(Washington) Les démocrates américains ont accusé jeudi le ministre de la Justice Bill Barr d’avoir menti au Congrès à propos de l’explosif rapport d’enquête sur l’affaire russe, le menaçant en outre de sanctions pour avoir refusé d’assister à une audition parlementaire.  

Agence France-Presse

Dans une nouvelle escalade, les démocrates ont affirmé que Bill Barr avait « menti au Congrès » à propos de ses échanges avec Robert Mueller, le procureur spécial en charge de l’enquête sur les ingérences russes dans la présidentielle de 2016 et les soupçons de collusion entre Donald Trump et Moscou.

Ils se fondent sur des déclarations publiques du ministre.  

Bill Barr avait reçu le rapport d’enquête de M. Mueller dès fin mars — avant le Congrès et le grand public — et en avait publié un résumé le 24 mars.  

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Le représentant démocrate du Tennessee Steve Cohen mange du PFK lors de l'audience avortée de jeudi à la Chambre.

Il y affirmait que le rapport exonérait Donald Trump et son équipe de tous les soupçons de collusion avec la Russie.  

Mais dans un autre volet, sur les soupçons d’entrave à la justice, Bill Barr citait Robert Mueller — « si ce rapport ne conclut pas que le président a commis un délit, il ne l’exonère pas non plus » — avant de conclure qu’il n’y avait pas matière à poursuivre le président.

Le 10 avril, un sénateur démocrate, Chris Van Hollen, avait demandé à Bill Barr lors d’une audition publique si le procureur spécial soutenait ces conclusions.

« Je ne sais pas si Mueller a soutenu mes conclusions », avait répondu Bill Barr devant les caméras.   

Or dans une lettre adressée le 27 mars à Bill Barr, et dévoilée en début de semaine, Robert Mueller se plaignait de la manière dont ses conclusions avaient été présentées par son ministère.  

Bill Barr a « menti au Congrès », ce qui est « un délit », a asséné la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, en conférence de presse.  

Une accusation « sans fondements » et « irresponsable », a réagi le ministère de la Justice.  

Plus tôt, Bill Barr ne s’était pas rendu à une audition sur sa gestion du rapport Mueller, convoquée par la commission judiciaire de la Chambre.  

Devant une chaise vide au nom de « William Barr », le chef démocrate de la commission, Jerry Nadler, a accusé l’administration Trump de vouloir, en ignorant les convocations et injonctions parlementaires, empêcher le Congrès de jouer son rôle de contre-pouvoir.

Les républicains eux ont dénoncé une « mascarade », rappelant que le ministre avait accepté volontairement de témoigner. Bill Barr s’est finalement rétracté parce que les démocrates exigeaient qu’il réponde aux questions des juristes de la commission, en plus de ses membres élus. Une demande très rare.  

Bill Barr s’est bien rendu mercredi à une audition au Sénat, contrôlé par les républicains, sur ce même sujet.  

Les démocrates sont également furieux que le ministre refuse de livrer à la commission une version non expurgée du rapport Mueller, publié avec des passages masqués, car confidentiels, le 18 avril.  

Jerry Nadler a dit vouloir tenter de parvenir à un accord sur tous ces points d’ici lundi au plus tard, sans quoi la commission pourrait déclencher une rare procédure d’outrage au Congrès contre le ministre, qui risquerait alors des sanctions.

Autre répercussion du rapport Mueller, l’avocat principal de Donald Trump dans le dossier russe, Emmet Flood, s’en est lui pris vivement au procureur spécial, ex-chef respecté du FBI.  

Dans une lettre publiée jeudi par des médias américains, et datée du 19 avril, M. Flood estime que le rapport comporte « une extraordinaire défaillance légale » car il piétine la présomption d’innocence en affirmant ne pas pouvoir exonérer Donald Trump des soupçons d’entrave à la justice.