(NEW YORK) Amorcée en présence d’une pléthore de candidats, la course à l’investiture démocrate s’est muée en un duel entre Joe Biden et Bernie Sanders lors d’un « super mardi » qui a confirmé la résurrection de la campagne de l’ancien vice-président.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Même si les résultats finaux de la primaire de Californie ne seront pas connus avant plusieurs jours, le sénateur du Vermont triomphera dans l’État américain le plus populeux et conservera vraisemblablement son avance dans le compte des délégués. Mais cette avance, si elle est confirmée, sera beaucoup plus modeste que prévu en raison des victoires inattendues de son principal rival dans 9 des 14 États, dont le Texas, qui mettait en jeu le plus grand nombre de délégués après la Californie, soit 228. Un dur coup pour Bernie Sanders.

Au moment d’écrire ces lignes, Joe Biden menait également dans deux autres États, le Maine. Les primaires disputées hier soir distribuaient un total de 1357 délégués.

« On nous avait dit que tout serait fini quand on arriverait au Super Tuesday, a déclaré Joe Biden devant des partisans réunis en Californie. Eh bien, c’est peut-être fini pour l’autre gars ! »

Je suis ici pour vous dire que nous sommes encore bien vivants !

Joe Biden

« Et ne vous y trompez pas, cette campagne enverra Donald Trump paître », a-t-il ajouté avant d’être brièvement interrompu par l’irruption de deux militantes anti-élevage sur la tribune.

Il s’agit d’un revirement spectaculaire. Après sa victoire sans appel lors des caucus du Nevada, le 22 février, Bernie Sanders semblait être en bonne position pour prendre une avance insurmontable, ou presque, sur ses rivaux à la faveur du « super mardi ».

Or, après ce rendez-vous électoral rempli de surprises, l’incertitude plane sur l’issue de la course à l’investiture démocrate. Et se profile à l’horizon la possibilité croissante d’une convention contestée à Milwaukee en juillet prochain où aucun des candidats n’arriverait avec la majorité de 1991 délégués nécessaire pour revendiquer l’investiture démocrate.

Bernie Sanders a enlevé le Colorado, l’Utah et le Vermont, en plus de la Californie, qui mettait en jeu 415 délégués. Malgré la bonne performance de son adversaire, il a voulu présenter l’image d’un candidat victorieux au milieu de la soirée électorale en s’adressant à des partisans enthousiastes réunis à Burlington, au Vermont. Il pouvait alors se targuer d’avoir remporté 55 % du vote hispanique en Californie, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes dans cet État.

Dans cet État comme dans les autres, il a également dominé chez les jeunes électeurs.

« Ce soir, je vous dis avec une confiance absolue que nous allons gagner l’investiture et nous allons défaire le président le plus dangereux de l’histoire des États-Unis », a-t-il déclaré avant d’attaquer Joe Biden sans le nommer en évoquant ses positions sur les retraites, la santé, les accords de libre-échange et la guerre en Irak.

Nous ne pouvons battre Trump avec les mêmes politiques habituelles.

Bernie Sanders

Joe Biden a amorcé la soirée électorale en force avec une victoire éclatante en Virginie, où il a remporté plus de 53 % des suffrages contre 23 % pour Bernie Sanders, 10,8 % pour Michael Bloomberg et 9,7 % pour Elizabeth Warren. Il a enchaîné avec des triomphes dans les quatre autres États du Sud qui tenaient des scrutins, soit la Caroline du Nord, l’Alabama, le Tennessee et l’Arkansas.

Et il a surpris avec des victoires au Massachusetts et au Minnesota, où l’appui d’Amy Klobuchar, son ancienne rivale qui a abandonné la course lundi, lui a grandement profité.

De même qu’en Caroline du Sud samedi dernier, Joe Biden a dominé ses rivaux au sein de l’électorat afro-américain. Selon les sondages réalisés à la sortie des urnes en Virginie, il a remporté 68 % du vote des électeurs noirs de cet État contre 18 % pour Bernie Sanders et 10 % pour Michael Bloomberg.

Joe Biden a également bien fait dans des États où les Blancs formaient la très grande majorité de l’électorat, soit l’Oklahoma, le Minnesota et le Massachusetts, entre autres.

Aucun État pour Bloomberg et Warren 

Michael Bloomberg a remporté les caucus tenus dans les Samoa américaines, où six délégués étaient en jeu. Il a également obtenu au moins 15 % des votes dans un certain nombre d’États, ce qui lui permettra d’amasser des délégués. Mais après avoir dépensé plus de 500 millions de dollars depuis le début de sa campagne, il devrait réexaminer la pertinence de sa campagne mercredi, selon ses proches.

Comme Michael Bloomberg, Elizabeth Warren n’a remporté aucun État du « super mardi ». Elle aura également une décision difficile à prendre. Après tout, elle a perdu dans l’État qu’elle représente au Sénat contre un candidat qui n’y a même pas fait campagne en personne.

Les règles électorales de la Californie expliquent pourquoi il faudra patienter avant de connaître les résultats finaux. Les électeurs de l’État avaient jusqu’à mardi pour poster leurs bulletins de vote. Ceux-ci seront acceptés s’ils arrivent à destination au plus tard vendredi. Ils seront ensuite comptés si les signatures qui s’y trouvent correspondent à celles inscrites dans les registres. C’est l’étape la plus longue et laborieuse.

Onze États et plusieurs territoires tiendront d’autres primaires ou caucus d’ici la fin du mois, dont le Michigan et le Missouri le 10 mars, la Floride, l’Illinois et l’Ohio le 17 mars, et la Géorgie le 24 mars.

La Florida distribuera le plus grand nombre de délégués après la Californie et le Texas, soit 219. Les grands États industriels du Nord-Est, New York et la Pennsylvanie, tiendront leurs primaires le 28 avril.

La course à l’investiture démocrate prendra fin début juin. Le New Jersey fera partie d’un groupe de quatre États qui tiendront alors des primaires.