(Washington) Le commandant du porte-avions nucléaire américain USS Theodore Roosevelt, qui avait lancé un appel aux accents dramatiques pour faire évacuer son navire contaminé par le coronavirus, a été démis de ses fonctions, a annoncé jeudi le secrétaire à l’US Navy, Thomas Modly.

Agence France-Presse

« Nous ne sommes pas en guerre. Il n’y a aucune raison que des marins meurent », avait écrit le capitaine de vaisseau Brett Crozier, dans une lettre à sa hiérarchie publiée par le San Francisco Chronicle.  

« Nous ne sommes peut-être pas en guerre dans le sens traditionnel du mot, mais nous ne sommes pas non plus complètement en paix », a noté M. Modly au cours d’une conférence de presse. « Et nous demandons à nos commandants de faire preuve de jugement, de maturité, de leadership et de calme sous la pression. »

Or le commandant Crozier a « fait preuve d’un très mauvais jugement en période de crise », a-t-il jugé.

Il sera remplacé par son prédécesseur immédiat, le vice-amiral Carlos Sardiello, qui lui avait transmis le commandement du Theodore Roosevelt en novembre dernier et qui connaît donc parfaitement le navire.

PHOTO PAUL L. ARCHER, AFP

Le porte-avions nucléaire américain USS Theodore Roosevelt

« Le commandant Crozier a laissé la complexité du défi posé par l’épidémie de Covid à bord prendre le dessus sur son professionnalisme, au moment où le plus urgent était d’agir avec professionnalisme », a estimé M. Modly.

« Je ne doute absolument pas que le commandant Crozier ait fait ce qu’il croyait nécessaire pour le bien-être de son équipage », a-t-il poursuivi.  

Mais cette lettre et l’écho qu’elle a recueilli ont « alarmé inutilement les familles de nos marins », a-t-il regretté. Elle a aussi « semé le doute sur les capacités et la sécurité opérationnelles du navire, ce qui aurait pu encourager nos adversaires à en profiter ».

« C’est pour ces raisons que j’ai perdu confiance dans sa capacité à continuer à commander ce navire de guerre alors qu’il combat ce virus pour remettre l’équipage sur pied », a-t-il conclu.

Le secrétaire à l’US Navy a souligné que ce n’était pas le fait que le commandant du porte-avions ait lancé une alerte qui méritait son limogeage, mais le fait qu’il ait envoyé un courriel aussi alarmiste au commandement régional avec une trentaine de personnes en copie.

C’est ce qui a apparemment permis que la lettre soit parvenue au San Francisco Chronicle, a-t-il ajouté sans accuser directement le commandant de l’avoir fait fuiter lui-même.

L’US Navy a commencé à évacuer les trois quarts de l’équipage du Theodore Roosevelt, un porte-avions nucléaire immobilisé à Guam depuis le 28 mars.

Les marins malades ou testés positifs seront placés en quarantaine sur la grande base navale américaine de Guam, qui abrite plusieurs milliers de marins et leurs familles, et ceux qui ne sont pas atteints par le coronavirus dans des hôtels de l’île, pour donner plus d’espace au millier de marins restant à bord et leur permettre de respecter une certaine distanciation sociale.

Le nombre de marins testés positifs à la COVID-19 est désormais de 114 et « il y en aura probablement des centaines », a indiqué M. Modly, soulignant qu’aucun des marins n’était gravement malade.

Le coronavirus représente un dilemme pour l’armée américaine, qui est fortement mobilisée aux États-Unis, où elle participe aux efforts du gouvernement fédéral pour lutter contre l’épidémie, mais qui veut rester opérationnelle pour continuer à démontrer la puissance militaire des États-Unis à l’étranger.