(Savannah) Messes en ligne, lieux de culte fermés, la religion se pratique chez soi en ce moment aux États-Unis, sauf en Géorgie dans la plus petite chapelle du pays, qui reste ouverte, malgré ses dimensions.

Michael Mathes
Agence France-Presse

Un peu moins de 3 m sur un peu plus de 5, douze places, la Christ’s Chapel, à Townsend, apparaît comme le dernier endroit où pratiquer la distanciation sociale.

Mais cette attraction touristique, connue bien au-delà des frontières de la Géorgie, continue d’accueillir des visiteurs, même s’ils ne peuvent pas être plus de trois à la fois.

« Le coronavirus est arrivé la semaine où j’ai emménagé ici », raconte Shauna Riggs. « J’avais besoin d’un refuge, et je l’ai trouvé là », dans la chapelle.

Le gouverneur républicain de Géorgie Brian Kemp a inclus dans la première phase de son plan de retour à l’activité, effective depuis vendredi, les célébrations religieuses.

PHOTO CHANDAN KHANNA, AFP

Cette attraction touristique, connue bien au-delà des frontières de la Géorgie, continue d’accueillir des visiteurs, même s’ils ne peuvent pas être plus de trois à la fois.

La plupart des lieux de culte sont néanmoins restés fermés ce week-end, et plusieurs responsables religieux ont prévenu qu’une réouverture serait prématurée.

« Deux mètres entre nous, c’est impossible », admet le pasteur Bill Fowler, de la Community Bible Church, près de Savannah, au nord de la Christ’s Chapel. « Donc on va continuer à faire du streaming jusqu’à ce que ce soit de nouveau sûr ».

« Calme et détendue »

« Je ne peux aller dans aucune église pour le moment. Donc je viens ici », explique Shauna Riggs, au sujet du petit bâtiment, situé à deux pas d’une autoroute qui traverse la Géorgie du nord au sud.

Construite en 1949, détruite en 2015 par un incendie criminel puis reconstruite avec l’aide de bénévoles, Christ’s Chapel a été de nouveau consacrée en 2017.

« Je ne repars que quand je me sens calme et détendue », dit cette trentenaire qui travaille dans l’enseignement supérieur.

Tout comme Shauna, venue chercher l’inspiration dans cette chapelle, Isabella De La Houssaye, qui passait par là, espère que les gens sortiront de cette crise avec au moins une raison d’espérer.

Atteinte d’un cancer avancé des poumons, diagnostiqué il y a deux ans, Isabella s’accroche, elle, à tous les instants qui lui restent.

Dans la plus petite église des États-Unis, qui n’a pas de pasteur et ne célèbre donc jamais de messe, elle a fait une prière de remerciement, « parce que nous sommes en vie ».

Loin de ce tableau bucolique, beaucoup s’inquiètent des conséquences possibles du message véhiculé par le gouverneur Kemp, dans un État qui n’enregistre un recul de la pandémie que depuis moins d’une semaine.

Plusieurs personnalités noires craignent notamment pour la population afro-américaine, qui représente déjà 52 % des décès alors qu’elle ne pèse que 32 % des habitants de cet État du sud-est.

Le retour dans les églises, mais aussi les salons de coiffure et, dès lundi, les restaurants, pourrait déclencher une nouvelle vague de contamination.

« C’est nous mener à l’abattoir », a prévenu, dans une vidéo postée sur Facebook, le pasteur Jamal Bryant, de la New Birth Missionary Baptist Church.

« Parfois, les lois ne sont pas morales ou éthiques », a-t-il insisté. « Et ceci est un exemple d’une loi ou d’une recommandation que nous nous devons d’ignorer ».