(Washington) Un général pressenti pour devenir le numéro deux de l’armée américaine s’est vigoureusement défendu devant le Congrès d’accusations d’agression sexuelle, au cours d'une audience où il a reçu le soutien de poids de deux femmes à la pointe de la lutte contre ces violences.

Sylvie LANTEAUME
Agence France-Presse

Le général de l’US Air Force John Hyten était auditionné au Sénat pour que sa nomination au poste de chef d’État-major adjoint soit validée.

AP

Kathryn Spletstoser

Présente dans la salle lors de cette audition, une ex-collaboratrice, Kathryn Spletstoser, colonelle de l’armée de terre, l’accuse de l’avoir agressée en décembre 2017 alors qu’elle se reposait dans sa chambre d’hôtel pendant une conférence en Californie.

Le général Hyten, 60 ans, qui était alors chef du commandement stratégique des États-Unis, en charge des armes nucléaires du pays, l’aurait embrassée de force, se serait pressé contre elle et aurait éjaculé sur ses vêtements, a-t-elle relaté vendredi dernier auprès du New York Times.

Devant les sénateurs, le général, qui était accompagné de son épouse depuis plus de 30 ans et de leurs deux enfants, a catégoriquement démenti. «Je veux dire, dans les termes les plus forts, que ces accusations sont mensongères», a-t-il déclaré. «Il ne s’est jamais rien passé».

Ces allégations n’ont été rendues publiques que début juillet, mais l’US Air Force avait ouvert une enquête depuis longtemps, a révélé au début de l’audition l’ex-secrétaire à l’armée de l’Air Heather Wilson, qui a dirigé les investigations avant de quitter son poste fin mai.

AP

Heather Wilson

«Le général Hyten a été accusé à tort et cette affaire devrait être mise de côté», a déclaré aux sénateurs Mme Wilson, dont le nom avait été cité pour remplacer Jim Mattis à la tête du Pentagone à la fin de l’année dernière.

En raison de ses responsabilités à la tête de l’arsenal nucléaire américain,  le général Hyten est l’une des personnes les plus étroitement surveillées du pays, a-t-elle fait remarquer, avant de noter qu’une équipe de 53 enquêteurs avait interrogé 63 personnes dans trois pays et 14 États.

Ils ont examiné 196 000 courriels et 4000 pages de documents.

«Dommages collatéraux»

Le général Hyten a reçu un autre soutien de taille, celui de la sénatrice de l'Arizona Martha McSally, une ancienne pilote de chasse qui avait provoqué la stupeur en mars en révélant à la tribune du Sénat avoir été violée par un officier de rang supérieur.

«La vérité, c’est que le général Hyten est innocent», a déclaré Mme McSally. «Les agressions sexuelles existent dans l’armée. Ça n’a tout simplement pas été le cas ici».

AP

Martha McSally

«Ce n’est pas une situation où nous n’avons pas pu prouver ce qui se serait passé», a souligné la sénatrice républicaine, qui a fait de la lutte contre les agressions sexuelles dans l’armée un combat personnel et a contribué à la prise de conscience sur l’ampleur de ces actes au sein d’une institution toujours très secrète.

Selon un rapport annuel du Pentagone, le nombre de cas d’agressions et de crimes sexuels porté à la connaissance des autorités militaires a augmenté de 13% en 2018.

L’enquête sur le général Hyten «a permis de révéler toute la vérité», a-t-elle affirmé, avant d’espérer que l’accusatrice du général obtiendrait «l’aide dont elle a besoin».

Elle a ensuite énuméré les «dommages collatéraux» que risquent de poser les accusations mensongères d’agressions sexuelles.  

Des hauts gradés pourraient, selon elles, décider de prendre leur retraite de l’armée et choisir des carrières civiles, hésiter à choisir des femmes parmi leurs collaborateurs par peur d’accusations, ou renoncer à prendre des sanctions contre des subordonnées, même justifiées.  

À l’issue des débats, Kathryn Spletstoser a affirmé que le général avait menti aux sénateurs.