(Washington) Alimenté par l’explosive affaire russe, le duel entre le président Trump et les démocrates s’est nettement tendu lundi avec la perspective d’une rare procédure pour entrave aux prérogatives du Congrès menaçant le procureur général des États-Unis, Bill Barr.     

Elodie CUZIN
Agence France-Presse

Au cœur du bras de fer: le rapport du procureur spécial Robert Mueller au terme de son enquête tentaculaire sur les ingérences russes dans la présidentielle de 2016, et les soupçons de collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et Moscou.  

Une version expurgée de certaines données sensibles a été publiée le 18 avril, sur laquelle s’est appuyée Donald Trump pour se déclarer totalement exonéré.  

AP

Des pages caviardées du rapport Mueller.

Estimant au contraire que cette version présentait déjà «des indices et analyses troublants montrant que le président (Donald) Trump avait entravé la justice», les démocrates, forts de leur majorité à la Chambre des représentants, réclamaient au procureur général qu’il leur transmette une version complète d’ici lundi matin.

Le Congrès «est la seule institution capable d’engager la responsabilité du président», notamment avec une éventuelle procédure de destitution contre Donald Trump si le rapport complet le justifiait, ont expliqué les démocrates de la Chambre.  

Mais le département de la Justice n’a pas donné suite dans les délais requis, rappelant qu’il avait mis à disposition de certains parlementaires habilités une version moins expurgée, que les démocrates ont jusqu’ici refusé de consulter.  

«Guerre par procuration»

En réaction, l’opposition démocrate a annoncé l’ouverture d’une procédure rarissime contre Bill Barr, pour entrave aux prérogatives d’enquête du Congrès («contempt of Congress»).

Contrôlée par les démocrates, la puissante commission judiciaire de la chambre basse se réunira à 10h mercredi pour débattre puis voter la défiance contre Bill Barr en l’accusant d’entrave. Un vote en séance plénière devrait suivre, à une date non déterminée.  

Le président démocrate de la commission, Jerry Nadler, s’est toutefois réservé le droit de repousser cette procédure si le département leur permettait finalement de consulter le rapport complet.  

«Nous avons été déçus que la commission» annonce cette initiative dès lundi matin, a réagi le département de la Justice.  

Ce dernier invite dans cette même lettre les hauts responsables de la commission à une réunion mercredi après-midi, afin de «négocier un arrangement qui réponde aux intérêts légitimes», aussi bien de l’administration Trump que du Congrès.  

Soit après le début de la réunion prévue pour lancer la procédure d’entrave aux prérogatives d’enquête du Congrès.

REUTERS

Eric Holder

Cette procédure très rare avait été appliquée en 2012 contre le procureur général sous Barack Obama, Eric Holder.  

Il s’agit d’une inculpation sur laquelle il revient ensuite au système judiciaire d’enquêter, ce qui n’avais pas eu lieu dans le cas de M. Holder.  

Bill Barr pourrait risquer une amende, voire une peine d’emprisonnement cependant très improbable.  

«Les démocrates ont lancé une guerre par procuration en diffamant le procureur général, alors que leur colère vise en fait le président et le procureur spécial, qui n’a trouvé de preuves ni de collusion, ni d’entrave», a accusé le numéro deux républicain de la commission judiciaire, Doug Collins.  

Lettre de 400 ex-procureurs

Après 22 mois d’enquête, Robert Mueller a exonéré Donald Trump des soupçons de collusion avec Moscou.

Dans son rapport de près de 450 pages, il a toutefois détaillé une dizaine de pressions troublantes exercées par le président sur son enquête, laissant au procureur général le choix sur les suites à donner.  

Bill Barr a ensuite décidé de ne pas ouvrir de poursuites contre Donald Trump.   

Dans une lettre ouverte, plus de 400 ex-procureurs fédéraux ont jugé lundi que Donald Trump pourrait être poursuivi pour «entrave à la justice» sur la base des éléments fournis par le rapport... s’il n’était pas protégé par sa fonction présidentielle.  

Si les chefs démocrates écartent encore la perspective d’une potentielle procédure de destitution contre le président, ils emploient les vastes pouvoirs d’investigation que leur offre leur majorité à la Chambre pour enquêter à tout-va contre l’administration républicaine.

Le département du Trésor s’est ainsi donné jusqu’à lundi pour examiner la demande «sans précédent» des démocrates, qui veulent obtenir les déclarations d’impôts de Donald Trump, le premier président depuis Richard Nixon à refuser de divulguer sa situation fiscale.