(New York) Sortant de la réserve qu’il s’était imposée depuis le début de la course à l’investiture démocrate, Barack Obama a officialisé mardi son appui à Joe Biden dans une vidéo de 12 minutes où le nom de Donald Trump n’a jamais franchi ses lèvres.

RICHARD HÉTU RICHARD HÉTU
Collaboration spéciale

Mais l’ancien président a attaqué son successeur de façon implicite en affirmant que les États-Unis avaient besoin à la Maison-Blanche d’un leader « qui est guidé par la connaissance et l’expérience ; l’honnêteté et l’humilité ; l’empathie et la grâce ».

« J’estime que Joe a toutes les qualités dont nous avons besoin chez un président en ce moment », a-t-il déclaré lors d’une intervention mêlant sobriété et passion. Faisant allusion à la pandémie de coronavirus, il a ajouté : « Joe a le tempérament et l’expérience pour nous guider à travers certaines de nos heures les plus sombres et nous guérir au cours d’un long rétablissement. »

Joe Biden a fait écho aux propos de son ancien patron dans un message publié sur le site Medium.

Le président Obama comprend, tout comme moi, que nous sortirons de cette crise plus forts. Et alors nous ne rebâtirons pas seulement cette nation – nous la transformerons.

Extrait du message de Joe Biden

Survenant au lendemain de l’appui vigoureux de Bernie Sanders à Joe Biden, le soutien de Barack Obama, qui demeure le démocrate le plus populaire aux États-Unis, conforte l’ancien vice-président au moment où il s’engage dans le combat politique de sa vie.

« Cet appui tant attendu ne pouvait pas arriver à un meilleur moment pour Biden », a confié à La Presse Susan MacManus, politologue et professeure émérite à l’Université du Sud de la Floride. « Il lui a été difficile de générer de la publicité alors que le coronavirus domine les nouvelles. Suivant de très près l’appui de Bernie Sanders, ce soutien indique que les dirigeants du Parti démocrate unissent leurs forces. »

L’équipe de réélection de Donald Trump a vite cherché à minimiser ce ralliement.

« Maintenant que Biden est l’unique candidat démocrate encore en lice, Obama n’a pas d’autre choix que de l’appuyer », a déclaré Brad Parscale, directeur de campagne de Donald Trump, dans un communiqué.

Mot pour les partisans de Sanders

Le moment choisi par Barack Obama pour annoncer son soutien s’explique autrement. Même si le camp Biden aurait souhaité une annonce plus hâtive, l’ancien président voulait rester neutre jusqu’à la fin de la course. Cette approche rendra peut-être plus crédible le message qu’il a adressé à Bernie Sanders et à ses partisans dans sa vidéo.

« Lui et moi n’avons pas toujours été d’accord sur tout, mais nous avons toujours partagé la conviction qu’il fallait faire de l’Amérique une société plus juste, plus équitable. Les idées qu’il a défendues, son énergie, et l’enthousiasme qu’il a généré, surtout chez les jeunes, seront cruciaux pour faire progresser le pays », a-t-il dit.

Barack Obama a brossé un sombre tableau des forces adverses. 

Les républicains qui occupent la Maison-Blanche et dirigent le Sénat américain ne sont pas intéressés au progrès. Ils sont intéressés au pouvoir.

Extrait du message de Barack Obama

Quelques heures avant l’annonce de Barack Obama, Joe Biden a reçu une autre bonne nouvelle sous la forme d’un sondage mené dans l’Arizona, État longtemps hostile aux candidats présidentiels du Parti démocrate. Il y récolte aujourd’hui 52 % des intentions de vote, contre 43 % pour Donald Trump.

Selon les moyennes de sondages du site RealClearPolitics, le candidat démocrate mène dans plusieurs des États clés de l’élection présidentielle de 2020, dont la Pennsylvanie, le Michigan, la Caroline du Nord, le Wisconsin, l’Arizona et la Floride (par seulement 0,4 %).

« Une fois de plus, la Floride est considérée comme un État pivot de l’élection présidentielle », a analysé Susan MacManus. « Comment les électeurs jugeront la façon dont le gouverneur républicain Ron DeSantis gère la crise du coronavirus aura certainement un impact sur la réélection de Trump. Les deux hommes sont intimement liés dans l’esprit des gens. [Mais] il est encore trop tôt pour dire comment la pandémie va finir. »

Accusation d’agression sexuelle

Malgré ces soutiens et ces sondages réconfortants, tout n’est pas au beau fixe dans le camp Biden. L’ancien vice-président a dû se défendre au cours des derniers jours d’avoir agressé sexuellement une ex-membre de son personnel à l’époque où il était sénateur du Delaware.

En avril 2019, Tara Reade figurait parmi les huit femmes qui avaient reproché au candidat démocrate des gestes déplacés. Le 25 mars dernier, lors d’une entrevue accordée à une émission balado, elle est allée plus loin. Elle a raconté que Joe Biden l’avait embrassée et pénétrée avec ses doigts sans son consentement en 1993. « Allons, j’ai entendu dire que tu m’aimais », lui aurait dit le sénateur, selon son témoignage.

Depuis dimanche, trois médias – le New York Times, le Washington Post et l’Associated Press – ont publié des enquêtes sur l’accusation de Tara Reade. Une amie de cette femme âgée de 56 ans a affirmé sous le sceau de l’anonymat avoir été informée des faits allégués en 1993. Le frère de la victime présumée a donné des versions différentes des faits au Post et refusé de parler au Times.

Une porte-parole de Joe Biden a nié catégoriquement l’accusation de Tara Reade, qui était responsable des stagiaires au sein du bureau de l’ancien sénateur. Deux anciennes stagiaires travaillant directement sous les ordres de Tara Reade ont affirmé ne pas avoir été mises au courant des allégations à l’encontre de Joe Biden ou d’un traitement qui aurait troublé leur supérieure. Elles se souviennent cependant que cette dernière a quitté son poste de façon soudaine en avril 1993.

Tara Reade a dit avoir omis de révéler les détails de l’agression sexuelle présumée en avril 2019 par peur d’être ciblée par les partisans de Joe Biden. Elle a nié avoir voulu nuire à l’ancien vice-président pour des raisons politiques, et ce, même si elle lui préférait Bernie Sanders. Elle a par ailleurs rejeté les accusations selon lesquelles elle est une agente de la Russie.

Ces accusations ont notamment pour origine ses commentaires très admiratifs à l’endroit de Vladimir Poutine publiés sur l’internet en 2018.