Donald Trump envisage d’interdire les cigarettes électroniques aromatisées, pour endiguer l’« épidémie » de vapotage chez les jeunes. C’est une demande de plusieurs groupes antitabac ici, et les autorités canadiennes y réfléchissent. Nos explications.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Épidémie

Après un mois de manchettes sur une mystérieuse épidémie de pneumonie liée au vapotage, Donald Trump a frappé un grand coup hier : les cigarettes électroniques aromatisées seront bannies sous peu aux États-Unis, pour protéger les « enfants innocents ». Le secrétaire à la Santé, Alex Azar, qui accompagnait le président Trump hier lors de l’annonce, a déclaré que la Food and Drug Administration (FDA) planchait déjà sur un règlement à cet effet. M. Azar a cité un rapport de décembre dernier du médecin en chef (surgeon general) des États-Unis concluant qu’une « épidémie » de vapotage frappait la jeunesse. Les centres de contrôle des maladies (CDC) recensent 450 cas de pneumonies graves liées au vapotage, souvent chez des jeunes ayant utilisé des vapoteuses avec du cannabis, qui ont fait six morts. Plus tôt en septembre, le Michigan a été le premier État à bannir les cigarettes électroniques aromatisées. « L’option aromatisée semble être l’un des facteurs-clés de l’attrait des cigarettes électroniques pour les jeunes », a déclaré en entrevue avec La Presse Suchitra Krishnan-Sarin, psychiatre de l’Université Yale qui a publié plusieurs études sur le vapotage chez les jeunes.

Au Canada

Les cigarettes électroniques ont été légalisées en 2018 au Canada, et les arômes attirants pour la jeunesse sont prohibés. Mais Santé Canada n’a pas formalisé les règles sur les cigarettes électroniques aromatisées. Dans deux rapports remis à Santé Canada cette année, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) notait que ces arômes pouvaient rendre moins rebutant le goût des cigarettes électroniques pour les jeunes. Hier, l’INSPQ ne donnait pas d’entrevues sur la question. « Nous avons besoin de réfléchir à notre positionnement sur le vapotage en lien avec l’actualité », a déclaré Annie Montreuil, conseillère scientifique et coauteure des deux rapports de l’INSPQ.

Dépanneurs

« Aux États-Unis, des compagnies comme Juul ont retiré leurs produits aromatisés des dépanneurs, mais ils y sont toujours vendus ici », note Flory Doucas, de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. « C’est un point d’accès très important pour les jeunes. Et il n’y a aucune information sur l’effet sur la santé des arômes. L’interdiction des arômes pour les cigarettes électroniques contenant du tabac faisait partie de notre mémoire à Santé Canada. »

En chiffres 

• 9,3 % 
Proportion des adolescents canadiens qui vapotent au moins une fois par mois 

• 16,2 % 
Proportion des adolescents américains qui vapotent au moins une fois par mois 

• 15,5 % 
Proportion des adolescents canadiens qui fument au moins une fois par mois 

• 12,2 % 
Proportion des adolescents américains qui fument au moins une fois par mois

Source : British Medical Journal