Quarante-huit heures après le dévoilement de sa stratégie pour détruire l'État islamique (EI), Barack Obama fait face à certaines résistances à l'étranger et à la maison. Il pourrait en outre devoir se passer de l'appui d'au moins un des pays qui se sont montrés solidaires des États-Unis dans cette campagne. Survol de la situation en cinq questions.

Richard Hétu LA PRESSE

Pourquoi la Turquie hésite-t-elle à coopérer avec les États-Unis?

Malgré la visite hier du secrétaire d'État américain John Kerry à Ankara, les responsables turcs se sont gardés de s'engager publiquement en faveur de la campagne des États-Unis contre l'État islamique. Les réticences de la Turquie reposent sur plusieurs facteurs, dont sa peur de représailles à la suite de la prise d'otages de 49 citoyens turcs au consulat de Mossoul, en Irak, par les djihadistes de l'EI.

Les responsables turcs craignent également que l'élargissement à la Syrie des frappes aériennes américaines ne vienne grossir le flot des réfugiés et compromettre encore davantage la sécurité à leur frontière. Leur soutien à la campagne contre l'EI pourrait se limiter à permettre aux États-Unis d'utiliser la base aérienne commune de l'OTAN dans le sud du pays.

L'appui des pays arabes se limitera-t-il à des déclarations d'intention?

Réunis jeudi à Jeddah, en Arabie saoudite, dix pays arabes ont déclaré leur «engagement partagé de se tenir contre la menace que pose pour la région et le monde le terrorisme, y compris le soi-disant EI». Mais leur appui dépassera-t-il vraiment cette déclaration d'intention? Rien n'est moins sûr.

L'Égypte a rappelé en coulisses qu'elle en avait déjà plein les bras avec ses propres extrémistes. La Jordanie, voisine de la Syrie et de l'Irak, a fait savoir de son côté que sa priorité était la reconstruction de Gaza. L'Arabie saoudite sera certes appelée à jouer un rôle-clé dans la coalition antiterroriste, ayant notamment promis de former et d'entraîner des milliers de rebelles syriens. Mais sa collaboration pourrait-elle résister à un rapprochement sur le terrain entre les États-Unis et l'Iran, l'ennemi chiite?

Qu'en pense le régime syrien de Bachar al-Assad?

Ironiquement, ce sont les responsables syriens qui se sont montrés les plus enthousiastes dans le monde arabe à l'idée de faire partie de la coalition contre l'État islamique. Les États-Unis et la Syrie «combattent le même ennemi», a déclaré jeudi sur la chaîne américaine NBC le ministre adjoint des Affaires étrangères syrien, Fayssal Mekdad. «Nous sommes prêts à parler», a-t-il ajouté, précisant que Damas insistait pour coordonner avec Washington les frappes aériennes américaines sur son territoire. La Russie, alliée de la Syrie, a appuyé cette demande. Barack Obama a cependant écarté toute possibilité de coopération entre Damas et Washington mercredi soir, lors de son discours à la Maison-Blanche. «Nous ne pouvons pas compter sur un régime Assad qui terrorise son peuple», a-t-il déclaré.

Comment les pays européens se mobilisent-ils?

Le président de la République française, François Hollande, s'est rendu hier à Bagdad, où il a promis d'aider «encore davantage militairement» l'Irak contre les djihadistes de l'État islamique. La France fournit déjà depuis août des armes aux forces kurdes qui combattent l'EI et se dit prête à appuyer, avec ses bombardiers, les frappes américaines en Irak, «si nécessaire». De son côté, l'Allemagne s'est dotée hier d'armes juridiques pour lutter contre l'EI. Le géant européen interdira désormais sur son territoire toute activité de soutien, de recrutement et de propagande pour ce groupe djihadiste. «Nous devons éviter que des islamistes radicaux transportent leur djihad dans nos villes», a déclaré le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière.

Cette guerre est-elle légale?

Dans son discours de mercredi soir, Barack Obama a demandé au Congrès d'approuver sa campagne militaire contre l'État islamique, tout en précisant qu'il n'avait pas besoin de cette approbation pour aller de l'avant. La Maison-Blanche appuie son action sur la loi de 2001 sur l'autorisation de l'usage de la force militaire. Celle-ci permet au président d'attaquer les «nations, organisations ou personnes» qui auraient «planifié, autorisé, commis ou facilité» les attentats du 11 septembre 2001.

Or, si l'État islamique est issu d'Al-Qaïda, il n'en est plus l'allié ou l'associé. À défaut de s'exprimer sur l'ensemble de la nouvelle campagne américaine, la Chambre des représentants tiendra au moins un vote la semaine prochaine afin d'autoriser le président à équiper et entraîner les rebelles syriens.