(New York) Le narrateur de la publicité énumère les réalisations attribuables à Donald Trump : création de 6 millions d’emplois, dont 500 000 dans le secteur manufacturier; réduction de moitié de l’immigration illégale; oblitération du « califat » du groupe État islamique et liquidation de son chef, Abou Bakr al-Baghdadi.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Mais les démocrates préfèrent focaliser [l’attention] sur la destitution et les enquêtes bidon, ignorant les vrais problèmes, enchaîne le narrateur. Mais ça ne stoppe pas Donald Trump. Il n’est pas Monsieur Gentil, mais parfois ça prend un Donald Trump pour changer Washington. »

Lancée durant la Série mondiale de baseball, la publicité de 30 secondes vise l’atteinte de l’un des plus importants objectifs de l’équipe de réélection de Donald Trump : transformer sa personnalité controversée en atout.

Ce message s’inscrit dans le plan de Donald Trump pour décrocher un second mandat à la Maison-Blanche. Loin de se décourager devant la cote de popularité relativement basse du président, les responsables de sa campagne de réélection ont même récemment dévoilé leur feuille de route pour l’emporter en novembre 2020.

Vive l’Impeachment

« Ça enflamme notre base. [Nos électeurs] voient qu’on tente de leur voler leur vote de 2016. »

PHOTO TOM BRENNER, REUTERS

Brad Parscale, directeur de la campagne de réélection de Trump

Le 12 décembre dernier, Brad Parscale, directeur de la campagne de réélection de Donald Trump, a décrit en ces termes l’effet sur l’électorat républicain de la procédure de destitution dont son patron fait l’objet. Accompagné de Jared Kushner, conseiller et gendre du président, et de Ronna McDaniel, présidente du Comité national du Parti républicain, il expliquait à un groupe de journalistes réuni dans un hôtel d’Arlington, en Virginie, comment l’occupant de la Maison-Blanche allait remporter l’élection présidentielle de 2020.

Tout ce qu’ont dit Parscale, Kushner et McDaniel ce jour-là doit être pris avec un grain de sel. Mais le trio affichait une confiance totale. Et la mise en accusation de Donald Trump, confirmée cette semaine par la Chambre des représentants, n’y était pas étrangère. Car elle permettrait à l’équipe de campagne du président d’utiliser cette « croisade partisane » pour solliciter des dons auprès des petits et grands donateurs du parti. Et ceux-ci répondraient massivement à l’appel.

Résultat : l’équipe de réélection de Donald Trump se targue aujourd’hui d’avoir plus de 93 millions de dollars en banque. De son côté, le Comité national du Parti républicain est assis sur un butin de 61 millions de dollars (à titre comparatif, le Comité national du Parti démocrate dispose de 8 millions de dollars en banque).

Une organisation nationale

Ces dizaines de millions de dollars ont permis à l’équipe de Brad Parscale de jeter les bases d’une campagne à l’échelle nationale au moment où les candidats à l’investiture démocrate se livrent une lutte fratricide dans des petits États comme l’Iowa et le New Hampshire.

Cette campagne ne se limite pas à la diffusion de publicités destinées à faire oublier les tweets ou déclarations les plus incendiaires de Donald Trump.

Elle consiste également en la mise en place d’une organisation comptant déjà plus de 330 bureaux locaux dans 17 États-clés et une liste de 300 000 bénévoles prêts à faire des appels téléphoniques et du porte-à-porte.

Nombre de ces bénévoles, soit dit en passant, ont été recrutés lors des rassemblements de Donald Trump.

« Les démocrates ne parviendront jamais à rattraper leur retard » sur le plan organisationnel, a estimé Ronna McDaniel.

Le retour des abstentionnistes

La réélection de Donald Trump passera également par la mobilisation de nombreux abstentionnistes de 2018. Selon l’équipe de campagne de Donald Trump, près de 9 millions d’électeurs ont voté avec enthousiasme pour le futur président en 2016, mais sont restés à la maison lors des dernières élections de mi-mandat. Leur abstention a contribué à la conquête par les démocrates de la majorité à la Chambre des représentants.

Or, Jared Kushner croit que l’enthousiasme continu de ces électeurs pour Donald Trump les ramènera aux urnes en novembre 2020, à l’occasion d’un scrutin où le nom du président apparaîtra sur les bulletins de vote, contrairement aux élections de mi-mandat de 2018.

L’appel aux afro-américains

PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Brad Parscale, directeur de la campagne de réélection de Donald Trump, transporte des casquettes lors d’une collecte de fonds, à Atlanta, en Géorgie.

Donald Trump a récolté 8 % du vote afro-américain en 2016. Son équipe de campagne a bon espoir de voir ce pourcentage augmenter de façon non négligeable en 2020. Mais le président ne s’est-il pas aliéné à jamais l’immense majorité de cet électorat en multipliant les déclarations douteuses ou inacceptables sur les questions raciales ?

Les responsables de sa campagne de réélection répondent à cette question par la négative, évoquant deux facteurs susceptibles de jouer en faveur du président vis-à-vis des Afro-Américains. Le premier est un taux de chômage de 5,5 % au sein de ce groupe démographique, du jamais vu selon Donald Trump.

L’autre tient à la réforme du système de justice pénale promulguée par l’administration Trump en novembre 2018 et pilotée par Jared Kushner. Des groupes progressistes et conservateurs ont soutenu cette réforme, qui vise notamment à réduire la population carcérale.

Il y a évidemment derrière les chiffres de l’emploi et cette réforme du système de justice pénale une réalité qui est plus complexe et moins positive que celle martelée par Donald Trump et son équipe de campagne.

Mais il suffirait d’un gain de quelques points de pourcentage auprès des Noirs pour que cette stratégie profite au président sortant dans les États les plus serrés.

Vers une nouvelle carte

L’équipe de campagne de Donald Trump ne se battra pas seulement pour remporter la victoire dans les trois États qui ont permis au candidat républicain d’accéder à la Maison-Blanche en 2016 : Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin. Elle luttera aussi pour conserver dans le giron républicain quatre autres États cruciaux : Floride, Ohio, Caroline du Nord et Arizona.

Mais sa carte électorale rêvée comportera au moins deux autres nouveaux États peints en rouge : le Minnesota et le New Hampshire. Le Minnesota, faut-il préciser, n’a pas voté pour un candidat présidentiel du Parti républicain depuis 1972. Pour y triompher, l’équipe de campagne de Donald Trump entend employer de nouveau la stratégie qui lui a permis d’avoir du succès dans les autres États-clés : mobiliser les électeurs des petits comtés ruraux qui ont longtemps été ignorés par les campagnes présidentielles.

Les transfuges démocrates

Et l’équipe de campagne de Donald Trump croit qu’elle continuera à faire des gains chez les démocrates issus de la classe ouvrière. Selon ses données, les démocrates représentent déjà plus de 20 % des personnes qui assistent aux rassemblements du président. À en croire Jared Kushner, ils sont attirés par la nouvelle image du Grand Old Party, qui ne serait plus le parti de la chambre de commerce et du « country club », mais celui de la « bière et des jeans ».

« Bon nombre de gens qui se joignent à nous sont inspirés par la révolution Trump », a dit le genre du président, qui supervise la campagne de son beau-père à partir de la Maison-Blanche.

Kushner et cie ont à peine évoqué les sérieux problèmes de Donald Trump avec l’électorat féminin et celui des banlieues américaines, qui pourraient lui coûter sa réélection. En revanche, ils n’ont rien caché de la stratégie qui pourrait valoir au premier président mis en accusation par la Chambre un deuxième mandat à la Maison-Banche.