(Washington) Un chantre de « la paix par la force » pour succéder au faucon va-t-en-guerre John Bolton : Donald Trump a choisi mercredi son envoyé spécial pour la libération des otages Robert O’Brien pour le poste stratégique de conseiller à la sécurité nationale, en pleine crise avec l’Iran.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

« Je suis heureux d’annoncer que je vais nommer Robert C. O’Brien, qui a remporté de nombreux succès en tant qu’envoyé spécial présidentiel pour la libération des otages au département d’État, comme nouveau conseiller à la sécurité nationale. J’ai travaillé longuement et durement avec Robert. Il fera du bon boulot ! », a tweeté le président des États-Unis.

« Je pense qu’il est fantastique », s’était-il déjà enthousiasmé la veille en plaçant l’avocat et diplomate, inconnu du public, parmi les favoris pour ce poste-clé de la Maison-Blanche.

Signe de la difficulté de cette fonction, il sera le quatrième « National Security Advisor » de l’ère Trump.

« Mettez-vous à la place d’un gouvernement étranger qui doit bâtir une relation avec le quatrième NSA en moins de trois ans, tout en sachant que cette personne risque de ne même pas rester pour une année entière », a ironisé Ben Rhodes, conseiller de l’ex-président démocrate Barack Obama, pour fustiger cette instabilité.

John Bolton, aussi connu pour sa célèbre moustache que pour sa réputation de va-t-en-guerre, a été limogé le 10 septembre par le milliardaire républicain qui a évoqué ses nombreux désaccords avec lui sur les dossiers les plus brûlants.

Le bouillonnant conseiller voyait d’un mauvais œil la volonté de l’imprévisible président de dialoguer avec les ennemis des États-Unis, qu’il s’agisse de l’Iranien Hassan Rohani, du Nord-Coréen Kim Jong-un ou des talibans afghans.

John Bolton s’était aussi mis à dos le secrétaire d’État Mike Pompeo, qui s’est affirmé comme l’homme fort de la diplomatie américaine sous Donald Trump. Consulté par le président pour le choix du nouveau conseiller, Mike Pompeo voit promu un de ses candidats, avec lequel il a travaillé au département d’État.

Admirateur de Reagan

Robert O’Brien n’est pour autant pas une colombe – il a même travaillé avec John Bolton lorsqu’il était ambassadeur à l’ONU –, mais sa vision conservatrice de la politique étrangère s’annonce plus compatible avec celle de Donald Trump.

Le sénateur Mitt Romney, que le nouveau conseiller avait assisté dans sa campagne présidentielle en 2012 et qui se montre volontiers critique à l’égard de l’actuel locataire de la Maison-Blanche, a également salué la nomination de cet « homme de la plus grande intégrité ».

Et dès 2016, dans la préface du livre de Robert O’Brien « While America Slept » (Pendant que l’Amérique dormait), l’influent chroniqueur conservateur Hugh Hewitt lui prédisait un avenir comme conseiller à la sécurité nationale.

Dans ces pages, avant la victoire-surprise de Donald Trump, le diplomate pourfendait la politique étrangère de Barack Obama, et notamment l’accord sur le nucléaire iranien finalement déchiré par le milliardaire républicain. En leur tendant la main, accusait-il, le président démocrate a « enhardi » les « autocrates, les tyrans et les terroristes ».

Et il citait un de ses « héros », Ronald Reagan : « Nous maintenons la paix par notre force ; la faiblesse n’incite qu’à l’agression ». « Face aux nouveaux défis mondiaux, il est temps de revenir à une politique de sécurité nationale fondée sur la paix par la force », plaidait-il, anticipant ce qu’allait devenir la doctrine officielle de Donald Trump.

Ce dernier a appris à connaître Robert O’Brien plus récemment. L’administration Trump se targue d’excellents résultats dans la libération d’otages ou de prisonniers dont la détention à l’étranger est considérée par Washington comme injuste ou politiquement motivée. Elle a notamment obtenu le retour aux États-Unis de plusieurs Américains détenus en Corée du Nord, ainsi que du pasteur Andrew Brunson relâché par la Turquie au terme d’une grave crise diplomatique.

Donald Trump avait aussi créé la surprise en juillet en dépêchant Robert O’Brien, pourtant chargé des otages, au procès pour violences en Suède, pays allié et démocratique, du rappeur américain A$AP Rocky. Le président américain avait accusé Stockholm de mépriser le sort des Noirs américains.