(Washington) Donald Trump s’est défendu mardi de tout racisme après ses violents tweets visant quatre élues démocrates issues de minorités, qui ont poussé le Congrès à monter au créneau.

Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse

Une motion condamnant les propos présidentiels devait être soumise dans la soirée à un vote à la Chambre des représentants où les démocrates sont majoritaires.

« Chaque membre de cette institution, qu’il soit démocrate ou républicain, devrait se joindre à nous pour condamner les tweets racistes du président », a lancé Nancy Pelosi, cheffe des démocrates. « Ne pas le faire serait rejeter nos valeurs », a-t-elle ajouté.

Quelques heures plus tôt, le tempétueux locataire de la Maison-Blanche avait appelé les élus de son parti à ne pas tomber dans le « piège » tendu selon lui par ses adversaires.

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De gauche à droite: Rashida Tlaib, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Alexandria Ocasio-Cortez.

« Ces tweets n’étaient PAS racistes. Il n’y a pas une once de racisme en moi ! », a-t-il martelé, évoquant ses attaques visant Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan).

Fidèle à sa stratégie consistant à alimenter les controverses qu’il a lui-même créées, le milliardaire républicain a pris soin de répéter son message de la veille : « Notre pays est libre, magnifique et prospère. Si vous détestez notre pays, ou si vous n’êtes pas heureux ici, vous pouvez partir ! »

A l’approche de la présidentielle de novembre 2020, il semble plus déterminé que jamais à galvaniser sa base électorale – très majoritairement blanche – et à tout faire pour alimenter les divisions chez ses adversaires politiques.

Prudence vis-à-vis de Trump

M. Trump sait qu’il peut compter sur le soutien des ténors démocrates du Congrès.

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Mitch McConnell a répondu aux questions de journalistes sur les tweets racistes de Donald Trump mardi au Capitole.

Car si ici et là des élus du « Grand Old Party » ont dénoncé les tweets présidentiels, ils sont dans l’ensemble très prudents dans leurs critiques envers celui qui sera – sauf énorme surprise – leur candidat en 2020.

Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, s’en est tenu à une déclaration très générale. « Nous avons tous une responsabilité […], nos mots sont importants », a-t-il simplement affirmé, avant d’ajouter, en réponse à une question, que le président n’était, à ses yeux, « pas un raciste ».

Pour Kevin McCarthy, chef de la minorité républicaine à la Chambre, toute la polémique « n’est qu’une histoire politique ».

Après avoir conseillé dimanche aux quatre élues de « retourner » dans « ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent », M. Trump a intensifié lundi ses attaques, les accusant de « haïr » l’Amérique.  

Les quatre femmes visées, dont trois sont nées aux États-Unis, ont répliqué ensemble lundi soir, affichant leur détermination à ne pas céder face aux attaques venues de la Maison-Blanche.

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Rashida Tlaib

Donald Trump « ne sait plus comment défendre sa politique, donc il nous attaque personnellement », a lancé Rashida Tlaib. Ses attaques « sont dans la continuité de sa partition raciste et xénophobe », a-t-elle ajouté.

Déclarations « ignobles et insultantes »

Pour l’ancien sénateur républicain de l’Arizona Jeff Flake, qui a eu nombre de prises de bec avec le locataire de la Maison-Blanche, le silence des membres de son parti ne peut, dans un cas pareil, se justifier.

« J’ai souvent dit qu’on ne pouvait attendre des élus républicains qu’ils répondent à toutes les déclarations du président. Mais il y des moments où elles sont si ignobles et insultantes qu’il leur appartient de les condamner », a-t-il tweeté.

Chuck Schumer, chef des sénateurs démocrates, a une nouvelle fois déploré le silence dans les rangs du parti présidentiel.

« C’est effrayant de constater à quel point, de manière répétée, nombre de mes collègues républicains laissent juste passer l’orage sans dire le moindre mot »,  a-t-il lancé. Et de s’interroger si ce silence traduit un « accord » avec le président ou de la « gêne » face à ses propos. « Dans les deux cas, c’est inexcusable », estime-t-il.

Pour Joe Biden, vice-président sous Barack Obama et candidat à l’investiture démocrate pour 2020, aucun président dans l’histoire américaine « n’a été aussi ouvertement raciste que cet homme ».

« Pouvez-vous imaginer un président conservateur comme George W. Bush faire des telles déclarations racistes ? », a de son côté lancé Bernie Sanders, qui espère lui aussi porter les couleurs démocrates lors de la prochaine présidentielle.