Des bombes artisanales adressées à Hillary Clinton, Barack Obama, la chaîne CNN et d'autres personnalités hostiles à Donald Trump : en pleine campagne des législatives, la polarisation politique américaine a pris un tour violent mercredi, plusieurs responsables évoquant un « terrorisme » intérieur.

La Maison-Blanche a dénoncé des « actes terrifiants » et « ignobles », dont « les responsables devront répondre devant la justice ».  

La « violence politique n'a pas sa place aux États-Unis », a de son côté affirmé M. Trump.

L'alarme a été donnée dans la matinée lorsque le service fédéral chargé de la protection des anciens présidents et de leur famille a annoncé avoir intercepté deux colis contenant « des engins explosifs potentiels » destinés à l'ex-secrétaire d'État démocrate Hillary Clinton et à l'ex-président démocrate Barack Obama.

Le paquet destiné à Mme Clinton, rivale démocrate malheureuse face à Donald Trump à la présidentielle de 2016, a été intercepté mardi soir, celui destiné à l'ex-président démocrate Barack Obama mercredi matin, a indiqué le Secret Service.  

Aucun des colis n'a atteint ses destinataires, dont la vie n'a pas été en danger, a-t-il précisé.

Peu après, la chaîne d'informations en continu CNN, souvent prise pour cible par Donald Trump qui dénonce sa couverture selon lui prodémocrate et hostile à sa présidence, annonçait évacuer ses bureaux new-yorkais, situés à Columbus Circle, au coeur de Manhattan, après la découverte d'un colis suspect.

Le chef de la police new-yorkaise a confirmé que les forces de l'ordre avaient bien retrouvé chez CNN « ce qui semble être un engin explosif », le colis contenant aussi une « poudre blanche » en cours d'analyse.  

La chaîne a indiqué que le paquet avait été adressé spécifiquement à John Brennan, ex-directeur de la CIA et commentateur sur CNN, qui s'est montré très critique envers l'administration Trump. Au point que le président américain a pris en août la décision inédite de lui retirer son habilitation de sécurité.

Colis suspect en Floride

La tension a tourné à la psychose lorsque la police de Floride a indiqué avoir trouvé un colis suspect près du bureau de l'élue au Congrès américain Debbie Wasserman Schultz, ex-présidente du comité national du parti démocrate poussée à la démission en 2016 après avoir été accusée d'avoir favorisé Hillary Clinton contre Bernie Sanders aux primaires.  

Le gouverneur démocrate de l'État de New York, Andrew Cuomo, a ensuite indiqué qu'un engin suspect avait aussi été envoyé à son bureau de Manhattan.  

Personne n'a encore revendiqué l'envoi de ces colis. Mais le responsable du bureau antiterroriste du FBI à New York, Bryan Paarmann, a laissé entendre qu'il s'agissait d'envois coordonnés.

« Il semble qu'un ou plusieurs individus ait envoyé plusieurs colis similaires », a-t-il déclaré lors d'un point de presse à New York.   

Donald Trump a retweeté un tweet du vice-président Mike Pence, dans lequel il condamnait des « actes lâches (et) méprisables, n'ayant pas leur place » aux États-Unis.  

« Je suis de tout coeur d'accord ! » a commenté le président américain. Son épouse Melania a elle aussi dénoncé des « attaques lâches ».

Plusieurs responsables ont évoqué le spectre d'un terrorisme politique intra-américain.

Le leader des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a appelé « tous les Américains à dénoncer des tentatives d'actes de terrorisme intérieur ».

Le maire de New York, le démocrate Bill de Blasio, et le gouverneur Cuomo ont déploré, aux côtés du chef de la police, « une volonté de terroriser ».

« Nous traversons une période où les gens ressentent beaucoup de haine dans l'air », a déclaré le maire. « On peut être en désaccord, mais il faut avoir du respect pour les gens », a-t-il ajouté, en annonçant un déploiement renforcé de policiers dans la capitale financière américaine.

Depuis Miami, Hillary Clinton a également appelé à faire baisser la température politique, dans un discours retransmis à la télévision.

« C'est une période troublante, une période de divisions profondes et nous devons faire tout notre possible pour nous rassembler », a-t-elle déclaré, avant d'appeler à voter pour des candidats « qui feront cela ».  

L'envoi de ces engins explosifs survient deux jours après qu'une bombe artisanale a été retrouvée dans la boîte aux lettres du domicile du financier George Soros, grand donateur démocrate devenu la cible des complotistes et nationalistes en Europe et aux États-Unis.

Le milliardaire d'origine hongroise, âgé de 88 ans, n'était pas chez lui lorsque le colis a été déposé. La police fédérale (FBI) enquête sur cette affaire, mais personne n'a été arrêté à ce stade.

Ces alertes tombent en pleine campagne pour les élections parlementaires du 6 novembre, à l'issue desquelles les démocrates espèrent reprendre le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, et paralyser la présidence de Donald Trump.  

Après un débat ultra-polarisé sur la confirmation à la Cour suprême du juge conservateur Brett Kavanaugh, que les démocrates ont tenté en vain d'empêcher, la campagne a été dominée ces derniers jours par les informations sur des milliers de migrants marchant depuis le Honduras vers la frontière mexico-américaine.

Le président Trump s'est engagé à les stopper. Il a déclaré que les migrants étaient encouragés par les démocrates, et des personnalités conservatrices ont accusé M. Soros de les soutenir financièrement.