(NEW YORK) Cinq jours avant ses tweets racistes visant quatre élues de couleur, Donald Trump a prononcé à la Maison-Blanche l’un des discours les plus étonnants, voire orwelliens, de sa présidence, vantant le « leadership » des États-Unis en matière d’environnement.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Depuis le début, mon administration a pour priorité d’assurer que l’Amérique dispose de l’air le plus pur et de l’eau la plus propre de la planète », a déclaré le fossoyeur des lois environnementales de Barack Obama.

Deux jours avant les attaques de Donald Trump contre la « brigade » démocrate, Lara Trump et Kim Guilfoyle, conjointes des fils adultes du président, ont participé en Pennsylvanie au lancement d’un groupe appelé « Women for Trump » et destiné à s’étendre à d’autres États clés de l’échiquier électoral.

« Nous sommes à un tournant dans l’histoire de notre pays », a déclaré l’épouse d’Eric Trump, encourageant les centaines de femmes présentes à parler politique avec leurs voisines ou leurs amies afin de les convaincre de voter en 2020 pour celui qui a été accusé récemment de viol par une journaliste bien connue.

Les deux activités s’inscrivaient dans une stratégie reflétant le caractère exceptionnel de la présidence de Donald Trump. Une majorité d’Américains sont satisfaits de sa gestion de l’économie. Avec un taux de chômage inférieur à 4 % et une croissance économique qui fait l’envie du monde industrialisé, l’occupant de la Maison-Blanche devrait voguer vers une réélection facile.

En zone dangereuse

Or, la performance générale du président à la Maison-Blanche lui vaut seulement 45 % d’opinions favorables selon la moyenne des sondages compilés par le site RealClearPolitics (ou 42,7 % selon la moyenne du site FiveThirtyEight). C’est une zone dangereuse. 

Depuis 1952, tous les présidents qui ont tenté de se faire réélire avec moins de 50 % d’appuis dans les sondages – Gerald Ford, Jimmy Carter et George Bush père – ont perdu.

En raison des particularités du Collège électoral et de la démographie de certains États clés, dont la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, Donald Trump pourrait faire exception à cette règle en 2020. Mais, pour y parvenir, il doit quand même augmenter d’au moins 2 ou 3 points de pourcentage son taux d’opinions favorables.

D’où la stratégie que le directeur de la campagne de réélection de Donald Trump, Brad Parscale, avait commencé à mettre en place avant les tweets racistes du président. Il s’agit d’une stratégie qui s’adresse aux électeurs satisfaits du bilan économique du chef de la Maison-Blanche mais indisposés par divers aspects de sa performance ou de sa personnalité.

Les femmes et les milléniaux sont particulièrement bien représentés dans ce groupe qui se soucie notamment de l’environnement.

Malheureusement pour Brad Parscale, ils sont aussi susceptibles d’être gênés ou indignés par les tweets de Donald Trump invitant quatre élues américaines, dont trois sont nées aux États-Unis, à « rentrer » dans leur pays. Et ils sont aussi susceptibles d’être déçus ou consternés par le slogan « Renvoyez-la ! » adopté par des partisans de Donald Trump à propos de la représentante démocrate du Minnesota Ilhan Omar, une ancienne réfugiée de Somalie.

PHOTO J. SCOTT APPLEWHITE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

De gauche à droite : les représentantes démocrates Rashida Tlaib (Michigan), llhan Omar (Minnesota), Alexandria Ocasio-Cortez (État de New York) et Ayanna Pressley (Massachusetts). Les quatre élues ont été visées la semaine dernière par des tweets à caractère xénophobes du président Donald Trump.

« Je suis mon propre stratège »

Brad Parscale doit éprouver un sentiment de déjà-vu. Lors de la campagne pour les élections de mi-mandat de 2018, il avait tenté de limiter l’hémorragie des électrices républicaines ou indépendantes de la banlieue en diffusant des pubs qui mettaient en scène des femmes se réjouissant de l’amélioration de l’économie.

Or, à la même époque, Donald Trump tempêtait contre les « caravanes » de migrants qui s’apprêtaient, selon ses dires, à franchir la frontière entre les États-Unis et le Mexique comme une armée d’envahisseurs.

Ce message répété jusqu’à plus soif avait contribué à pousser les électrices de la banlieue vers les candidats démocrates à la Chambre des représentants, où le Parti républicain allait perdre 40 sièges et la majorité.

Le scrutin présidentiel de 2020 est encore loin, mais les tweets de Donald Trump et le slogan de ses partisans ne seront pas oubliés, n’en déplaise à Brad Parscale.

Ces tweets s’inscriront à jamais dans la trame d’une présidence marquée par la question raciale, au même titre que cette phrase prononcée après les violences de Charlottesville : « Il y a de bonnes personnes des deux côtés. »

Et ils donnent à penser que Donald Trump continuera à frustrer son stratège, même s’il peut parfois se plier à ses conseils en lisant sans trop de conviction un discours sur l’environnement ou un autre sujet rassembleur. Il a peut-être déjà conclu qu’il est trop tard pour essayer de gagner à sa cause ces femmes ou ces milléniaux qui doutent de lui. Et il n’a peut-être pas tort sur ce point.

Le président républicain serait donc prêt à jouer son va-tout en misant sur la classe ouvrière blanche, dont la forte mobilisation sera de nouveau essentielle à son succès dans les États clés qui lui ont permis de remporter la présidence en 2016 : la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin.

Et tant pis si cette mobilisation repose sur l’exploitation des fractures raciales ou ethniques de son pays.

« Je suis mon propre stratège », disait Donald Trump après avoir congédié Steve Bannon, son ancien stratège et conseiller.

À ce titre, le président pourrait imiter un autre stratège, James Carville, qui avait résumé par une formule lapidaire inscrite sur un tableau l’un des principaux messages de la campagne présidentielle de Bill Clinton en 1992 : « L’économie, idiot » (The economy, stupid).

Le message de Donald Trump pourrait certes être le même en 2020, mais il semble en avoir choisi un autre : « Le racisme, idiot. »

Trump repart à l’attaque contre quatre élues issues de minorités

Donald Trump a persisté hier dans ses violentes attaques contre quatre élues démocrates du Congrès issues de minorités, alimentant une bataille verbale qu’il entretient depuis une semaine malgré les vives critiques qu’elle suscite, y compris dans le camp républicain. « Je ne crois pas que les quatre élues du Congrès soient capables d’aimer notre pays », a déclaré le président américain dans un tweet matinal. « Elles devraient présenter leurs excuses à l’Amérique (et à Israël) pour les horribles (et haineuses) choses qu’elles ont dites », a-t-il ajouté. « Elles détruisent le Parti démocrate, mais elles sont des personnes faibles et instables qui ne peuvent en aucun cas détruire notre grande nation ! » Depuis une semaine, Donald Trump est sous le feu des critiques pour avoir appelé, à plusieurs reprises, ces femmes à « rentrer » dans les pays d’où « elles viennent » – alors même que trois d’entre elles sont nées aux États-Unis. — Agence France-Presse