Los Angeles: un marché se consacre au cannabis

En Californie, seule l'utilisation thérapeutique du cannabis est... (PHOTO FREDERIC J. BROWN, AFP)

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En Californie, seule l'utilisation thérapeutique du cannabis est légale.

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Véronique DUPONT
Agence France-Presse
LOS ANGELES

C'est un marché à Los Angeles presque comme tous les autres. Les consommateurs flairent, sous-pèsent et comparent, les cultivateurs vantent leur marchandise, mais on n'y trouve qu'un seul produit: du cannabis, bio bien sûr.

«Nous avons des sucettes pour sept dollars, des barres chocolatées pour vous aider à vous relaxer à 13 dollars, et de la ''poussière cosmique'' (poudre de bonbons)», énumère Bill Harrison, qui vend aussi de classiques fleurs de cannabis à fumer.

«Il y avait déjà eu des conventions de cultivateurs au nord de la Californie et dans l'État de Washington, mais ici c'est spécial, on peut vraiment rencontrer les consommateurs», explique Terry Sand, un cultivateur.

Le cannabis et la marijuana, il a grandi avec: «Mes parents étaient des hippies, ils en faisaient pousser dans leur cour».

Ex-technicien ascensoriste, il s'est reconverti quand une nouvelle technique a permis de doper la productivité des cultures en milieu couvert. «J'ai senti qu'il y avait une opportunité massive».

De fait, le succès du Heritage Farmers Market est évident: malgré un soleil de plomb, la file d'attente pour entrer s'allonge sur plusieurs centaines de mètres.

La foule est multicolore et multigénérationnelle, parsemée de hippies, rockers, jeunes branchés et de quelques bourgeois.

Au guichet, ne peuvent toutefois entrer que ceux munis d'une ordonnance.

En Californie, seule l'utilisation thérapeutique du cannabis est légale. Pour une utilisation récréative, la possession de moins de 28 grammes peut être punie d'une simple amende, mais une plus grande quantité reste un délit.

Edwynn Delgado connaît la législation par coeur: «Pour usage médical, on a droit d'avoir environ 100 grammes chez soi, mais je voudrais en ramener plus aujourd'hui», badine-t-il.

Il fume du cannabis depuis ses 11 ans: «Dans mon quartier, il y a toujours eu beaucoup d'herbe qui circulait», raconte le jeune homme de 20 ans, casquette sur la tête, cheveux noirs et large sourire.

Il est devenu un consommateur «légal» à 18 ans, pour soulager des douleurs musculaires.

Cultivé sans pesticides

Edwynn patiente depuis plus d'une heure devant le comptoir qui propose les meilleurs prix: «Seulement 180 dollars les 28 grammes, alors que le prix moyen dans un dispensaire médical normal est de 300 dollars environ».

Outre les potentielles bonnes affaires, il est content de pouvoir compter sur de la qualité: «Les vendeurs de rue rajoutent d'autres trucs dessus».

«C'est comme dans un marché bio ordinaire», affirme Adam Agathakis, un des organisateurs du marché, qui se tient jusqu'à dimanche.

«Les gens viennent pour parler aux cultivateurs, s'assurer que c'est cultivé sans pesticides, mais aussi qu'il n'y a pas de moisissures».

Âgé de 35 ans, ce barbu en pantalon à pinces et chemisette rayée milite pour «dédiaboliser» le cannabis depuis qu'il a perdu son père d'un cancer il y a dix ans. «Quand il était mourant, il n'y a que la marijuana qui le soulageait».

Karen Flores, 50 ans, atteinte elle-même d'un cancer, fume pour «se relaxer et soulager ses douleurs», «mais seulement à la maison».

Elle est venue pour les prix doux et la qualité: «Il faut que ça sente bon, que ça ait bon goût».

Au gré des comptoirs, on trouve des pipes plaquées or, des concentrés à vaporiser, des pizzas, des tartes meringuées ou des gaufres.

Matheuse Gerson propose un produit plus alternatif: «C'est un lubrifiant intime de cannabis infusé d'huile de noix de coco. Ça augmente les sensations des jeunes femmes et réveille la sexualité des femmes ménopausées. Ça les aide aussi à dormir», assure-t-il.

Cheryl Shuman, PDG d'une société de relations publiques, dit avoir failli mourir d'un cancer en 2006 et en avoir réchappé grâce à la marijuana.

Elle s'est alors mise en campagne pour la dépénalisation, montant un club d'aficionados, le «Beverly Hills Cannabis Club», et devenant l'une des responsables de «Moms for Marijuana», une association internationale de mères prolégalisation.

Argument de poids, elle souligne le potentiel économique du cannabis: «C'est un secteur qui vaut 47 milliards de dollars rien que pour son aspect légal».




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