(Manille) Le propriétaire du forum internet 8chan, sur lequel l’auteur de la fusillade d’El Paso au Texas avait publié un « manifeste » raciste, a invoqué la liberté d’expression pour dénoncer la mise hors ligne du forum, une décision selon lui « lâche » et « inquiétante ».

Agence France-Presse

Dans une vidéo publiée mardi sur YouTube, Jim Watkins, un Américain basé aux Philippines, condamne la tragédie des deux tueries perpétrées ce week-end aux États-Unis qui ont fait 22 morts à El Paso et neuf autres à Dayton, et assure que 8chan n’a violé aucune loi.

Mais il passe l’essentiel des 7 minutes et demie que dure la vidéo à dénoncer la fermeture de son forum.

«C’est en fait un comportement inquiétant», déclare M. Watkins. «Nous sommes une des dernières entreprises indépendantes qui proposent un endroit où vous pouvez écrire vos pensées sans avoir à vous inquiéter sur le fait de savoir si elles sont blessantes pour tel ou tel groupe.»

Matthew Prince, le patron de la société Cloudflare qui a mis fin dimanche à son contrat de services avec 8chan, a qualifié le forum d'«égout rempli de haine».

Depuis, 8chan demeure hors ligne, car un site où il s’était réfugié a également été privé de services par un autre fournisseur, explique M. Watkins affirmant que la décision de Cloudflare créait pour lui un gros préjudice.

«Il est malheureux que cet espace où la parole est libre soit temporairement inaccessible», ajoute-t-il. «Nous travaillons à rétablir les services.»

Pour M. Watkins, les mesures visant 8chan s’inscrivent dans un processus de «consolidation du pouvoir» de quelques groupes à l’instar de ce qu’ont connu télévisions et radios. «Cela aura pour effet de faire taire les masses et de les priver de tout espace où exprimer leurs messages», assure-t-il.

Peu avant la fusillade meurtrière d’El Paso samedi, le tireur, Patrick Crusius, a publié sur 8chan un «manifeste» raciste évoquant une «invasion hispanique» du Texas. Il faisait également l’éloge du massacre en mars de 51 personnes dans deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande, dont l’auteur avait fait part de ses intentions sur 8chan.

REUTERS

Frederick Brennan

Le fondateur de 8chan, Frederick Brennan, qui a rompu tous ses liens avec le site, a plaidé dimanche pour sa fermeture. «Dès que j’entends parler d’une tuerie de masse, je me dis “d’accord, nous devons chercher s’il y a un lien avec 8chan”», a-t-il déclaré au New Tork Times. «Fermez le site», a-t-il ajouté.