Donald Trump a rejeté jeudi la demande de Vladimir Poutine de permettre à la justice russe d'interroger plusieurs Américains, dont un ex-ambassadeur à Moscou, après avoir laissé planer le doute et suscité ainsi la colère de la classe politique à Washington.

Mis à jour le 19 juill. 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est une proposition qui a été faite en toute sincérité par le président Poutine, mais le président Trump n'est pas d'accord», a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders.

Lors de la conférence de presse controversée des deux dirigeants lundi à Helsinki, le président russe a proposé de permettre à Washington d'interroger, en Russie, les 12 agents du renseignement russes récemment inculpés aux États-Unis pour ingérence dans la présidentielle américaine de 2016.

Mais à la «condition» d'une «réciprocité» : Moscou demandait en retour un interrogatoire de responsables américains soupçonnés par la Russie «d'activités illégales», notamment dans l'affaire qui implique l'investisseur britannique critique du Kremlin William Browder, condamné par contumace par la justice russe pour évasion fiscale.

Le président américain avait alors évoqué une «idée intéressante» et une «proposition incroyable». L'absence de refus de la Maison-Blanche, qui a laissé planer le doute en affirmant encore mercredi que Donald Trump étudiait la question, a alimenté la polémique déjà féroce à Washington sur l'attitude du président républicain, accusé d'avoir fait preuve de «faiblesse» à l'égard d'un adversaire des États-Unis.

«Avertissement» du Congrès 

Signe d'une certaine cacophonie au sein du gouvernement, le département d'État américain avait de son côté jugé «absolument absurde» la requête russe.

Finalement, la présidence américaine a dit jeudi espérer plutôt que Vladimir Poutine laissera «les 12 Russes identifiés venir aux États-Unis pour prouver leur innocence ou culpabilité».

L'affaire s'était envenimée lorsque la justice russe avait dit mardi vouloir interroger plusieurs Américains, dont l'ex-ambassadeur des États-Unis à Moscou (2012-2014) Michael McFaul, nommé par l'ancien président démocrate Barack Obama.

Michael McFaul a vivement interpellé l'administration Trump sur les réseaux sociaux et dans les médias, et une intense mobilisation s'est développée sous le mot-clé ProtectMcFaul.

Les anciens secrétaires d'État démocrates John Kerry, Hillary Clinton et Madeleine Albright lui ont apporté leur soutien, tout comme certains élus républicains, dont le sénateur Marco Rubio.

«L'administration doit dire clairement, sans équivoque, qu'elle ne prendra jamais une telle idée en considération, même dans un million d'années. Point final. Cela ne mérite même pas une demi-seconde de consultations. Dangereux», avait ainsi tweeté John Kerry.

«Des responsables de Poutine ne doivent être autorisés en aucune circonstance à venir aux États-Unis et «interroger» les Américains de leur liste», avait renchéri Marco Rubio, appelant la Maison-Blanche à l'exclure «publiquement».

Pour mettre la pression sur Donald Trump, le Sénat a mis au vote jeudi une résolution s'opposant à toute éventuelle décision de l'administration permettant aux autorités russes d'interroger des officiels américains. Le vote, intervenu après l'annonce de la Maison-Blanche, est sans appel: 98 sénateurs de tous bords ont soutenu le texte à l'unanimité, avec aucune voix contre.

Le chef de l'opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a estimé qu'il s'agissait d'un «avertissement»: «le Congrès ne permettra jamais une telle chose».