Mettons-nous ce matin dans la peau d’un Américain qui veut se débarrasser de Donald Trump au mois de novembre.

Yves Boisvert Yves Boisvert
La Presse

Je serais nerveux. Pas vous ?

Il restera bientôt deux vieillards pour contrer Trump.

J’en entends qui protestent, le mot « vieillard » n’a plus cours. Je sais, je sais, 50 est le nouveau 40, que dis-je, le nouveau 35, donc 80, c’est 51, c’est ça ?

Mais oui, un gars de 62 ans, la semaine dernière, a tenu huit heures sur ses coudes pour battre le record du monde de « planche » – indice d’une forme et d’un vide existentiel exceptionnels.

Je sais qu’on skie à 85 ans, qu’on fait du parachute à 90, qu’on enseigne la physique des particules à 95.

Je vous félicite, et toi aussi, maman.

Ils ont tout de même 77 et 78 ans.

PHOTO ELIZABETH FRANTZ, REUTERS

« Joe Biden a frôlé la disparition il y a 10 jours à peine et c’est par absence de candidat de rechange plus que par enthousiasme délirant que sa candidature rallie finalement les suffrages », écrit notre chroniqueur.

Écoutez les démocrates nous dire que Donald Trump pose une menace « existentielle » aux États-Unis. Sur Trump, ils sont unanimes : un président instable, incompétent, corrompu, qui méprise la Constitution, qui détruit la démocratie, etc. L’élection « la plus importante de notre génération » ou « de notre vie » ou de l’histoire !

Et tout ce qu’ils ont trouvé, ce sont deux vieux politiciens ?

Où sont les forces vives de la nation quand elle est en péril ?

Restent Biden et Sanders. Des hommes respectables, sans aucun doute. Mais pas dans la force de l’âge. Et dont chacun porte le poids de ses années d’action ou d’inaction politique.

Ce sont des hommes fragiles à plusieurs égards. Ce n’est pas fatal, et je ne dis pas qu’à 77 ans, on est « trop vieux » pour faire de la politique.

Mais déjà, leur fragilité est superbement exploitée par Trump. Sleepy Joe. Crazy Bernie. Ça cartonne !

Joe Biden arrive quatre ans trop tard. Oui, il a fière allure et avec sa belle tête blanche, son œil pétillant et son sourire rassurant, il joue bien le rôle de grand-père de la nation.

En ce super mardi soir pour lui, ragaillardi, il a prononcé un discours énergique, passionné, un de ses meilleurs moments depuis longtemps. Il a frôlé la disparition il y a 10 jours à peine et c’est par absence de candidat de rechange plus que par enthousiasme délirant que sa candidature rallie finalement les suffrages.

Mais on l’a vu avancer dans les débats comme un marcheur inquiet sur un lac mal gelé. Ça tient… mais ça craque. Un autre lapsus va-t-il lui échapper au mauvais moment ?

PHOTO JONATHAN ERNST, REUTERS

Bernie Sanders aura 79 ans le jour de l’élection.

J’ai vu Bernie Sanders faire campagne en 2018 au Vermont, traversant l’État de bord en bord avec l’énergie d’un athlète. J’ai vu le culte qu’on lui voue, personne ne peut remettre en question ses convictions profondes, inamovibles.

Il sort tout de même de chez le cardiologue et s’il pète le feu, il aura 79 ans le jour de l’élection.

Et surtout, il demeure un outsider. Un sénateur « indépendant » qui n’a jamais voulu se faire élire comme démocrate. Mardi soir, il a encore dénoncé l’establishment du parti, fait huer sans le nommer Joe Biden, en rappelant qu’il avait voté pour la guerre en Irak et ne s’était pas toujours tenu pour contrer les compressions dans la sécurité sociale.

On en pensera ce qu’on voudra vu du Nord, où plein de ce que Sanders avance n’a rien de révolutionnaire. On pourra bien déplorer que le Parti démocrate se soit tassé à droite. La seule question qui compte pour plusieurs, c’est celle de la victoire. Et les sondages hypothétiques qui mettent Sanders en avance sur Trump ne sont que ça : des hypothèses. Se colleter à un « socialiste » (qui est en fait un social-démocrate) ne déplairait sûrement pas à Trump.

On ne peut pas dire que Sanders soit en train de créer un raz-de-marée non plus. Ni en termes de délégués, ni en termes de participation populaire.

Il a répété ses deux objectifs en fin de soirée : « Battre un président qui apparemment n’a jamais lu la Constitution et croit qu’on devrait être une autocratie. »

Et deuxièmement développer un mouvement national pour lutter contre les inégalités « grotesques » dans le pays.

Il a créé un mouvement, c’est clair. Mais il n’a pas jusqu’ici l’ampleur ou la force de ce qu’Obama a créé en 2008.

Jusqu’à quel point ces deux hommes vont-ils se déchirer ? Aucun, aujourd’hui, ne peut prétendre à une victoire claire. Ni l’homme « du centre », dont le seul vrai projet est de battre Trump et de redonner un visage plus aimable à la présidence. Ni le « révolutionnaire » qui veut prendre les banquiers par le collet et réformer le capitalisme.

Alors, si vous êtes ce démocrate américain obsédé par l’idée de vous débarrasser de Trump, vous êtes un peu nerveux. Et obligé de vous demander comme jamais : que vont faire les autres ? Qui dois-je appuyer que les autres appuieront ?

Le reste du monde aussi se demande qui de ces deux hommes aux cheveux blancs pourrait le mieux donner une raclée à Trump.

Et on est tout aussi nerveux, inquiets.