(New York) Donald Trump et Elizabeth Warren ont au moins une chose en commun. Hier soir, lors du quatrième débat entre les principaux candidats à l’investiture démocrate en vue de la présidentielle, ils ont été les cibles préférées.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Les flèches décochées en direction du président américain découlaient de son rôle dans l’affaire ukrainienne, qui pourrait lui valoir une procédure de destitution, ainsi que de sa décision de donner le feu vert à l’offensive turque contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Les critiques dirigées vers la sénatrice du Massachusetts tenaient à sa nouvelle position de meneuse dans un nombre croissant de sondages réalisés à l’échelle nationale ou dans les premiers États qui tiendront des caucus ou des primaires en 2020.

Dès la première question du débat de trois heures organisé dans l’Ohio par CNN et le New York Times, Elizabeth Warren a été appelée à défendre l’idée de destituer Donald Trump plutôt que de laisser l’électorat américain décider de son sort en novembre 2020.

Parfois, il y a des enjeux plus importants que la politique. Je pense que c’est le cas en ce qui a trait à l’enquête en vue de destituer [le président].

Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts

Sur cette question, les principaux rivaux d’Elizabeth Warren ont fait entendre le même son de cloche.

« [Trump] est le président le plus corrompu de l’histoire moderne et, je pense, de toute notre histoire », a déclaré Joe Biden, faisant écho à une opinion exprimée plus tôt par Bernie Sanders.

« Il a commis des crimes à la vue de tous », a renchéri la sénatrice de Californie Kamala Harris, en faisant notamment référence aux pressions exercées par Donald Trump auprès de son homologue ukrainien pour le pousser à enquêter sur des adversaires démocrates.

Mêlé à l’affaire ukrainienne, Joe Biden a rejeté les allégations formulées contre lui par le président et son avocat personnel, Rudolph Giuliani. Ceux-ci l’accusent sans preuve d’avoir fait campagne pour obtenir le licenciement du procureur général d’Ukraine en 2016 afin de protéger son fils Hunter et Burisma, la société ukrainienne qui lui versait 50 000 $ par mois pour siéger à son conseil.

À la défense de son fils

« Mon fils n’a rien fait de mal. Je n’ai rien fait de mal. J’étais chargé d’appliquer la politique du gouvernement des États-Unis pour éradiquer la corruption en Ukraine », a déclaré l’ancien vice-président en mettant les critiques de Donald Trump à son endroit sur le compte de sa peur de l’affronter. « Il sait que si je remporte l’investiture, je le battrai comme un tambour », a-t-il dit.

Interrogé sur la décision de son fils d’accepter un emploi rémunérateur en Ukraine pendant que son père était vice-président des États-Unis, Joe Biden s’est contenté de faire référence à une déclaration faite par Hunter dans une entrevue diffusée hier matin sur ABC. Son fils a affirmé qu’il avait commis une « erreur de jugement » en acceptant de siéger au conseil de Burisma.

Je vais laisser la déclaration de mon fils parler d’elle-même.

Joe Biden

Après les premières salves visant Donald Trump, Elizabeth Warren a essuyé les critiques nourries des candidats démocrates les plus modérés, dont Pete Buttigieg et Amy Klobuchar. Ces derniers l’ont attaquée sur deux de ses principales propositions : la création d’un système de santé à payeur unique et l’instauration d’une taxe sur la fortune.

Le maire de South Bend et la sénatrice du Minnesota ont tous les deux reproché à la sénatrice du Massachusetts de ne pas admettre qu’un système de santé à payeur unique nécessiterait une hausse des impôts de la classe moyenne.

« Mme Warren doit au peuple américain de lui dire où nous enverrons la facture », a déclaré Amy Klobuchar.

Elizabeth Warren n’a pas dérogé à la ligne qu’elle emploie sur cette question depuis des mois. « Je ne signerai pas de projet de loi qui n’entraînera pas une baisse des coûts pour les familles de la classe moyenne », a-t-elle dit.

Remarque qui a incité Bernie Sanders à rejouer la carte de la franchise qui est la sienne. « Je pense qu’il est approprié de reconnaître que les impôts augmenteront », a-t-il dit.

« Du sang sur les mains »

Il s’agissait d’un retour sous les projecteurs pour le sénateur du Vermont. Victime d’un infarctus du myocarde le 1er octobre dernier, le doyen des candidats à la présidence a défendu ses propositions sur la santé ou sur l’économie avec la fougue de ses beaux jours. Il a cependant dû répondre à une question sur sa capacité de faire campagne à 78 ans après avoir subi une crise cardiaque.

« Nous allons mener une campagne vigoureuse d’un bout à l’autre du pays. C’est la façon dont nous allons rassurer le peuple américain », a-t-il dit.

Joe Biden et Elizabeth Warren ont également eu à répondre à des questions sur leur âge.

« Je connais le job, a dit l’ancien vice-président. Nous avons besoin d’une personne à la présidence qui commande le respect des dirigeants mondiaux et qui sait exactement ce qui doit être fait pour remettre ce pays sur les rails. »

Douze candidats s’étaient qualifiés pour ce débat, un record pour un événement du genre. Ils se sont tous entendus pour condamner la décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie. Cette décision a donné le champ libre à la Turquie pour attaquer les Kurdes, alliés des États-Unis dans la lutte contre le groupe État islamique.

« C’est la chose la plus honteuse qu’un président ait faite dans l’histoire moderne en matière de politique étrangère », a déclaré Joe Biden.

« Donald Trump a du sang sur les mains », a déclaré de son côté la représentante Tulsi Gabbard, alors que Pete Buttigieg a déploré « le début d’un génocide et la résurgence [du groupe] État islamique ».