(New York) Faute de baisse suffisante des hospitalisations dues au coronavirus, New York et quelques grandes zones urbaines américaines résistent aux sirènes du déconfinement, mais d’autres États américains vont de l’avant, comme la Géorgie qui a autorisé lundi la réouverture de ses restaurants.

Catherine TRIOMPHE avec Michael MATHES à Atlanta et Julia BENARROUS à Houston
Agence France-Presse

Le gouverneur démocrate de l’État de New York, épicentre de l’épidémie américaine avec 292 000 cas confirmés sur un total de cas américains désormais proche du million, a répété lundi qu’il fallait agir « avec intelligence » pour ne pas risquer de voir l’épidémie repartir en flèche.

Le gouverneur Andrew Cuomo a annoncé qu’il prolongerait les mesures de confinement « dans de nombreuses régions de l’État » au-delà du 15 mai, même si une réouverture des secteurs de la construction et de l’industrie manufacturière est envisagée dans les zones moins touchées.

Le gouverneur a justifié sa prudence par un nombre d’hospitalisations et de nouveaux cas qui baisse moins vite qu’espéré, et encore 337 décès de la maladie ces dernières 24 heures.

La ville de New York, moteur économique des États-Unis à l’arrêt depuis la mi-mars, où une personne sur quatre pourrait selon une étude avoir contracté le virus, risque d’être la dernière à redémarrer.  

Preuve que le déconfinement est encore loin, le maire de New York Bill de Blasio a indiqué qu’il fermerait dans le mois au moins 65 km de voies urbaines — désormais désertées — afin de faciliter la distanciation sociale pour les New-Yorkais qui profiteraient du printemps pour se promener.

La pandémie a aussi poussé la commission électorale de cet État à annuler la primaire démocrate pour la présidentielle américaine prévue en juin.  

Même si Joe Biden est désormais le seul démocrate en lice, le sénateur socialiste Bernie Sanders a jugé cettte décision scandaleuse.

Le New Jersey, État voisin de New York et deuxième État le plus touché avec plus de 6000 morts, ainsi que la région de la capitale fédérale Washington ou la Californie restent fermes dans leur confinement. En revanche, plus d’une demi-douzaine d’États ont déjà commencé à « rouvrir » partiellement leur économie.

Rouvrir les écoles

Le gouverneur républicain de Géorgie (sud), Brian Kemp, a été des plus agressifs, rouvrant certains commerces vendredi avant d’autoriser ce lundi la réouverture des restaurants, moyennant des mesures de protection pour les employés comme pour les clients.

Kim Kaseta, une des premières clientes de la chaîne de restaurants Waffle House à Atlanta lundi, était ravie.  

« C’est un sentiment inexplicable, parce que c’est quelque chose qui n’était jamais arrivé » avant, a-t-elle dit à l’AFP à propos des restrictions imposées aux établissements non essentiels. « Nous avons besoin de contact humain », a-t-elle confié, devant un employé masqué en train de faire cuire des œufs.

Le Tennessee, autre État du sud dirigé par un républicain, Bill Lee, a lui aussi autorisé la réouverture de restaurants lundi. Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a annoncé lundi que centres commerciaux, cinémas et musées pourraient rouvrir au 1er mai, à 25 % de leur capacité.  

Les autres États qui commencent à autoriser une reprise sont l’Alaska, l’Oklahoma, le Minnesota, le Mississippi, le Colorado et la Caroline du Sud.

De nombreux gouverneurs continuent néanmoins à déplorer une capacité de tests insuffisante pour relancer l’économie sans relancer l’épidémie.  

Alors que des chercheurs de Harvard ont estimé lundi que la majorité des États n’avaient toujours pas la capacité suffisante pour commencer le déconfinement d’ici le 1er mai, Donald Trump a assuré lundi que cette capacité avait déjà doublé et allait « à nouveau doubler très prochainement ».

« Nous avons suffisamment de (capacité de) tests pour “rouvrir” » l’économie, a assuré le président américain lors d’un point presse dans les jardins de la Maison-Blanche.  

Il a notamment encouragé les gouverneurs à rouvrir les écoles.  

« Il ne reste pas beaucoup de temps avant que l’année se finisse, mais je crois qu’on va voir beaucoup d’écoles rouvrir », a-t-il déclaré. « Ce serait une bonne chose […] car les jeunes s’en sortent bien » face au virus, a-t-il ajouté en plaidant pour une réouverture « rapide », mais en « sécurité ».  

Alors que ses chances de réélection pourraient être étroitement liées à la santé économique du pays, le président a promis un redémarrage « incroyable » de l’économie au dernier trimestre 2020 et l’an prochain.