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Le juge Kavanaugh quasiment assuré d'être confirmé par les sénateurs

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Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse
Washington

Le juge Brett Kavanaugh était vendredi quasiment assuré de faire son entrée à la Cour suprême américaine, grâce aux soutiens clés de la sénatrice républicaine Susan Collins et du sénateur démocrate Joe Manchin, qui ont annoncé qu'ils voteraient en faveur du magistrat conservateur choisi par Donald Trump.

« Je vais voter pour confirmer le juge Kavanaugh », a déclaré Mme Collins, élue de l'État du Maine, après avoir expliqué ses motivations lors d'un discours de trois quarts d'heure devant ses collègues du Sénat. Le vote final pourrait avoir lieu dès samedi après-midi.  

M. Manchin, élu de l'État de Virginie occidentale à forte proportion d'électeurs pro-Trump, lui a immédiatement emboîté le pas, dans un communiqué.  

« Honte à vous ! », ont immédiatement scandé des militants opposés à la confirmation du juge Kavanaugh, accusé d'une agression sexuelle et de comportements déplacés dans sa jeunesse.

On s'achemine donc vers une majorité de 51 sénateurs contre 49 pour confirmer le juge Kavanaugh lors du vote au Sénat.

M. Kavanaugh a franchi plus tôt une nouvelle étape sur la route semée d'embûches de la Cour suprême, avec un premier vote de procédure favorable au Sénat, qui ouvre la voie à un vote final de confirmation.

Les sénateurs, qui ont le dernier mot sur les nominations à vie au sein de la plus haute juridiction des États-Unis, ont voté la clôture des débats avec 51 pour et 49 contre.  

« Je suis très fier du Sénat américain », a immédiatement tweetté le président Donald Trump, qui a choisi Brett Kavanaugh en juillet et lui a apporté depuis un soutien indéfectible.

Le vote des sénateurs donne une indication du rapport de force, mais ne reflète pas automatiquement l'issue du vote final, les sénateurs n'étant pas liés par leur premier choix.  

Les républicains disposent d'une courte majorité à la chambre (51 sièges sur 100), mais trois de leurs membres avaient laissé planer le doute sur leurs intentions jusqu'à la dernière minute. Jeff Flake, et Susan Collins ont finalement voté pour clôturer la procédure. Lisa Murkowski a voté contre.  

Un démocrate, Joe Manchin, a aussi rompu avec son groupe, en votant « oui ».  

La candidature de Brett Kavanaugh, un fervent défenseur des valeurs conservatrices, divise fortement l'Amérique. Des accusations d'abus sexuels remontant à sa jeunesse ont encore renforcé les tensions.  

La haute cour est l'arbitre des questions de société les plus épineuses aux États-Unis : peine de mort, droit à l'avortement, lois sur les armes à feu, mariage homosexuel... L'entrée de Brett Kavanaugh, 53 ans, en son sein, placerait les juges progressistes en minorité pour de nombreuses années.  

À l'ouverture des débats vendredi, la sénatrice démocrate Dianne Feinstein a rappelé cet enjeu. « Le président Trump a promis de nommer à la Cour suprême des opposants à l'avortement qui défendent le droit au port d'armes ». « Le juge Kavanaugh remplit ces critères », a-t-elle assuré.  

Les républicains ont eux dénoncé une « campagne de destruction » menée contre le juge. Rejeter sa candidature reviendrait à valider « la loi de la foule », a estimé le républicain Chuck Grasley, chef de la commission judiciaire du Sénat.   

Débats vifs 

Les débats, vifs, ont dépassé l'enceinte du Capitole.  

Des milliers de manifestants ont défilé jeudi à Washington pour demander aux sénateurs de voter contre le juge Kavanaugh. Certains sont entrés dans un bâtiment du Sénat pour tenter de faire plier les sénateurs indécis et environ 300 ont été brièvement arrêtés. Des femmes avaient aussi, plusieurs jours auparavant, interpellé le sénateur Jeff Flake dans un ascenseur du Congrès.  

La Maison-Blanche les a vivement critiqués vendredi.   

« Les manifestants [...] qui hurlent dans l'ascenseur sont des professionnels qui ont été payés pour donner une mauvaise image des sénateurs. Ne vous laissez pas avoir ! », a tweeté vendredi le président Trump. « Regardez aussi toutes les pancartes identiques faites par des professionnels. Payées par Soros et d'autres », a-t-il ajouté.  

La fondation du milliardaire américain d'origine hongroise George Soros finance plusieurs ONG dans le monde, allant de la défense des droits de l'homme à l'aide aux réfugiés. Il est la cible régulière de la droite dure européenne, notamment du premier ministre hongrois Viktor Orban, et d'une partie de l'extrême droite américaine.  

Deux vérités irréconciliables 

Brett Kavanaugh, un brillant magistrat, était en bonne voie d'être confirmé, quand une femme est sortie de l'ombre à la mi-septembre pour l'accuser d'une tentative de viol remontant à une soirée entre étudiants en 1982.   

Lors d'une audition suivie par 20 millions d'Américains, Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans, s'est dite sûre « à 100 % » d'avoir été agressée par le jeune Kavanaugh. En colère et offensif, le magistrat s'est dit tout aussi certain de son innocence.  

Démarche extrêmement rare pour un candidat à la Cour suprême, ce dernier s'explique dans une tribune qui paraît vendredi dans le Wall Street Journal sur ce ton « tranchant ».   

« J'ai dit des choses que je n'aurais pas dû dire. J'espère que tout le monde peut comprendre que j'étais là-bas en tant que fils, mari et père », a-t-il justifié.   

Confronté à deux vérités irréconciliables, le Sénat avait, sous la pression d'élus indécis, demandé un complément d'enquête au FBI, qui a rendu sa copie mercredi soir. Le rapport a conforté les républicains, mais laissé les démocrates sur leur faim.  

« Cette enquête n'a trouvé aucune trace de comportement inapproprié », a estimé le républicain Chuck Grassley.   

« Ce qui est notable avec ce rapport, ce n'est pas ce qui est dedans, mais ce qui n'y est pas », a rétorqué la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, dénonçant une enquête « incomplète ».

Le destin du juge Kavanaugh entre les mains de trois républicains et d'un démocrate

Voici les élus républicains et le sénateur démocrate qui, par leur voix, encore indécises, vont décider de l'avenir de la haute cour.   

Jeff Flake, le futur retraité 

La scène a fait le tour de toutes les télévisions américaines vendredi dernier et visiblement ébranlé le sénateur de l'Arizona, qui ne sera pas candidat à sa réélection en novembre. Jeff Flake venait d'annoncer son soutien à Brett Kavanaugh quand deux femmes, se présentant comme victimes d'agressions sexuelles, l'ont pris à partie. Quelques instants plus tard, M. Flake a demandé une enquête complémentaire du FBI sur le magistrat.  

Mais une semaine plus tard, ce critique régulier de Donald Trump prévoit, selon un journaliste de la chaîne NBC, de voter pour confirmer le juge Kavanaugh, « à moins de changements majeurs ».   

La veille, il déjà avait salué une enquête « très approfondie » après avoir passé en revue le rapport du FBI.         

Lisa Murkowski, la frondeuse 

Contre. Cette élue de l'Alaska a refusé de suivre ses collègues républicains vendredi matin lors du vote de procédure ouvrant la voie au vote final. Il est donc peu probable qu'elle change d'avis et approuve en séance plénière la nomination du juge conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême.  

« Il n'est, pour l'heure, pas l'homme approprié pour la Cour », a-t-elle confié à des journalistes, citée par CNN.    

Favorable à l'avortement, la sénatrice modérée de 61 ans avait déjà contribué à torpiller la tentative du président américain Donald Trump d'abroger la loi Obamacare sur la couverture maladie universelle à l'été 2017.      

Susan Collins, la modérée 

Contrairement à Lisa Murkowski, cette élue du Maine a voté avec la majorité pour ouvrir les dernières délibérations avant le vote final.   

L'élue modérée, également en faveur de l'avortement, a annoncé en fin d'après-midi vendredi qu'elle votera pour.  

Quand une femme est sortie de l'ombre, il y a près de trois semaines, pour accuser le juge Kavanaugh de l'avoir agressée sexuellement en 1982, Susan Collins a demandé de la prendre au sérieux.   

Comme sa collègue Lisa Murkowski, elle avait voté contre l'abrogation de l'Obamacare en 2017.      

Joe Manchin, le démocrate sensible au trumpisme 

Démocrate sur le papier, proche de Donald Trump au moment de voter : l'élu de Virginie occidentale a été l'unique démocrate à approuver la ligne républicaine vendredi matin lors du vote de procédure pour avancer vers la nomination de Brett Kavanaugh. Et il votera pour lors du scrutin final.  

Selon le site FiveThirtyEight, 61 % de ses votes au Sénat sont alignés avec les positions de M. Trump. Joe Manchin est sénateur dans cet État industriel de l'Est américain, sur la ceinture de la rouille, où le magnat de l'immobilier avait largement remporté l'élection en 2016 avec près de 68 % des voix.         

***

En cas d'égalité, 50-50, c'est le vice-président Mike Pence qui apporterait sa voix décisive.




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