(Washington) Y a-t-il pire épreuve pour un président américain que de subir une procédure de destitution ? Probablement pas, sauf si l’on s’appelle Donald Trump.

Sebastian SMITH
Agence France-Presse

Certes, être le troisième président de l’histoire des États-Unis mis en accusation au Congrès blessera sans aucun doute l’amour propre du milliardaire.

Plus que tout autre avant lui, l’ancien investisseur immobilier et animateur de téléréalité est obsédé par son image. Son nom et son succès tapageur sont une marque qui, dans les affaires, continuent de rapporter des millions de dollars.

Mais s’il est une chose que le républicain aime par-dessus tout, c’est combattre, se retrouver sur le ring. Et dans l’impitoyable vie politique de Washington, une procédure de destitution est l’affrontement suprême dans lequel les coups sont les plus durs.

« Dans une période de grande tension, ce moment est fait pour une personne comme lui », commente Rich Hanley, professeur de communication à l’université Quinnipiac.

Les démocrates de la Chambre des représentants voteront très probablement mercredi la mise en accusation de Donald Trump pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

Le président américain, accusé d’avoir demandé à l’Ukraine d’enquêter sur un de ses adversaires démocrates afin de le salir, sera ainsi renvoyé en procès au Sénat. Mais le président le sait bien, le parti républicain qui contrôle la chambre haute devrait l’acquitter sans problème.  

L’issue semble donc tout aussi prévisible que les combats de lutte que Trump aime tant : de quoi planter le décor idéal pour le «showman» en chef qui a mis en place une stratégie de défense inédite dans ce genre de situations.

Elle passe par la diabolisation des opposants, avec des mots comme « trahison » ou « coup d’État ».  Et par la dénégation systématique de toutes les accusations. Avec l’espoir de sortir victorieux de la bataille, et faire de ce dénouement un argument de campagne pour sa réélection en 2020.

Imperméable aux scandales

Il faut dire que Donald Trump, habitué des scandales, est entré dans le combat bien mieux préparé que ses prédécesseurs – Andrew Johnson, renvoyé en procès en 1868, Bill Clinton, qui s’est âprement battu pour être acquitté au Sénat en 1999, et aussi Richard Nixon, qui a démissionné en 1974 afin d’éviter une destitution certaine dans l’affaire du Watergate.  

L’ex-magnat de l’immobilier avait déjà fait face à des accusations d’agressions sexuelles de dizaines de femmes. Il a affronté une enquête de près de deux ans du procureur spécial Robert Mueller sur des soupçons de collusion avec Moscou. Il a aussi surmonté les allégations de conflit d’intérêts entre la fonction présidentielle et ses affaires.  

Le 45e président américain insulte quotidiennement ses opposants, jure en public, et n’hésite pas à enchaîner les déclarations approximatives, mensongères ou trompeuses.

Assumer

La procédure de destitution visant Bill Clinton après sa liaison avec la stagiaire de la Maison-Blanche Monica Lewinsky avait été dévastatrice – un spectacle télévisé ayant sali à jamais la réputation du démocrate.

« Nixon et Clinton s’étaient largement mis en retrait. Trump a plongé dans la mêlée de façon répétée », analyse Allan Lichtman, professeur d’histoire à l’American University. « Il assume totalement. »

Ne rechignant pas à conserver le rôle principal même dans la tourmente, il enchaîne les réunions afin d’exacerber le sentiment d’injustice auprès de sa base, dénonçant en boucle une « chasse aux sorcières ».  

Une stratégie à haut risque, mais qui peut aussi rapporter gros. Et après avoir bousculé toutes les normes de la capitale américaine, Donald Trump applique, selon M. Lichtman, la même démarche à l’« impeachment », ne laissant aucun autre choix aux élus de son parti que de le protéger envers et contre tout.  

« La vraie raison pour laquelle les républicains doivent défendre Donald Trump est que tout ce qui leur reste, c’est Donald Trump », estime le professeur.

Ainsi, Washington a beau être sens dessus dessous, le président, sur qui tout semble glisser, exulte.  

Selon un sondage de l’université Quinnipiac, sa cote de popularité a atteint lundi un plus haut depuis le début de son mandat, à 43 % d’opinions favorables, portée par les résultats impressionnants de l’économie américaine. Elle est cependant plus faible que celle de la plupart de ses prédécesseurs.

Cette procédure de destitution est « une chose très triste pour notre pays », a-t-il déclaré la semaine dernière. « Mais il semble que cela soit très bon pour moi politiquement. »