DE L’INTERNET

« Aucun masque n’est permis dans le magasin. Rabaissez-le ou allez ailleurs. Arrêtez d’écouter Beshear, c’est un imbécile », indiquait un message placé dans l’entrée du dépanneur Alvin’s, écorchant le gouverneur démocrate de l’État, Andrew Beshear.

Ce dernier, en écho aux recommandations des Centres pour la prévention et le contrôle des maladies infectieuses (CDC), a demandé aux citoyens de se couvrir le visage lorsqu’ils se trouvent dans des endroits où il est impossible de respecter la distanciation de deux mètres. Cette directive vise notamment à éviter que des personnes infectées ne présentant aucun symptôme projettent des gouttelettes susceptibles de transmettre le coronavirus à l’origine de la pandémie de COVID-19.

L’initiative d’Alvin’s a rapidement fait son chemin jusque dans les médias et suscité une vive discussion en ligne.

« Vous devriez être fiers que votre prise de position patriotique à l’encontre des gens qui haïssent l’Amérique ait reçu autant de couverture ! », a relevé un usager de Facebook sur la page du commerce en assimilant le port du masque à un affront aux valeurs fondamentales des États-Unis.

Plusieurs autres internautes ont adopté une posture contraire, fustigeant le commerce pour son incompréhension de l’utilité du masque sur le plan sanitaire. « Quand vous avez décidé de ne pas utiliser de masque, vous n’avez pas pris une décision en fonction de votre santé, vous avez décidé que vous ne vous préoccupiez pas de celle des autres », a indiqué un autre homme.

L’affiche a finalement été enlevée au bout de quelques jours. Dans un message sur Facebook, les exploitants du commerce ont expliqué qu’ils n’entendaient pas s’excuser pour avoir défendu leur « liberté de prendre leur propre décision » relativement au port du masque.

Des échanges similaires ont été suscités par une vidéo, vue plus de 9 millions de fois en une semaine, montrant un homme qui est poliment invité à quitter un magasin Costco parce qu’il refuse de porter un masque.

La posture de cet homme, qui justifie son refus en disant « que l’Amérique était un pays libre » à son réveil ce jour-là, a suscité de nombreuses critiques.

L’entreprise avait prévu, en annonçant sa décision d’imposer le port du masque, au début de mai, qu’il y aurait de l’opposition. Dans les circonstances actuelles, la sécurité additionnelle « vaut les inconvénients », a relevé la direction dans un communiqué, en précisant que le port du masque n’était pas simplement une question de « choix individuel ».

Des limites nécessaires

Marie-Ève Couture-Ménard, professeure de droit rattachée à l’Université de Sherbrooke, relève que des mesures limitant certaines libertés individuelles peuvent s’avérer nécessaires en période d’urgence sanitaire.

« Le droit de choisir peut être limité par la responsabilité de protéger la santé publique qui est dévolue à l’État », souligne la chercheuse en parlant du port du masque.

Le fait qu’il soit possible sur le plan légal d’imposer une mesure de ce type ne signifie pas qu’il s’agisse nécessairement de la meilleure avenue à suivre, puisque l’obligation peut « alimenter un sentiment de méfiance », relève Mme Couture-Ménard.

Recommander fortement une mesure sanitaire tout en « faisant beaucoup de sensibilisation » et en s’assurant que les segments les plus défavorisés de la population puissent avoir accès au matériel requis pour s’y conformer peut constituer une solution plus efficace dans certaines circonstances, dit-elle.

C’est l’approche qui prévaut pour l’heure au Québec et aux États-Unis, où les CDC et la plupart des responsables de santé publique recommandent avec insistance le port du masque sans pour autant l’imposer.

Les tensions à ce sujet du côté américain surviennent dans le cadre d’un débat plus large sur le déconfinement, qui est alimenté notamment par la volonté du président Donald Trump de relancer l’économie.

Encore au cours du dernier week-end, les médias ont rapporté plusieurs regroupements publics d’envergure, sur des plages ou près de piscines, qui bafouent les consignes de distanciation physique alors que le nombre de morts quotidiennes demeure important.

Près de 100 000 Américains sont morts depuis le début de la pandémie de COVID-19 et plus de 1,5 million de cas d’infection ont été recensés.