(New York) Le narcotrafiquant mexicain Joaquin Guzman, alias «El Chapo», a été condamné mercredi par un juge de New York à la prison à vie, symboliquement assortie de 30 années de détention supplémentaires.

Laura BONILLA CAL
Agence France-Presse

Les avocats du narcotrafiquant le plus puissant depuis la fin du règne du Colombien Pablo Escobar, en 1993, ont déjà annoncé qu’ils feraient appel de cette condamnation.

AP

El Chapo lors de son arrestation au Mexique en février 2014.

Les chefs dont a été reconnu coupable El Chapo le 12 février, à l’issue d’un procès de trois mois, imposaient, au minimum, la prison à vie.

Le juge fédéral Brian Cogan a choisi de l’assortir de 30 années de prison supplémentaires pour utilisation d’armes automatiques, suivant ainsi les réquisitions du procureur.

Considéré comme le narcotrafiquant le plus puissant au monde, Joaquin Guzman a acheminé aux États-Unis au moins 1200 tonnes de cocaïne sur un quart de siècle. Malgré son arrestation, l’organisation continue d’acheminer la majorité de la drogue qui entre aux États-Unis.

Durant le procès, l’accusation a montré que le Mexicain avait ordonné l’assassinat ou mis lui-même à mort au moins 26 personnes, parfois après les avoir torturées. Il s’agissait d’informateurs, trafiquants issus d’organisations rivales, policiers, collaborateurs voire même des membres de sa propre famille.

AFP

La cour fédérale de Brooklyn à New York, mercredi matin.

Avant de connaître sa peine, mercredi, Joaquin Guzman s’est exprimé oralement pour la première fois depuis son extradition aux États-Unis, en janvier 2017.

À l’audience, celui qui avait fait repousser sa célèbre moustache pour l’occasion a affirmé avoir été privé d’un procès équitable. «Justice n’a pas été rendue», a dit l'homme de 62 ans, qui a bâti, en 30 ans, le cartel le plus puissant du Mexique.

«Les États-Unis ne valent pas mieux que tous les autres pays que vous ne respectez pas», a-t-il martelé.

S’exprimant en espagnol, il a dénoncé ses conditions de détention, affirmant avoir été «torturé physiquement, psychologiquement et mentalement 24 heures par jour».

Avant que le juge ne prononce la peine, l’ancienne assistante d’un collaborateur d’El Chapo, Alex Cifuentes, avait raconté que Joaquin Guzman avait offert un million de dollars pour sa tête.

«Je suis un miracle divin parce que M. Guzman a essayé de me tuer», a expliqué Andrea Fernandez Velez, qui a pleuré tout au long de son témoignage.

Alex Cifuentes, à la gauche d'El Chapo.

Selon elle, El Chapo aurait offert un million de dollars aux Hells Angels, dont certaines sections auraient des liens avec le crime organisé.

Où est l’argent?

Les trois mois d’audience du procès ont permis de brosser le tableau le plus détaillé à ce jour de l’organisation du cartel de Sinaloa et de l’existence aussi terrifiante que rocambolesque de Joaquin Guzman.

Mercredi, le juge a aussi ordonné la saisie de 12,6 milliards de dollars, ce qui correspond, selon le procureur, aux gains tirés du trafic de drogue. À ce jour, la justice américaine n’en a pas vu le moindre sou.

Selon l’enquête, plusieurs centaines de millions de dollars auraient pourtant transité par le système bancaire et El Chapo aurait également investi dans une compagnie d’assurance située aux États-Unis.

«C’était une peine inévitable», a réagi l’avocat de Joaquin Guzman, Jeffrey Lichtman, à la sortie de l’audience. «Ce dossier revenait simplement à de l’inquisition. C’était un spectacle».  

L’avocat a de nouveau souligné que de nombreux témoins du procès avaient obtenu la protection des autorités américaines alors qu’ils étaient eux-mêmes de dangereux anciens trafiquants.  

AFP

Joaquin Guzman devrait purger sa peine à l’Administrative Maximum Facility.

«Cette peine est significative et bien méritée», a commenté le procureur fédéral de Brooklyn, Richard Donoghue. «C’est la seule peine qui pouvait être prononcée pour quelqu’un qui a passé sa vie à empoisonner les rues de notre pays», a ajouté la procureure fédérale de Miami, Ariana Fajardo Orshan.

«Nous voulons que ce dossier serve d’avertissement», a dit Mike Driscoll, en charge du bureau de New York du FBI, le message étant que les autorités américaines sont prêtes à tout mettre en œuvre «pour poursuivre les chefs de ces cartels et leur faire payer les dégâts qu’ils font dans notre pays tous les jours.»

Joaquin Guzman devrait purger sa peine à l’Administrative Maximum Facility, considéré comme l’établissement le plus sûr du pays, situé au milieu de nulle part, à Florence, dans le Colorado.

Avant de quitter la salle d’audience, Joaquin Guzman a fait un geste pour envoyer un baiser à son épouse Emma, qui était dans la salle d’audience.  

Elle n’est pas autorisée à lui rendre visite en détention, pas plus que les jumelles du couple.