Prenant acte des maigres gains qu’il a enregistrés lors du « super mardi », le milliardaire Michael Bloomberg s’est retiré mercredi de la course à l’investiture démocrate.

Marc Thibodeau
Marc Thibodeau La Presse

Il a apporté du même coup son soutien à l’ex-vice-président Joe Biden, affirmant que le politicien de 77 ans était désormais le candidat « ayant la meilleure chance » de battre Donald Trump lors du scrutin présidentiel de novembre.

« Le fait pour moi de rester en lice rendrait l’atteinte de cet objectif plus difficile », a dit M. Bloomberg, qui avait décidé de faire une entrée tardive dans la course, suivant une stratégie inusitée.

Malgré des dépenses publicitaires de campagne de plus de 600 millions de dollars, fonds largement tirés de sa fortune personnelle, il n’a remporté aucun des États en jeu mardi, ne devançant ses adversaires que dans le territoire des Samoa américaines.

Rafael Jacob, spécialiste de la politique américaine rattaché à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal, pense que Michael Bloomberg n’avait aucune raison de rester en lice après le super mardi.

Lors de son entrée dans la course, il y a quatre mois, l’objectif déclaré de l’ancien maire de New York était d’offrir une solution de rechange « modérée » au sénateur du Vermont, Bernie Sanders, alors que Joe Biden semblait en mauvaise position pour le faire.

La performance de l’ex-vice-président, qui a remporté mardi 10 des 14 États en jeu, quelques jours après une victoire convaincante en Caroline du Sud, a complètement changé la donne et fait de lui le favori pour la course à l’investiture, dit M. Jacob.

PHOTO MIKE BLAKE, REUTERS

Joe Biden

Sa « résurrection », note-t-il, représente un « revirement historique » après des contre-performances notables en début de campagne qui avaient conduit nombre d’analystes à le considérer comme hors jeu.

Joe Biden a notamment profité du ralliement de deux de ses adversaires à la veille du vote de mardi, la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar et l’ex-maire de South Bend, en Indiana, Pete Buttigieg.

« Normalement, ce type de ralliement survient après le Super Tuesday, pas avant », souligne M. Jacob, qui évoque un « effort concerté » au sein du Parti démocrate pour bloquer la nomination de Bernie Sanders et son projet de « révolution » politique et sociale.

Les performances « catastrophiques » de Michael Bloomberg lors des deux débats auxquels il a participé et les déclarations controversées du sénateur du Vermont sur le régime cubain et le financement de ses propositions ont favorisé ce mouvement en faveur de Joe Biden, relève l’analyste.

« Jusqu’à un certain point, la victoire de mardi ne lui revient pas. Ce sont des facteurs extérieurs qui lui ont permis de réémerger », indique M. Jacob.

Course à deux

Malgré sa forte performance mardi, la course est loin d’être terminée. Bernie Sanders, qui est arrivé en tête dans quatre États, y compris la Californie, a aussi remporté un nombre important de délégués et prévoit se retrouver au « coude-à-coude » avec l’ex-vice-président une fois le décompte terminé.

Le sénateur du Vermont, qui espérait initialement donner le coup de grâce à ses adversaires mardi, maintient qu’il remportera l’investiture et vaincra ensuite Donald Trump à l’élection présidentielle.

Officiellement, c’est une course à deux qui s’engage, mais elle ne se fait pas d’égal à égal avec le résultat de mardi. Un des candidats est plus avantagé que l’autre.

Rafael Jacob

La suite de l’affrontement pourrait notamment être affectée par la décision d’Elizabeth Warren, qui était en réflexion mercredi sur la suite à donner à sa campagne après une soirée difficile.

La sénatrice n’a remporté aucun État mardi et est même arrivée troisième dans son fief du Massachusetts, derrière Joe Biden.

Son responsable de campagne, Roger Lau, a indiqué mercredi dans un courriel interne relayé par des médias américains que ces résultats étaient largement inférieurs aux objectifs fixés.

Sa sortie de la course serait susceptible de favoriser Bernie Sanders, avec qui elle partage de nombreuses affinités idéologiques, mais il est loin d’être certain qu’elle se rallierait à sa campagne avec enthousiasme. Les deux politiciens ont discuté hier au téléphone.

« Avec les résultats de mardi, le mal est un peu fait. Si elle se rallie maintenant, l’impact sera bien moindre », dit M. Jacob, qui prévoit un important mouvement de colère dans le camp des partisans de Bernie Sanders si Joe Biden finit par remporter l’investiture démocrate.

Nombre d’entre eux s’étaient abstenus de voter lors du scrutin présidentiel de 2016 en réaction à la désignation controversée d’Hillary Clinton comme candidate démocrate, facilitant la victoire de Donald Trump.

« Les bonzes du Parti démocrate jubilent à l’heure actuelle, mais je ne sais pas s’ils réalisent à quel point ils jouent avec de la dynamite », prévient M. Jacob.