(Washington) Donald Trump a défendu mercredi bec et ongles le retrait des troupes américaines de Syrie, minimisant la menace qui pèse sur les forces kurdes et faisant l’éloge d’une incroyable lettre adressée à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse

Vantant une approche « brillante d’un point de vue stratégique », le milliardaire républicain a balayé un à un tous les arguments de ses nombreux détracteurs sur ce dossier, y compris au sein de son propre camp.

Quelques heures avant le départ du vice-président Mike Pence pour Ankara, où il espère convaincre les Turcs de mettre fin à leur invasion dans le nord de la Syrie visant les Kurdes, le président a pris ses distances avec le conflit en cours.

« Si la Turquie pénètre en Syrie, c’est une affaire entre la Turquie et la Syrie, ce n’est pas une affaire entre la Turquie et les États-Unis comme beaucoup de gens stupides voudraient vous le faire croire », a-t-il lancé.

Un réunion organisée peu après avec les leaders démocrates à la Maison-Blanche a donné lieu à un vif affrontement, Donald Trump qualifiant Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, de « politicienne de bas étage ».

« Nous avons vu le président craquer, c’est triste à dire », a relaté cette dernière après la rencontre au cours de laquelle il a, selon les démocrates, vanté sa lettre « agressive » à M. Erdogan.

Le courrier en question, qui a fuité peu après, a suscité la stupeur à Washington.

« Trouvons un bon accord », suggère M. Trump dans cette missive dont l’authenticité a été confirmée à l’AFP. Datée du 9 octobre, elle a été adressée au président turc le jour où il a lancé ses troupes à l’assaut des Kurdes dans le nord de la Syrie.

« Vous ne souhaitez pas être responsable du massacre de milliers de personnes, et je ne veux pas être responsable de la destruction de l’économie turque – ce que je ferais (si nécessaire) », écrit le président américain.

« L’Histoire vous jugera d’un œil favorable si vous agissez de façon juste et humaine. Elle vous considérera à jamais comme le diable si les choses se passent mal », met en garde M. Trump, sans autre précision.

« Ne jouez pas au dur ! Ne faites pas l’idiot ! », conclut le locataire de la Maison-Blanche. « Je vous téléphonerai plus tard ».

« C’est ce que l’Amérique veut »

En se retirant abruptement de Syrie, Washington ne risque-t-il pas de laisser Moscou devenir un acteur encore plus omniprésent en Syrie ? « Si la Russie aide à protéger les Kurdes, c’est une bonne chose, pas une mauvaise chose », a répondu M. Trump lors d’une conférence de presse.

L’influent sénateur républicain Lindsey Graham estime qu’il est en train de faire « la plus grande erreur de sa présidence » ? « Lindsey devrait se concentrer sur les démocrates-qui-ne-font-rien », a-t-il rétorqué, appelant l’élu avec lequel il joue régulièrement au golf à consacrer plus de temps à ses électeurs de Caroline du Sud qu’à la géopolitique du Moyen-Orient.

« Nous n’avons pas besoin d’être engagés dans des guerres sans fin, nous ramenons nos soldats », a-t-il martelé. « J’ai gagné l’élection sur cette base. Que ce soit bien ou mal, c’est comme ça ! »

« Je suis prêt à parier – c’est mon instinct politique qui me le dit – que c’est ce que l’Amérique veut ».

Un argument revient en boucle depuis quelques jours dans la bouche du 45e président américain : il est temps que d’autres pays – amis ou ennemis – prennent le relais dans la lutte contre les djihadistes du groupe État islamique (EI).

« Tout le monde déteste l’EI », martèle-t-il. « Pourquoi protéger la Syrie, qui n’est pas un pays ami ? Pourquoi protéger leur territoire ? »

A ceux soulignant que les États-Unis ont une responsabilité particulière envers les Kurdes, qui se sont battus à leur côté contre les djihadistes de l’EI, le locataire de la Maison-Blanche rétorque qu’il ne faut pas trop s’inquiéter, et ne pas les idéaliser.

Les Kurdes « ne sont pas des anges »

« Ce ne sont pas des anges, ce ne sont pas des anges », a-t-il lancé. « Les Kurdes savent se battre », a-t-il ajouté, affirmant même qu’ils étaient « plus en sécurité aujourd’hui ».

Puis, dans une sortie surprenante de la part d’un président américain, mais qui sera douce aux oreilles de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, il a affirmé que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une sanglante guérilla contre la Turquie depuis plusieurs décennies, était « probablement » une plus grande « menace terroriste » que l’EI.

Revendiquant haut et fort son choix de retrait des troupes, M. Trump a estimé cependant qu’il n’avait en rien donné à M. Erdogan son accord pour son offensive militaire dans le nord de la Syrie contre une milice kurde, qui se considère comme la branche syrienne du PKK.

« Je ne lui ai pas donné de feu vert. Quand vous dites ça, c’est très trompeur », affirme-t-il, sans cependant élaborer. « C’était l’inverse d’un feu vert. D’abord, nous n’avions quasiment pas de soldats là-bas. Ils étaient partis pour la plupart ».