(Washington) Le président Trump pourrait avoir beaucoup de mal à mettre à exécution sa menace d’expulser des millions de personnes vivant illégalement aux États-Unis. Mais peut-être que ce n’était pas son objectif.

Colleen Long, Jill Colvin et Elliot Spagat
Associated Press

Les messages sur Twitter de Donald Trump, tard lundi, promettaient qu’à partir de la semaine prochaine, son administration entamerait le processus de renvoi de millions d’étrangers en situation irrégulière aux États-Unis. «Ils seront renvoyés aussi rapidement qu’ils arrivent», a ajouté le président.

Cette déclaration était susceptible d’exciter sa base politique au moment même où il lançait officiellement sa campagne à sa réélection pour 2020, mardi soir. Elle peut aussi semer la peur chez les immigrants aux États-Unis en situation irrégulière — et pourrait dissuader d’autres personnes de venir.

AFP

Donald Trump a officiellement lancé sa campagne pour sa réélection mardi soir à Orlando.

Mais il y a un coût à une telle sortie du président.

M. Trump a exposé de manière flagrante une opération à venir des forces de l’ordre, mettant potentiellement en péril le genre d’effort délicat dont la planification nécessite des mois et qui repose sur le secret. Les tweets du président imposent de nouvelles exigences à l’agence de police douanière et de contrôle des frontières (ICE), qui est déjà dépassée par le manque de personnel, de fonds et d’espace de détention pour ses présentes opérations. Et toute rafle massive incluant l’expulsion de familles ne manquerait pas de susciter l’indignation.

Ces messages sur Twitter semblent indiquer que le début de la campagne de réélection de Donald Trump aura probablement beaucoup de points communs avec son annonce de 2016. Il accusait à ce moment le Mexique d’envoyer des violeurs aux États-Unis et s’était engagé à construire un mur et à le faire payer par le Mexique. Le discours a été largement dénoncé, mais le message anti-immigration a touché une corde sensible chez de nombreux Américains et a finalement contribué à mener Donald Trump à la victoire.

Mais son ferme discours n’a pas entraîné de baisse du nombre de passages aux frontières depuis son entrée en fonction. Le flux de migrants d’Amérique centrale s’est considérablement accru sous son administration. Le président a récemment laissé tomber une menace de tarifs punitifs contre le Mexique après que le pays eut accepté d’intensifier ses efforts en matière de contrôle de l’immigration.

Les «millions» évoqués sur Twitter font référence à plus d’un million de personnes aux États-Unis avec des ordonnances d’expulsion définitives, ce qui signifie qu’un juge a déterminé qu’elles devaient être expulsées, selon un responsable de l’administration Trump qui a requis l’anonymat.

Le Pew Research Center a estimé qu’il y avait environ 10,5 millions de personnes en situation irrégulière aux États-Unis, les résidants de longue date surpassant les nouveaux venus. Le record pour les déportations dans une année entière est de 419 384 en 2012, sous l’administration Obama.