(NEW YORK) La loi de la gravité ne s’applique pas à Donald Trump. Pendant et après la campagne présidentielle de 2016, les commentateurs politiques ont répété à satiété ce refrain. Après tout, le promoteur immobilier de New York avait réussi à remporter l’investiture républicaine et la Maison-Blanche après avoir dénigré un héros militaire, ridiculisé un journaliste handicapé et avoué s’être déjà vanté de pouvoir empoigner le sexe des femmes sans leur consentement.

RICHARD HÉTU RICHARD HÉTU
Collaboration spéciale

Quatre ans plus tard, au plus fort de la pandémie de coronavirus, les pontes de l’information sont à la recherche d’une nouvelle métaphore. Un journaliste du site Politico en a suggéré une l’autre jour en évoquant un magicien légendaire : Harry Houdini. Il a rappelé que Donald Trump s’était déjà extirpé d’une situation en apparence inextricable en convainquant banquiers, créditeurs et investisseurs de lui donner une autre chance après la faillite de ses casinos d’Atlantic City.

Les électeurs voudront-ils, à leur tour, donner à Donald Trump une autre chance à l’occasion de l’élection présidentielle de 2020 ? La semaine dernière, le Bureau du budget du Congrès a publié des projections économiques qui auraient découragé le plus grand Houdini de la politique : à la fin de l’année, le taux de chômage frôlera les 12 % aux États-Unis, alors qu’il se situait à 3,8 % en janvier dernier ; sur l’ensemble de l’année, le produit intérieur brut plongera de 5,6 % ; le déficit budgétaire atteindra 3700 milliards de dollars.

Et ces données économiques ne tiennent pas compte des coûts humains de la pandémie. Cette semaine, la COVID-19 aura fait en deux mois plus de victimes américaines que la guerre du Viêtnam.

Bien sûr, Donald Trump n’est pas responsable de la pandémie. Mais, à six mois et une semaine du scrutin présidentiel, sa gestion de la crise sanitaire le place dans une situation vulnérable face à Joe Biden, selon les récents sondages publics et privés.

Des électeurs insatisfaits

Les électeurs, faut-il d’abord préciser, continuent à donner à Donald Trump de bonnes notes pour sa gestion de l’économie. Ils pourraient sans doute changer d’opinion si les milliards de dollars accordés par le gouvernement échappent aux petites entreprises et aux individus qui en ont le plus besoin. Chose certaine, le président misera sur la perception actuelle. « Nous avons bâti la plus grande économie de l’histoire. Je le ferai une autre fois », a-t-il dit au début du mois.

Les électeurs sont cependant de plus en plus insatisfaits de la façon dont Donald Trump gère la pandémie de COVID-19. Et cette insatisfaction se reflète en particulier dans les sondages menés dans les États qui décideront vraisemblablement de l’issue de l’élection présidentielle.

Selon la moyenne des sondages du site Real Clear Politics (RCP), Joe Biden devance Donald Trump dans les intentions de vote en Pennsylvanie (par 6,7 points de pourcentage), au Michigan (par 5,5 points), en Arizona (par 4,4 points), en Floride (par 3,2 points) et au Wisconsin (par 2,7 points). Parmi ces États, la Floride est celui que le président peut le moins se permettre de perdre.

Les sondages démontrent que Joe Biden fait mieux qu’Hillary Clinton, à ce stade-ci de la campagne, auprès des personnes âgées et des femmes. Ils indiquent en revanche que Donald Trump a augmenté ses appuis chez les électeurs afro-américains et hispaniques.

La baisse de popularité du président auprès des personnes âgées n’est peut-être que passagère. Mais elle est de nature à l’inquiéter pour deux raisons précises : cet électorat a contribué de façon importante à sa victoire de 2016 et son taux de participation électorale est plus élevé que tous les autres groupes d’âge.

À l’échelle nationale, Joe Biden mène par 5,9 points de pourcentage sur Donald Trump, selon la moyenne des sondages de RCP.

Des républicains décontenancés

Mais l’élection de 2016 ne nous a-t-elle pas appris à nous méfier des sondages ? En effet. Il faut donc éviter d’attribuer une valeur prédictive aux moyennes évoquées dans les paragraphes précédents. Celles-ci ne représentent, au mieux, qu’un instantané de l’opinion.

Mais les stratèges républicains et les conseillers présidentiels possèdent leurs propres sondages qui ne sont pas plus rassurants pour Donald Trump. Selon le New York Times, les responsables du Comité national du Parti républicain ont été décontenancés la semaine dernière en recevant les résultats d’une étude menée dans 17 États. Celle-ci indique que le président éprouve des ennuis dans les principaux champs de bataille du Collège électoral et se dirige vers une défaite, à moins d’un redressement de l’économie à l’automne.

Les sondages de l’équipe de réélection de Donald Trump reflètent la même réalité, selon le Times. Une réalité où le coronavirus demeure la préoccupation numéro un du public.

Dans un tel contexte, le président ne semblait pas aider sa cause avec ses longs points de presse mêlant désinformation, propagande et invective. La polémique du « désinfectant » a peut-être marqué la fin de cet exercice quotidien. Peut-être.

Mais Donald Trump détient encore plusieurs atouts, dont les pouvoirs présidentiels. En suspendant pour deux mois la délivrance des cartes vertes, par exemple, il a ramené la semaine dernière à l’avant-scène un sujet qui l’a bien servi en 2016 : l’immigration.

Le président jouit aussi d’un avantage financier important sur Joe Biden. Et son équipe de réélection est prête à diffuser une série de pubs destinées à dépeindre l’ancien vice-président comme un laquais de la Chine. Mais elle attend un feu vert de la part du chef de la Maison-Blanche qui tarde à venir.

Houdini, faut-il le rappeler, savait ménager ses effets.