(Los Angeles) Paradoxe de la course à l’investiture démocrate, c’est un homme blanc de 78 ans et de la côte est des États-Unis qui est le grand favori des primaires en Californie, particulièrement auprès des Latino-Américains et des jeunes avides de changement : Bernie Sanders.

Jocelyne ZABLIT Agence France-Presse

État farouchement progressiste, la Californie a décidé, en avançant la date du scrutin, de revenir en 2020 au cœur du combat pour la présidentielle et va peser lourd mardi pour choisir celui ou celle qui affrontera Donald Trump en novembre.  

L’État le plus peuplé du pays est aussi celui qui élit le plus grand nombre de délégués : 415, soit plus de 20 % des voix nécessaires à un candidat démocrate pour obtenir l’investiture de son parti.

Bernie Sanders semble en passe d’en rafler une grande partie. Toutes les enquêtes récentes en Californie placent ce « socialiste » autoproclamé largement en tête de la course pour le « Super Tuesday » du 3 mars.

Un sondage réalisé par l’Institut de politique publique de Californie (PPIC) lui donnait, avant le retrait-surprise du jeune modéré Pete Buttigieg, 32 % des intentions de vote, avec une nette avance sur ses principaux adversaires, l’ancien vice-président Joe Biden (14 %), Elizabeth Warren (13 %) et le milliardaire Michael Bloomberg (12 %).

« Son message constant en faveur d’un rôle plus important du gouvernement a résonné chez les jeunes adultes et les électeurs d’origine latino-américaine », décrypte Mark Baldassare, président du PPIC.

« Plus récemment, il a insisté sur l’importance du changement climatique et des inégalités de revenus, des sujets de préoccupation pour de nombreux Californiens », ajoute l’expert.

« Beaucoup comme moi pensent que Bernie répond aux questions que se posent les jeunes, et qu’il est vraiment sincère », déclare à l’AFP Alex Brandolino, 21 ans, vice-président des jeunes démocrates du campus de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Évoquant « une connexion unique avec l’électorat jeune », M. Brandolino reconnaît toutefois ne pas être sûr que « cela compenserait la désaffection des électeurs plus modérés ou âgés », qui pourraient être rebutés par le programme très à gauche du candidat.

Une enquête du PPIC montre que Bernie Sanders a le soutien de 53 % des électeurs californiens âgés de 18 à 44 ans, bien plus que n’importe quel autre candidat à l’investiture.

L’homme pour battre Trump ?

Le septuagénaire a également courtisé, avec succès, l’électorat issu de l’immigration hispanophone, qui représente environ un quart des votants à la primaire en Californie.

« Sanders s’est vraiment concentré sur l’électorat latino en allant à sa rencontre là où il est, en engageant et en ouvrant des bureaux de campagne dans les communautés » latino-américaines, affirme Sonja Diaz, spécialiste de l’UCLA sur ces sujets. « Les Latinos sont cruciaux pour le succès de sa campagne ».

De nombreux partisans de Bernie Sanders rencontrés par l’AFP lors d’une réunion organisée par le candidat à Santa Ana, au sud de Los Angeles, insistaient sur la constance du message porté par le candidat et ses valeurs progressistes, à l’opposé selon eux du conservatisme affiché par le président Trump.

« Il n’a jamais changé. Tout ce qu’il dit actuellement, il n’a pas cessé de le dire depuis des années », déclare Ed Shaiman, enseignant à la retraite âgé de 71 ans. « Et je crois qu’il se soucie des gens ».

Barman né de parents mexicains immigrés aux États-Unis, Edgar Pedroza, 25 ans, a précisément choisi de voter pour Bernie Sanders, car il est convaincu qu’il saura vaincre Donald Trump lors du scrutin présidentiel.

« J’espère seulement que le Parti démocrate se rassemblera autour de Bernie s’il est désigné candidat », insiste M. Pedroza. « Car je crois que Trump est un être humain horrible, qui rejaillit négativement sur nous en tant que société et en tant que pays ».

Après ses succès dans les primaires du New Hampshire et du Nevada, et la nette victoire de son adversaire Joe Biden samedi en Caroline du Sud, le sénateur Sanders est revenu en Californie ce weekend pour mobiliser ses troupes et faire pencher en sa faveur les nombreux indécis.

« Aujourd’hui, je suis ici pour vous demander, pour vous supplier de parler à tous ceux de l’État et du pays… Dites-leur que nous avons besoin d’eux à nos côtés dans le combat politique pour la justice », a-t-il lancé dans une réunion à San Jose.