Photos érotiques envoyées à des employés, fête dans des boîtes de nuit, accusations de népotisme… Le plus important allié évangélique de Donald Trump, Jerry Falwell Jr., est éclaboussé par des scandales de mœurs. Les révélations sur son style de vie pourraient-elles nuire à son influence auprès de cet important groupe soutenant le président ?

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Au soir du 19 juillet 2014, le DJ suédois John Dahlbäck déversait ses rythmes house au Wall Lounge, boîte de nuit de Miami. Parmi les centaines de fêtards se trouvaient Jerry Falwell Jr., sa femme Becki Falwell et des membres de leur famille.

Les images de la soirée arrosée, révélées par Politico, sont problématiques pour Falwell : l’un des principaux leaders de la communauté évangélique blanche aux États-Unis, Jerry Falwell Jr. dirige la Liberty University, un établissement conservateur qui interdit à ses étudiants de danser. L’Université interdit aussi l’usage d’alcool – une faute passible de renvoi.

« Il n’existe aucune photo de moi au Wall, où à quelque autre boîte de nuit », a réagi M. Falwell, avant que le site ne lui révèle qu’il possédait les photos en question. Appelé à commenter par la suite, il a dit que les photos avaient « sûrement été altérées dans Photoshop ».

L’épisode du Wall est pourtant loin d’être le plus embarrassant des scandales déterrés par la presse au sujet de Jerry Falwell Jr., qui, selon des collègues, aime discuter avec des cadres de l’Université de ses exploits sexuels.

« Des officiels de longue date me disent que le président [Falwell] leur a montré ou envoyé par texto des photos de sa femme dans des positions provocantes et sexuellement chargées », écrit le journaliste Brandon Ambrosino, lui-même ancien étudiant de la Liberty University.

Le site rapporte aussi que Jerry Falwell Jr. « entretient un règne de la peur » à l’Université et l’accuse de « diriger les ressources de l’Université dans des projets immobiliers qui profitent financièrement à ses amis et à des membres de sa famille ».

Au lendemain de la publication du reportage, M. Falwell a nié en bloc, accusant les « médias progressistes » d’attaquer son image et d’essayer de « fomenter un putsch à la direction de l’Université ».

Des conséquences ?

La question est de savoir si ces révélations affecteront la popularité et la carrière du plus important leader évangélique américain blanc, le premier à avoir appuyé la candidature de Donald Trump, et qui a été nommé par le président à la tête d’un groupe de travail visant à réformer l’éducation supérieure aux États-Unis.

Brian Carwana, directeur de l’Encounter World Religions Centre et étudiant au doctorat en religion et politique à l’Université de Toronto, croit que les scandales n’auront pas d’impact sur la carrière de Jerry Falwell Jr., le fils de feu Jerry Falwell Sr., qui a fondé l’université conservatrice dans les années 70 et qui était proche de Ronald Reagan.

« C’est sûr que des personnes vont froncer les sourcils en prenant connaissance des scandales, mais la plupart n’y feront pas attention », dit M. Carwana.

Une bonne partie des évangéliques blancs aux États-Unis sont complètement investis dans ce qu’ils appellent une “guerre culturelle”. Donc, la seule chose qui a de l’importance, c’est si vous êtes dans leur équipe ou dans l’équipe adverse.

Brian Carwana, directeur de l’Encounter World Religions Centre

John Fea, auteur et professeur d’histoire des États-Unis au Messiah College, en Pennsylvanie, croit que non seulement ces scandales ne nuiront pas à Jerry Falwell Jr., mais qu’ils pourraient même le rendre plus populaire.

« Jerry Falwell est l’un de ceux qui flattent le plus Trump et sont dans ses bonnes grâces, dit-il en entrevue. Pour une personne qui cherche à étudier dans une université qui va combattre les progressistes, combattre les gauchistes, les féministes, la Liberty University reste un des meilleurs endroits, et je ne pense pas que ça va changer. »

M. Fea note que 81 % des évangéliques américains blancs ont voté pour Trump aux dernières élections.

« Pour eux, la pire chose qui pourrait se produire, c’est qu’un démocrate soit élu à la présidence des États-Unis, dit-il. Ils sont fermement dans le camp de Trump, et ils vont y rester, coûte que coûte. »