(NEW YORK) « Si vous aviez demandé aux gens en 1988 s’ils voulaient se faire photographier avec George W. Bush, il y aurait eu des preneurs, mais la file n’aurait pas été longue. Si vous demandez aux gens aujourd’hui s’ils veulent se faire photographier avec Don Trump Junior, vous en aurez qui seront prêts à payer 1000 $ et à faire la queue pendant des heures. »

Richard Hétu, Collaboration spéciale Richard Hétu, Collaboration spéciale
La Presse

Au bout du fil, Doug Wead parle d’un ton de voix admiratif de la popularité du fils aîné du président américain auprès des républicains. « Il est aujourd’hui l’un des porte-parole les plus “hot” qu’une famille présidentielle ait jamais eu. J’entends par là qu’il pourrait remplir à lui seul un amphithéâtre », dit cet ancien conseiller de George Bush père et de son fils devenu commentateur à Fox News et auteur de plusieurs livres, dont l’un porte sur les enfants de présidents.

Don Trump Junior, 41 ans, est aussi l’un des rejetons de président les plus controversés de l’histoire américaine. La semaine dernière, dans son premier livre, il a pourfendu les ennemis réels et imaginés de son père. Et il a retweeté sur son compte Twitter un article du site ultraconservateur Breitbart dévoilant l’identité présumée du lanceur d’alerte à l’origine de l’affaire ukrainienne.

« Je ne regrette pas de l’avoir fait », a-t-il dit à l’une des animatrices de l’émission The View qui lui reprochait de mettre en danger le lanceur d’alerte et sa famille. « Je ne pense pas que je devrais renoncer à mes droits garantis par le premier amendement. »

Lors de cette même émission, Don Trump Junior a utilisé une tactique chère à son père – la contre-attaque. Il a ainsi accusé l’une des animatrices (Joy Behar) d’avoir arboré un blackface lors d’une soirée d’Halloween, ce qu’elle a nié, et une autre (Whoopi Goldberg) d’être l’apologiste d’un violeur, en l’occurrence Roman Polanski.

Les clips de ces agressions verbales sont vite devenus viraux sur les sites conservateurs.

Une dynamique « triste »

Don Trump Junior n’est certes pas le premier enfant adulte de président à se mêler de politique. Chip Carter, l’un des trois fils de Jimmy Carter, a joué un rôle important dans les campagnes électorales de son père, tout comme l’a fait George W. Bush auprès de son propre paternel, pour citer des exemples relativement récents.

Mais ces deux-là étaient beaucoup plus discrets que le sont les enfants de Donald Trump, note Joshua Kendall, auteur de First Dads, un livre sur l’expérience des présidents américains en tant que pères, de George Washington à Barack Obama.

« Ce qui est intéressant au sujet des enfants de Trump, c’est que leur rôle soit si visible », explique-t-il lors d’un entretien téléphonique. « Sa fille Ivanka fait partie de son personnel et ses fils, même s’ils continuent à évoluer dans le monde des affaires, sont directement impliqués en politique. Le nouveau livre de Don Junior est très politique, et son frère et lui font activement campagne pour leur père. Je pense que c’est très rare. Et c’est aussi un peu triste. »

Triste ?

Joshua Kendall voit dans les attaques parfois outrancières des fils de Donald Trump contre les démocrates ou la « gauche » une façon d’attirer l’attention et de gagner l’affection d’un père autoritaire qui ne s’est pas beaucoup occupé d’eux lorsqu’ils étaient jeunes. Don Junior admet lui-même dans son livre avoir trouvé auprès de son grand-père maternel le modèle paternel qu’il a perdu après le divorce acrimonieux de ses parents étalé à la une des tabloïds new-yorkais.

« En tant qu’adultes, jusqu’à un certain point, Don et Eric essaient de gagner la faveur de leur père, tout comme les conseillers de Trump et même des sénateurs essaient de gagner la faveur du président en faisant les déclarations les plus extravagantes pour le défendre. C’est une dynamique étrange », dit Joshua Kendall.

La « magie Trump »

Doug Wead, lui, ne voit rien de triste ou d’étrange dans cette dynamique. Le 26 novembre, il fera paraître un nouveau livre sur la présidence de Donald Trump, intitulé Inside Trump’s White House : The Real Story of His Presidency. Il a obtenu la coopération non seulement du chef de la Maison-Blanche pour écrire cet ouvrage, mais également de tous ses enfants.

En entrevue, il brosse le portrait suivant de Don Junior : « C’est un leader. Plusieurs des fils de présidents se subordonnent à leur père et à ses réalisations. Mais Don Junior a ses propres opinions, ses propres idées, et il parle avec clarté et fierté. Il est loyal à son père, il soutient son père, mais il n’y a chez lui aucune hésitation, aucune prudence. »

Doug Wead ne serait pas surpris de voir Don Junior suivre l’exemple de plusieurs fils de présidents, qui ont tenté de briguer un siège au Congrès, un poste de gouverneur ou la présidence elle-même. Il prévoit d’ailleurs l’émergence d’une nostalgie pour la « magie Trump » après l’éclipse éventuelle du 45e président.

« Comme me l’a dit Jared Kushner, les gens vont être surpris de s’ennuyer de sa franchise et de sa fermeté », dit-il.

Pour le moment, la « magie Trump » ressemble plutôt à un cauchemar pour bon nombre d’Américains. Et ceux-ci ne rêveraient sans doute pas à un avenir politique pour Don Junior après avoir lu son livre, intitulé Triggered : How the Left Thrives on Hate and Wants to Silence Us. Même s’il y dénonce la « culture de la victimisation » entretenue par la « gauche », le fils du président n’a de cesse de se poser en victime dans les pages de cet ouvrage. Il évoque notamment son émotion en apercevant le cimetière militaire d’Arlington après l’investiture de son père. En voyant la multitude de pierres tombales blanches, il n’a pu s’empêcher de penser aux « sacrifices » consentis par son père pour éviter d’être accusé de profiter de sa nouvelle fonction pour s’enrichir.

« Honnêtement, il s’agit d’un grand sacrifice, dont le coût annuel s’élève à des millions et des millions de dollars… Bien entendu, les grands médias ne nous ont attribué aucun mérite », écrit-il.

Un mot, inspiré par quantité de gazouillis de Donald Trump, vient alors à l’esprit du lecteur : triste !