Face à des coupes budgétaires amenées à durer, la défense américaine doit, si elle veut conserver sa capacité d'agir, se réorganiser en profondeur et apprendre à être fourmi après avoir été cigale, a averti mardi le chef du Pentagone Chuck Hagel.

Mis à jour le 5 nov. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

Si les États-Unis doivent «accorder plus d'importance aux instruments civils du pouvoir», la forcée armée doit rester «un outil essentiel de la puissance américaine et de sa politique étrangère», qui doit être utilisé «avec discernement», a-t-il lancé lors d'un discours devant le Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS).

Les États-Unis ont pu tutoyer «la maladie insidieuse de la toute-puissance» dans la foulée du 11-Septembre et de l'invasion de l'Irak, a reconnu le ministre. Cependant, a-t-il aussitôt ajouté, il faut se méfier du «piège tout aussi mortel» de l'isolationnisme, qui séduit un nombre croissant d'Américains et d'élus.

Cette nouvelle posture répond aussi à une adaptation nécessaire face à des coupes budgétaires drastiques.

«Ces coupes sont trop rapides, trop importantes et irresponsables», a dénoncé l'ancien sénateur républicain: le Pentagone a subi 37 milliards de dollars de coupes automatiques l'an passé et s'apprête à en connaître à nouveau 52 milliards, soit 10% de son budget.

«Nous entrevoyons près de 1000 milliards de dollars de coupes dans les dépenses militaires sur une période de dix ans, à moins qu'il n'y ait un nouvel accord sur le budget», peu probable en raison du blocage politique, a rappelé le ministre, qui réclame au Congrès «du temps et de la flexibilité».

«Près de 40%» des dépenses militaires mondiales

Même si les États-Unis continueront de représenter selon lui «près de 40%» des dépenses militaires mondiales, il faut «réorganiser les institutions de la défense» afin de maintenir les moyens d'action de l'armée américaine.

Le Pentagone est actuellement engagé dans la préparation d'une revue quadriennale de défense (QDR) qui doit fixer les priorités.

Parmi celles-ci figurent la nécessité de tailler dans l'imposante bureaucratie du Pentagone, qui a déjà prévu de réduire d'environ 5%  le nombre de ses employés civils et de 20% parmi les effectifs des états-majors.

Les effectifs militaires ne seront pas épargnés: l'armée de Terre compte par exemple 532.000 soldats à l'heure actuelle et doit passer à 490.000 en 2017. Mais selon des responsables de la défense, ce chiffre pourrait être ramené à 420.000.

Il faut également revoir la composition et la disposition des moyens militaires, notamment en fonction des moyens des pays amis avec qui l'administration cherche à multiplier les partenariat, particulièrement en Asie du Sud-Est.

L'état de préparation des forces, qui en dehors des troupes amenées à être déployées en Afghanistan a déjà dû être revu à la baisse l'année passée, constitue un autre sujet de réflexion, a admis Chuck Hagel.

«Nous allons peut-être devoir accepter le fait que toutes les unités ne seront pas au niveau optimal de préparation et qu'un système de mobilisation par échelons est peut-être inévitable» même si cela n'es pas sans risque, a-t-il laissé entendre.

Surtout, le Pentagone doit «protéger ses investissements dans les moyens militaires émergents» afin d'assurer la prééminence technologique des États-Unis: l'espace, la cybersécurité, les forces spéciales ainsi que les moyens de surveillance et de renseignement (ISR).

Au bout du compte, le Pentagone semble s'orienter vers un retour à l'ambition, contre-carrée par le 11-Septembre, de Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense de George W. Bush: une armée «moins nombreuse, moderne», qui s'appuie sur des technologies de pointe plutôt que sur l'effet de masse.