(Atlanta) Satisfaits ou indignés, les habitants de la Géorgie sont entrés franchement vendredi sur la voie du déconfinement avec l’ouverture de commerces non essentiels encouragée par le gouverneur. Une décision vivement critiquée y compris par Donald Trump, pourtant partisan de « redémarrer » rapidement l’économie américaine ravagée par la pandémie de COVID-19.  

Michael Mathes
Agence France-Presse

Le gouverneur républicain Brian Kemp, fervent partisan du président, a autorisé les salles de sport, les bowlings, les ateliers de tatouage, les salons de coiffure et de soins esthétiques ou de manucure à rouvrir dans cet État américain.  

Ils doivent toutefois respecter des « règles de base », comme la distance sanitaire et la limitation du nombre de clients.

Dans un petit centre commercial d’Atlanta, Chris Edwards a ouvert son salon de coiffure dès 7 h. « Oui, je suis content », dit-il à l’AFP sous son masque alors qu’il fait la barbe à un client non masqué.

« Je suis un petit commerçant. Si je ne coupe pas les cheveux, je ne gagne pas d’argent », explique-t-il, assurant suivre toutes les consignes de sécurité.

Son client, un médecin qui ne souhaite pas être identifié, estime que « c’est probablement plus dangereux d’aller au supermarché ».  

Un peu plus loin, un atelier de tatouage est ouvert, mais ne travaille que sur rendez-vous. « On attendait avec impatience de rouvrir, mais nous voulons être responsables », explique le patron, Rob Flat.

Les cinémas et les restaurants, eux, pourront ouvrir partiellement lundi, tandis que les bars et les boîtes de nuit restent fermés pour l’instant, l’ordre de confinement devant être levé le 1er mai dans cet État du sud-est du pays.

Brian Kemp dit avoir l’appui des autorités sanitaires locales et a assuré, jeudi, que les commerces donneraient « la priorité à la santé et au bien-être des employés et des clients ».

Mais avec plus de 21 800 cas positifs au coronavirus et plus de 880 décès dus à la maladie de la COVID-19, d’autres fustigent une décision « irresponsable ».  

« La stupidité tue »

« Certains veulent sacrifier des vies au nom de l’économie et c’est inacceptable », a lancé vendredi sur la chaîne ABC la maire démocrate d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms.  

Selon elle, la Géorgie ne respecte pas les critères présentés par la Maison-Blanche pour relancer graduellement l’activité de la première puissance mondiale, qui prévoient notamment une baisse continue du nombre de cas et de décès.  

PHOTO ADAM MURPHY, AP

« La stupidité tue », « Croyez-en la science, pas Kemp » : devant la résidence du gouverneur, à Atlanta, une dizaine d’automobilistes arborant des pancartes aux slogans parfois fleuris ont manifesté leur mécontentement en klaxonnant.  

« J’ai peur que cela empire énormément », confie à l’AFP Eden Lio, une artiste, serveuse de restaurant et relieuse de livres. Même si elle dit avoir perdu ses deux emplois stables, elle tenait à manifester.

À cause du déconfinement, une « deuxième vague » de COVID-19 « va tuer beaucoup plus de gens que personne ne peut encore imaginer et à long terme, les fermetures vont finir par durer un an ou plus », craint-elle.  

Certains professionnels estiment aussi qu’il est trop tôt.

Dénonçant « une décision irresponsable qui est juste basée sur l’argent plutôt que sur la science », Randy Adler n’a ainsi pas l’intention de rouvrir son restaurant Bab’s Midtown lundi.  

Même Donald Trump, ardent partisan d’une relance au plus vite de l’économie, a assuré vendredi sur Twitter qu’il n’avait « jamais dit OK au gouverneur Brian Kemp pour ces quelques commerces pas concernés par le plan ».

« Les spas, instituts de beauté, tatoueurs et salons de coiffure devraient attendre un peu », a ajouté le président républicain, qui comptait, avant la crise, faire campagne sur la bonne santé de l’économie pour décrocher un second mandat en novembre.  

Le nouveau coronavirus a fait plus de 50 000 morts aux États-Unis, le pire bilan officiel au monde, et provoqué une grave crise économique qui a mis au chômage plus de 26 millions d’Américains.  

Selon la Maison-Blanche, 16 États américains ont déjà dévoilé des plans de relance de leur économie. Le Texas et le Vermont ont autorisé une reprise partielle des activités, et la Caroline du Sud et la Floride ont rouvert une partie du littoral au public.

Mais à New York, épicentre de la pandémie aux États-Unis, il n’est pas question de baisser la garde.

« Je sais que tout le monde est impatient », a déclaré vendredi son gouverneur, Andrew Cuomo. Mais si les commerces rouvrent trop vite, « voilà ce qu’il va se passer : tous les progrès faits vont disparaître », a-t-il mis en garde, en disant craindre le risque d’une « deuxième vague » de contagion.