(Washington) Un influent sénateur républicain ayant rencontré le président turc durant sa visite à Washington a bloqué une résolution au Sénat reconnaissant le génocide arménien, après que la Chambre des représentants l’a formellement reconnu à une écrasante majorité fin octobre.

Agence France-Presse

Le sénateur Lindsey Graham a bloqué la tentative d’élus démocrates de faire adopter cette résolution via une procédure accélérée au Sénat, environ une heure seulement après avoir rencontré le président Recep Tayyip Erdogan mercredi à la Maison-Blanche.

M. Graham a déclaré que son objection à cette mesure ne visait pas à «édulcorer l’histoire ou tenter de la réécrire, mais à traiter du présent».

Le sénateur de Caroline du Sud, proche de Donald Trump, s’était vivement opposé à la décision de retrait des forces américaines du nord-est de la Syrie. Il avait eu des mots très durs à l’égard de la Turquie après l’offensive d’Ankara dans cette région ayant suivi la décision américaine.

La résolution pourra toujours être mise au vote, via une procédure classique, par le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell.

Mais l’action de M. Graham a déclenché la colère des démocrates. «Si vous ne pouvez pas dénoncer un génocide, pour quoi vous battez-vous, Lindsey Graham?», s’est insurgée sur Twitter la représentante démocrate Katherine Clark.  

Le sénateur démocrate Robert Menendez, qui avait engagé cette procédure rapide au Sénat, a déclaré qu’il continuerait à «se battre jusqu’à ce que le Sénat reconnaisse enfin ce fait historique».

Le génocide arménien est reconnu par une trentaine de pays et la communauté des historiens. Selon les estimations, entre 1,2 million et 1,5 million d’Arméniens ont été tués pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’Empire ottoman, alors allié à Allemagne et à l’Autriche-Hongrie.

Mais la Turquie refuse l’utilisation du terme «génocide», évoquant des massacres réciproques sur fond de guerre civile et de famine ayant fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps.

L’adoption, par 405 voix sur 435, de cette résolution à la Chambre des représentants avait provoqué l’ire d’Ankara, qui avait dénoncé une «insulte» et une mesure n’ayant «aucune valeur».

M. Erdogan a réitéré ses protestations à la Maison-Blanche mercredi. Aux côtés de Donald Trump lors d’une conférence de presse commune, il a mis en garde contre «des allégations utilisées de façon à dynamiter (les) relations bilatérales» entre Washington et Ankara.

La résolution adoptée «avait ce but et blesse profondément la nation turque», a-t-il déclaré, disant espérer que le Sénat sortirait «les États-Unis de ce cercle vicieux».